Le broyat de pneu, le roi et le pyrolyseur

"Sa Majesté Willem-Alexander, roi des Pays-Bas, a inauguré le 27 janvier 2026 la nouvelle usine de pyrolyse de Circtec dans la commune de Delfzijl. Un roi qui se déplace pour une installation industrielle à l’extrême nord du royaume batave, aux limites de la frise orientale, c’est étrange. Et si au contraire, ce monarque – et sans doute son gouvernement – avait parfaitement identifié l’importance stratégique pour l’Europe de cette usine ?
La pyrolyse du pneu est une technique bien connue qui consiste à chauffer du broyat de pneus à haute température et sans oxygène pour en tirer principalement du gaz, de l’huile et du noir de carbone. Plusieurs unités de pyrolyse existent déjà en Europe, mais comme le passage au stade industriel nécessite une parfaite maîtrise du process pour garantir des produits de qualité, ces installations restent parfois au stade expérimental.
Du neuf avec de l'ancien
Pourtant, le développement de la pyrolyse est une condition de la réussite de l’économie circulaire du pneu. En effet, non seulement le gaz produit permet d’auto-entretenir la réaction de chauffage, mais surtout, l’huile et le noir de carbone issus du broyat de pneus peuvent, quant à eux, être réintroduits dans la fabrication de pneus neufs. Du neuf avec de l’ancien, c’est le Graal de la boucle fermée.
En France, l’État a chargé les éco-organismes de la filière pneumatique de "mettre en œuvre les actions nécessaires pour au moins atteindre un objectif annuel de recyclage en boucle fermée de 5 % en 2028". Chaque année, les trois éco-organismes agréés collectent 560 000 tonnes de pneus. Pour satisfaire à leurs obligations, ils devraient donc proposer à la pyrolyse 28 000 tonnes de broyat de pneus.
Une capacité de traitement sous-dimensionnée
Mais les rares unités de pyrolyse sur le territoire national ne sont capables que de traiter quelques tonnes de pneus par an ! Il existe pourtant différentes initiatives visant à développer en France des usines modernes de pyrolyse. Mais ces projets sont freinés par la lourdeur des autorisations administratives nécessaires puisqu’il faut en moyenne quatre ans avant l’ouverture d’un site !
La France aurait donc tout intérêt à se doter rapidement d'une stratégie industrielle pour le développement de l’économie circulaire du pneumatique, plutôt que de se réfugier dans une conception réglementariste de l'activité des éco-organismes. Il est encore temps d’agir et de soutenir une filière qui n’aspire qu’à réinventer et valoriser ses exutoires de déchets de pneumatiques."
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