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Manufacturiers

Continental, challenger ambitieux du génie civil

Publié le 28 avril 2026

Par Romain Baly
3 min de lecture
Comptant parmi les leaders en automobile, Continental ne possède ni le même rayonnement ni la même aura en pneus pour génie civil. Un marché où la firme d’Hanovre pèse une petite part des ventes hexagonales, ce qui ne l’empêche pas d’afficher de fortes ambitions.
Acteur secondaire du génie civil en France, Continental espère voir sa part de marché plus que doubler dans les quatre années à venir. ©Continental

L'automobile est un miroir qui concentre la lumière mais déforme aussi parfois la réalité. De Continental, on croit tout connaître : sa riche histoire entamée il y a 150 ans, sa renommée mondiale et son inaltérable capacité d’innovation. Pourtant, le groupe allemand n’est pas un leader en puissance sur tous les segments qui constituent le monde de la gomme. Celui du génie civil, par exemple, a longtemps composé sans lui avant d’apprendre à le connaître depuis quelques années. Un sacré paradoxe lorsque l’on sait que les premières enveloppes GC Continental remontent à 1934

Pendant plusieurs décennies, ce segment a été délaissé, confié soit à des filiales soit à des joint-ventures, souvent considéré a minima, et donc insuffisamment travaillé, alors même que ses utilisateurs s’avèrent, sans doute plus qu’ailleurs, sensibles aux notions de proximité, de service et de fidélité. En reprenant la main sur ce sujet, en intégrant ces enveloppes notamment dans son usine portugaise de Lousado, Continental s’est donné les moyens de changer d’échelle.

Le savoir-faire et le faire savoir

"Sur le plan des technologies, des performances ou de la rechapabilité de ses produits, Continental ne souffre d’aucun retard face à la concurrence, juge Robin Monroig, ex-représentant de Bibendum en Afrique et désormais responsable commercial Specialty Tire de la firme allemande. Ce qui nous manque, c’est de la notoriété et de la légitimité vis-à-vis des revendeurs et des utilisateurs."

Le savoir-faire n’est rien sans le faire savoir. D’aucuns diront que Continental a déjà fait la moitié du chemin avec des produits de premier plan, sauf que l’autre moitié n’a rien d’une sinécure. "Même si le coût est relatif comparé au prix d’une machine, l’achat de pneumatiques génie civil reste un investissement important et nécessite de prouver sa valeur à un client", ajoute Robin Monroig.

Une fabrication "made in Europe" est une première gageure, tant en termes de qualité que de disponibilité. La couverture de gamme, la longévité et des performances homogènes tout au long du cycle de vie demeurent des atouts incontournables. Quant à la notion de service, elle prend ici une importance autrement plus grande eu égard aux spécificités du marché GC et à la culture de celui-ci dans l’Hexagone.

"On a la chance d’être encore en France sur un marché premium, bien éduqué au pneu et sensible à des produits de qualité", analyse le responsable. Avec des enveloppes débutant à 2 500/3 000 euros pour les plus petites et s’élevant jusqu’à 9 500/10 000 euros pour les plus grandes, "vous vendez tout autant un pneu que du service et de la productivité".

Un métier à part entière

Dans cette logique, Continental mise beaucoup sur sa technologie ContiConnect pour monter en puissance. Ce TMPS s’accompagne dans sa version de base d’une application éponyme gratuite permettant au conducteur de connaître les pressions et températures ainsi que d’autres informations dans une version plus évoluée destinée aux gestionnaires de flotte.

En outre, parce que le SAV reste un attendu pour les professionnels du GC, le soutien terrain ne peut donc être laissé de côté pour les manufacturiers. "Sauf que c’est un métier à part entière", nuance Robin Monroig. Son groupe travaille donc de concert avec sa filiale BestDrive mais aussi avec le réseau Profil Plus ou encore avec quelques centres Euromaster. "Nos ambitions passent par eux", note-t-il.

Et celles-ci s’avèrent au demeurant élevées malgré un contexte loin d’être évident. Le GC étant étroitement lié aux infrastructures publiques et aux grands investissements, le ralentissement de l’activité dans le bâtiment influe directement sur le monde du pneu dont les volumes en la matière s’érodent depuis plusieurs années, pour atteindre aujourd’hui entre 8 500 et 9 000 unités annuelles.

Dans ce total, le poids de Continental demeure très limité, bien que le groupe refuse de communiquer un chiffre précis. Qu’importe d’où il part, le manufacturier se montre ambitieux et entend doubler sa part de marché dans l’Hexagone d’ici 2030. Les bases sont posées pour relever ce défi de taille.

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°194 de mars-avril 2026.

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