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Distribution

Dipropneu entame un nouveau cycle

Publié le 21 juin 2023

Par Romain Baly
5 min de lecture
Acteur incontournable de la distribution de pneumatiques dans l’Hexagone, la société essonnienne a emménagé dans un nouvel entrepôt de 12 000 m2 début 2023. Un investissement important, mais nécessaire pour pérenniser l’avenir de Dipropneu.
Du plus bel effet, le siège de la société est niché à 10 mètres de haut et relie les deux unités de la plateforme. Un choix rendu obligatoire par la présence d’une canalisation géante au milieu du site, alimentant des milliers de foyers.

Un optimisme à toute épreuve… ou presque ! Voir Bruno et Axel Mazzacurati, respectivement fondateur et codirigeant de Dipropneu, raconter entre deux éclats de rire la folle épopée de leur projet de nouvelle plateforme est une expérience assez déroutante. Plus d’un aurait baissé les bras face à la myriade de problèmes auxquels les deux hommes ont été confrontés. Pas eux. Une question de caractère sans doute, mais aussi de responsabilité vis-à-vis de l’avenir de leur société et de leurs salariés.

Fondée il y a plus de 45 ans, Dipropneu compte aujourd’hui parmi les principaux représentants du commerce de pneumatiques en France. Une place acquise avec une philosophie assez singulière. Le distributeur est en réalité bien plus que cela. Avec son côté dénicheur de talents, Bruno Mazzacurati a importé durant sa carrière des marques inconnues, souvent issues de régions ayant mauvaise réputation – Toyo, Kumho, Marangoni, Leao, Triangle, etc.  – pour les installer dans l’Hexagone.

Car Dipropneu a ceci de bien spécifique qu’il se pose en garant national de ses partenaires avec un rôle de quasi filiale, dans l’esprit du moins. "On aime raconter de belles histoires et réaliser un véritable travail de fond avec les marques que nous représentons", abonde le fondateur. Pour continuer à être cet acteur incontournable aux yeux de ceux qui lui font confiance, la société devait relever un défi de taille.

Rester fidèle à Bondoufle

Basée depuis une trentaine d’années dans un entrepôt de 4 500 m2 à Bondoufle (91), Dipropneu stockait jusqu’à la fin 2022 environ 160 000 références et écoulait annuellement un million d’enveloppes. Un joli résultat qui cachait toutefois une autre réalité : celle d’une plateforme devenue trop petite, qui obligeait la direction à financer un stock tampon dans un autre bâtiment, et à se limiter dans son développement à cause de cette contrainte.

En 2019, après que Bruno Mazzacaruti et ses trois fils (Axel, Hugo et Ronan, à ses côtés depuis une dizaine d’années) eurent racheté les parts de Dipropneu aux deux frères aînés du paternel, décision est prise de déménager. Un choix risqué car coûteux, mais nécessaire pour voir l’avenir plus sereinement. "Avec mes fils, nous avions la volonté de continuer l’histoire. L’envie était là, mais aussi l’expertise. Sans eux, je n’y serais pas allé", souligne Bruno Mazzacurati.

Le premier impératif consiste à ne pas s’éloigner de plus de cinq kilomètres de l’actuelle plateforme. Un pari osé, alors que le sud de l’Ile-de-France se développe à vitesse grand V. "Nous voulions rester à Bondoufle parce que c’est notre histoire, mais aussi pour préserver nos salariés" ajoute Axel Mazzacurati.

Faute de solutions satisfaisantes, les deux hommes se tournent vers le maire de la cité essonnienne. Attaché à cet acteur de la vie économique locale, Jean Hartz leur propose un terrain, le seul disponible sur sa commune, dans une zone en plein essor. Problème de taille : une canalisation géante reliant des milliers d’habitations alentour passe en plein cœur de celle-ci.

Un effort de 14 millions d’euros

Les Mazzacurati acceptent, et qu’importe s’il faudra construire deux entrepôts de part et d’autre de ladite canalisation et imaginer une passerelle perchée à 10 mètres de haut, accueillant sur 1 000 m2 le siège social de la société, pour relier les deux bâtiments. Mais avant d’en arriver là, d’autres embûches les attendaient.

Pêle-mêle, évoquons des fouilles archéologiques (qui mettront à jour 4 000 vestiges !), l’invalidation de la réélection de Jean Hartz (finalement confirmée) lors des municipales 2020, gelant certaines décisions prises par ce dernier pendant le recours de sa principale opposante, des problèmes de sous-alimentation électrique ou encore, de retard en retard, l’éclatement de la guerre en Ukraine et ses conséquences sur le renchérissement des matériaux.

Voilà comment un projet espéré pour mars 2021 n’a vu le jour que le 2 janvier 2023. À cette date, moyennant un effort de 14 millions d’euros, Dipropneu a pris possession de son nouvel outil. Au vu du résultat, on serait tenté d’écrire que cela valait la peine d’attendre, tant la plateforme se pose en modèle du genre.

Des salariés choyés

Elle répond aux derniers standards en matière de normes environnementales. Éclairage à LED, panneaux solaires sur le toit, murs entièrement coupe-feu eu égard à la proximité des habitations, rien ne manque. Pour les équipes, des espaces soignés, lumineux, agréables ont été pensés. Un patio et une terrasse permettent à la cinquantaine de salariés de souffler dans un cadre paisible. Certains ont même pu profiter des liens renforcés avec la municipalité pour être logés dans les nouveaux logements sociaux situés de l’autre côté de la rue.

Sur le plan opérationnel, préférant se faire mal une fois à haute dose plutôt que deux fois moins fortement, la direction a choisi d’adopter un nouveau WMS parallèlement à ce déménagement. Ainsi, courant décembre, lors du transfert progressif des stocks, chaque rack arrivant était entré directement dans le système informatique du distributeur. Aujourd’hui encore en rodage, l’entrepôt tourne déjà très fort.

 

La plateforme s’étend sur une surface de 12 000 m2 au total, soit près de trois fois plus que dans l’ancien site.

 

Pour préserver les habitudes des préparateurs, la même logique d’organisation a été gardée, soit par marque puis par saison. Différence notable : grâce au WMS, les équipes suivent désormais un chemin de préparation défini par le système. Le stock, quant à lui, va monter progressivement en régime. Si la plateforme peut accueillir jusqu’à 300 000 enveloppes, les Mazzacurati n’ont pas prévu d’aller si loin, jugeant que cela entraverait le bon fonctionnement et reviendrait à lutter contre les problématiques du passé.

160 000 pneus figurent actuellement dans les allées, 180 000 d’ici peu et 250 000 à terme. Un développement qui ira de pair avec une montée en puissance de la cadence, l’objectif étant de doubler les ventes et d’atteindre les deux millions d’unités (plus environ 700 000 livrées directement chez les clients depuis les manufacturiers partenaires).

Des accords avec Pirelli et Dunlop

L’autre vertu de cet outil est aussi d’offrir de nouvelles perspectives de développement. Déjà partenaire en TC4 de la marque chinoise, Dipropneu est ainsi devenu le distributeur exclusif de Triangle sur la partie PL. En véhicules légers, la société a noué des accords avec Pirelli et Dunlop. De quoi lui permettre de redécouvrir un segment premium abandonné de longue date.

Le diable est dans les détails, c’est bien connu, et l’optimisation de cette plateforme va encore se poursuivre pendant un certain temps. Mais en attendant, grâce à elle, la société pose les jalons de son futur. "Se positionner avec Pirelli est aussi un moyen d’avoir un coup d’avance sur l’avenir vis-à-vis de l’électrique", donne en exemple Axel Mazzacurati.

"On ne veut pas louper les trains !" ajoute-t-il. Pour son père, la concrétisation de ce projet est "une grande satisfaction" doublée, on le sent dans le propos, d’une réelle fierté à l’égard de ses enfants. "Le principal conseil que je leur ai donné, voilà déjà quelque temps, est de faire passer leur relation familiale en premier et de ne jamais être deux contre un, mais toujours tous ensemble." Un projet de cette ampleur n’aurait assurément pas pu être accompli sans cette unité.

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°180 de mai-juin 2023.

 

Bien que le site dispose d’une capacité de 300 000 pneus, la direction de Dipropneu n’entend pas dépasser les 250 000 unités, pour préserver sa productivité et le confort de travail de ses quelque 50 salariés.

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