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Manufacturiers

Pneus agricoles : Une culture de la performance

Publié le 8 octobre 2014

Par cynthia
8 min de lecture

L’agriculture européenne se veut un modèle d’excellence. Dans nulle autre région du monde, l’augmentation continue des rendements tente autant de préserver l’environnement. Ce n’est donc pas un hasard si Bridgestone a choisi l’Europe pour lancer pour la première fois une gamme de pneus agricoles sous sa propre marque. Cette offensive, qui cible le segment premium, annonce de nouveaux progrès pour les agriculteurs. Car Michelin, Trelleborg et leurs ambitieux suivants, à l’instar des indiens ATG et BKT ou du tchèque Mitas, vont surenchérir. C’est aussi une bonne nouvelle pour les négociants spécialistes. Leurs conseils seront plus que jamais appréciés face aux évolutions d’une offre, toujours plus technique.

Le monde agricole avance à pas de géants. Les progrès technologiques transforment cette profession, à l’écoute des nouvelles techniques et des innovations qui vont permettre une augmentation des rendements et une réduction des coûts d’exploitation. Ainsi, les systèmes de téléguidage et de distribution intelligente des semis promettent une meilleure productivité et des économies. Les fabricants de drones misent sur l’intérêt pour les agriculteurs de cartographier les besoins en azote, en eau et et en engrais de leurs parcelles. Des tracteurs, toujours plus puissants, gagnent progressivement les fermes, qui deviennent connectées et informatisées pour pouvoir produire davantage et avec de nouvelles méthodes.

La foire agricole Innov’Agri, qui a lieu tous les 2 ans près d’Orléans, est une vitrine de ces évolutions. Elle permet aussi de prendre le pouls d’un secteur essentiel à l’économie française puisqu’il est le premier d’Europe. Ainsi, les derniers tracteurs chez Case IH, Fendt, New Holland, John Deere, Massey Ferguson, Same Deutz Fahr et Claas, affichaient tous fièrement des puissances aux alentours de 400 chevaux. Challenger était même dans la surenchère avec son MT800E équipé d’un moteur Agco Power V12 de 640 ch et des chenilles en caoutchouc pour protéger les sols.

Ces deux dernières années ont été fastes. Dopés par un cours des céréales élevé, les professionnels de la grande culture en ont profité pour investir dans de nouveaux matériels. Mais ce dynamisme économique qui bénéficie à tous les maillons de la chaîne, serait en panne depuis le début de l’année. Les machines ont été achetées. On cherche maintenant à les rentabiliser. Les immatriculations de tracteurs neufs ont ainsi plongé de plus 25% au premier semestre, selon les chiffres de l’Axema.

Moins d’aides et moins de débouchés

Les nombreuses incertitudes qui pèsent sur le monde agricole sont aussi en train de détériorer la confiance des professionnels. Les exploitants, comme les transporteurs, attendent toujours de savoir quel sera l’impact de la future écotaxe poids lourd sur leurs comptes de résultat. La Ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, marche sur des oeufs pour la deuxième mouture d’un projet de loi, qui a soulevé une vague de protestations orchestrée par le mouvement contestataire des « Bonnets rouges ». Entrée en vigueur cette année, la nouvelle PAC (Politique Agricole Commune) pour la période 2014/2020 est un autre motif d’inquiétude pour les agriculteurs français, qui ne savaient pas encore début septembre comment seraient réparties les aides. Ses opposants dénoncent son caractère ultra libéral et parient sur leur forte diminution.

Elle pourrait mettre en grandes difficultés les éleveurs, déjà en bien mauvaise santé. Enfin, l’embargo russe sur les produits agricoles européens, en réponse aux mesures prises par l’UE pour pénaliser la Russie de Vladimir Poutine, a fini de saper le moral des agriculteurs. Ils craignent que l’absence de débouchés sur le marché russe pèse sur les cours en fin d’année, et surtout que le pays des Tsars se détourne définitivement des européens pour ses céréales, au profit de l’Amérique du Sud. Selon François Girard, responsable commercial France chez ATG, « les agriculteurs européens pourraient voir leurs ventes baisser de 30 à 40%. Il faut s’attendre à des répercussions sur le marché français ». Les propos du Ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll ne sont pas de nature à les rassurer, puisqu’il a indiqué cet été que seul le fond d’urgence de la PAC pourra être mobilisé pour leur venir en aide.

Bridgestone à la Une

Cette morosité ambiante est moins perceptible chez les professionnels des pneumatiques. Ils ont l’habitude de jongler entre les ventes à la première monte et celles sur le marché du remplacement, afin d’équilibrer leurs activités. Un événement devait cependant marquer cette 25ème édition d’Innov-Agri : l’arrivée de Bridgestone sur le segment agraire. Elle avait été annoncée à l’occasion du salon Reifen de Essen en Allemagne avant l’été. Elle s’est concrétisée pendant la foire avec le lancement commercial du premier pneu de la gamme en devenir : le VT-Tractor. A cette occasion, Bridgestone partageait son stand avec son autre marque Firestone, qui jouit déjà d’une bonne réputation auprès des agriculteurs avec son Maxi Traction (en IF et XL) et le Performer 95 pour les pulvérisateurs.

Les gammes des manufacturiers vont donc évoluer pour s’adapter à cette nouvelle concurrence, comme l’indiquait Michelin, venu en force à la comice agricole avec 4 nouveaux pneus, dont 3 lui permettent d’affirmer que sa technologie de flancs souples Ultraflex est désormais en mesure de couvrir tout le cycle cultural. Cette offensive produits de Bibendum en dit long sur les enjeux commerciaux induits par l’arrivée de Bridgestone. Un choc des titans va bien avoir lieu. Il exclut Goodyear, qui a décidé de se retirer de la compétition en Europe. Mais il concerne Trelleborg, acteur majeur sur le marché européen des pneus agricoles. On sait déjà que sa réponse s’appellera « Progressive Traction ».

Cette technologie maintes fois primée multiplie les promesses par rapport à un pneu standard : 10% de traction en plus, une aire de contact supplémentaire de 8%, une réduction du temps de travail de 3 à 5% et moins de microglissements grâce à une meilleure répartition des efforts obtenue par les 2 points d’accroche des crampons. Aux côtés de 8 pneus exposés de part et d’autre du stand pour refléter l’étendue de sa gamme, elle était présentée une nouvelle fois au salon Innov-Agri sur un pneu TM 8000 en 650/65R38. « La réduction du tassement garantit un maximum de respect de la structure du sol permettant le bon développement des cultures et l’absorption des nutriments. Ceci assure une croissance saine des racines et préserve le potentiel du champ, augmentant significativement à terme le rendement des cultures, en quantité et qualité », affirme Lorenzo Ciferri, Directeur Marketing de Trelleborg Agricultural & Forestry Tires. « De récentes recherches ont par exemple démontré qu’une empreinte plus large de 10 à 12% peut permettre une hausse de rendement de 2%. »

Cependant cette technologie est encore à l’état de concept. Trelleborg réfléchit encore sur quels modèles de sa gamme, Progressive Traction sera déclinée. Il se pourrait bien que le Groupe soit déjà bien avancé, puisqu’un lancement commercial devrait intervenir au prochain SIMA, selon nos informations.

Les autres manufacturiers sont en embuscade, avec des gammes compétitives, qui ne cessent de croître et de séduire les agriculteurs. Chez ATG, le moral est bon avec des ventes en progression au 1er semestre, tirées vers le haut par le pneu Farmpro II. Le catalogue est en train de s’enrichir grâce à la généralisation des technologies IF et VF au sein de plusieurs gammes. A l’instar des Agriflex 354 (row crop), 372, et de l’A363, présenté en IF 380/90R46 pour les automoteurs, qui se distingue avec un nouveau profil marqué par des crampons centraux et des barrettes entaillées au centre afin d’améliorer la motricité et la traction. Sa pression de gonflage peut être ramenée à 2,4 bar dans les champs et il peut rouler jusqu’à 65km/h avec une charge de 5,6t à 4,4 bar. Alliance a également élargi la gamme du profil A378 qui convient aux engins de plus de 200 chevaux. Elle comprend désormais 9 dimensions, dont un imposant 900/60R42 et un best-seller, le 710/75R42.

Pour les véhicules de transport et une utilisation route et champs, le manufacturier mettait en avant le profil 382 Flotruck en 650/50R22.5 et 400/55R22.5. « Avec sa structure radiale et ses 3 ceintures acier, c’est un pneu large qui peut se substituer aux montes jumelées et rouler à 100km/h », déclare François Girard, responsable commercial France chez ATG. « Il a été conçu pour les exploitants de cannes à sucre au Brésil. Il convient tout autant aux épandeurs qu’aux camions de pompiers et EDF qui doivent parfois intervenir dans les champs ». Aux propriétaires d’un Mercedes Unimog, il conseillera en revanche le profil 396, disponible en 4 tailles, et présenté en 600/50R22.5.

Pour les remorques, la gamme de l’A-380 a gagné de son côté une nouvelle dimension en 710/50R26.5, avec 2 indices de charge en 170D (Standard) et 178D (heavy duty). Au salon Innov-Agri, Mitas avait choisi de mettre ses gammes en retrait, malgré la présence d’un pneu de remorque Agriterra 02 témoignant de l’arrivée d’une nouvelle dimension en 650/65R30.5. Deux tentes, l’une aux couleurs de Continental et l’autre réservée à Mitas se faisaient face pour réserver le meilleur accueil aux clients actuels et potentiels. Car le manufacturier tchèque fabrique et commercialise sous licence les pneus agricoles de l’allemand, qui étaient représentés à la foire par les HC70 pour les tracteurs de 90 à 180 chevaux et le SVT CHO, un pneu basse pression pour moissonneuses.

Les deux gammes se complètent et se font parfois même de l’ombre comme l’indiquent l’offre en séries 85, proposée maintenant en Mitas, et autrefois réservée à Continental. Mais la star du stand était un superbe tracteur de compétition engagé dans le championnat de Tractor Pulling qui avait lieu le premier soir du salon. Animé par un moteur Chevrolet V8, il faisait partie de l’écurie de Thierry Caillette, Pacman Flashpowers. Le modèle exposé n’était pas celui qui allait gagner la compétition dans sa catégorie en fin d’après-midi, puisque ses pneus n’avaient pas encore été sculptés. Sur la bande de roulement lisse comme un slick de Mitas figuraient ainsi les différents angles de sculpture possibles. Le choix dépend de nombreux critères. Un angle de sculpture ouvert va avoir l’avantage de faciliter le débourrage mais il faut plus de puissance sous le capot.

Thierry Caillette a décidé de s’orienter sur une inclinaison des crampons à 25/30° pour son tracteur Flash Power 2 de 2,5 tonnes, qui a ensuite remporté l’épreuve, devant Patrice Cabec sur Nirvana et Guy Belloir sur Le Pacifique. Au salon, Vredestein était immanquable avec son portique gonflable encadrant son stand. Quelques fleurons étaient exposés, à l’instar du Flotation Trac, qui a gagné 3 dimensions en plus des 15 déjà existantes : 520/50R17 en 141D et 147D, et 520/55R22.5 154D. Ceux d’Apollo n’étaient pas d’actualité. Mais cela ne saurait tarder. Le manufacturier indien, propriétaire de Vredestein, a l’intention de produire une gamme agro-industrielle dans une nouvelle usine en Hongrie. Il faudra donc attendre 3 ou 4 ans avant de voir les pneus agricoles d’Apollo en découdre sur le marché français.

Sonamia dans de nouveaux locaux

Les grossistes et distributeurs étaient venus nombreux à Innov-Agri pour présenter des gammes au rapport qualité/prix avantageux. Certains avaient de vraies nouveautés, comme Copadex qui lance la gamme agraire d’Infinity. D’autres, à l’instar de Starco, distributeur de Nokian, faisaient acte de présence. Chez Sonamia, les étendards de BKT flottaient au vent, pointant l’emplacement des 4 pneus agricoles qui devaient illustrer la vaste gamme de pneus agricoles du manufacturier indien, ainsi qu’une partie de son catalogue. Son offre d’essieux agricoles Monroc était également représentée. Mais l’entreprise qui a réalisé un chiffre d’affaires de 58 millions d’euros en 2013 avec 65 personnes, avait une autre actualité.

Elle a déménagé au début de l’été de Basse Goulaine à Saint-Hilaire-de-Loulay, deux villes vendéennes distantes de 25 km. Sonamia en a profité pour s’agrandir. Les employés ont été installés dans un bâtiment flambant neuf d’une surface de 36.000 m2, trois fois plus grand que leur ancien lieu de travail. La société va pouvoir ainsi poursuivre son expansion en améliorant sa qualité de service. Sur le stand de Saphore Equipements, le pneu LR 861 de Linglong était exposé en 380/80R28, témoignant de son entrée dans le catalogue au début de l’année. « Nous le vendons aussi monté sur des plateaux en 445/45R19.5 », a précisé Patrick Dussillols, commercial 1ère monte. L’offre du distributeur était également représentée par un pneu turc SEHA en 24 pouces, qui confirmait une stratégie axée sur les pneus agraires de 2nde et 3ème ligne.

Alors que Siligom a choisi finalement de ne pas être présent, 3 réseaux principaux de négociants avaient répondu présents à l’appel de la comice agricole. Profil + était celui qui avait le plus investi dans sa participation, comme à chaque édition. L’affluence sur le stand récompensait ses efforts, et ceux des « pom pom girls » déguisées aux couleurs de l’enseigne, qui distribuaient une offre de jeu-concours. Les visiteurs se pressaient ainsi pour remplir un bulletin qui leur permettrait, si la chance était au rendez-vous, de remporter l’un des nombreux lots ou des 3 bons d’achats de 1500 euros promis par l’enseigne, et offerts par Michelin, Bridgestone et Mitas. L’urne où ils étaient déposés, était changée toutes les heures et 300 participations étaient enregistrées en une seule matinée.

Chez Profil +, quelques 200 couverts ont aussi été servis au premier jour d’Innov-Agri et 150 le suivant, à l’attention de ses clients et partenaires. Sur son vaste stand, l’enseigne faisait en outre un peu de pédagogie sur les permutations, le réglage du parallélisme et l’alignement des essieux de remorque, ou encore la réparation à chaud. Un tracteur New Holland de la série T8 était présenté avec des roues jumelées, équipées pour une géométrie laser, afin de provoquer les questions des visiteurs. Euromaster avait également choisi de mettre en avant cette prestation, mais sur un John Deere 650R.

Quant à Point S, l’enseigne arborait fièrement son nouveau logo, Point S Industriel, qui semble donner des ailes à ses franchisés (voir article Page 50). Ces réseaux ont le vent en poupe. La moitié des agriculteurs s’adresse à une enseigne spécialisée pour remplacer ses pneus usés, en particulier sur les grandes exploitations (58 %), rapporte un sondage réalisé par ADquation pour la lettre Machinisme et Réseaux en février 2014 auprès de 400 agriculteurs. 28 % se tournent vers leur concessionnaire, notamment les éleveurs (33 %) et dans la région Centre (33 %).

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