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Distribution

L’ascension fulgurante de Distri Cash

Publié le 2 janvier 2026

Par Elodie Fereyre
9 min de lecture
En trois décennies, Distri Cash s’est imposé comme un acteur incontournable du pneumatique. De la PME rochelaise fondée par Michel Moyet au groupe piloté aujourd’hui par son fils Jean-Philippe, l’histoire raconte autant la constance d’un modèle que la conviction d’un homme : celle qu’on peut grandir vite sans jamais perdre l’esprit familial.
En 2009, le siège de l’entreprise quitte le centre-ville de La Rochelle pour s’installer à Sainte-Soulle (1 000 m² de bureaux et 10 000 m² de stockage). ©Distri Cash

Tout commence en 1991 à La Rochelle (17). Michel Moyet, professionnel du pneu depuis de nombreuses années, décide de fonder sa propre société d’import-export. Le principe ? Acheter des pneumatiques à l’étranger et les revendre aux professionnels dans l’Hexagone.

Jean-Philippe Moyet, son fils et actuel directeur général de l’entreprise, raconte : "Auparavant, mon grand-père était détaillant, il avait une entreprise baptisée Moyet Pneus qui vendait aux particuliers et aux professionnels tous types de pneus (TC4, poids lourd, agricole), et disposait de centres de montage. Mon père a ensuite repris l’affaire, qu’il a revendue avant de poursuivre sa route en tant que salarié pour la holding Pneus Plus, qui deviendra plus tard Vulco Pneus. L’aventure dure quelques années dans cette holding, qu’il finit par quitter pour divergence d’opinion. C’est à ce moment-là qu’il décide de créer avec ma maman, Danielle Moyet, l’entreprise Distri Cash."

Ainsi, après une longue expérience dans le BtoC, Michel Moyet s’est forgé une vision. Il constate les différences de prix importantes existantes entre les pneus à l’étranger et en France et croit fortement à la rentabilité du business model du grossisme. C’est aussi à cette époque que Jean-Philippe, 20 ans, fait ses premiers pas dans l’entreprise. "Le premier été, je suis venu prêter main-forte à mes parents pour le lancement de la société. Cela a duré trois ou quatre mois. Au départ, l’organisation était très basique, il n’y avait pas d’informatique, tout se faisait à la main. Le premier mois, nous avons vendu 30 pneus et l’activité s’est ensuite développée crescendo", se souvient-il.

Au bout d’un an, l’entreprise qui compte quatre collaborateurs a vendu 10 000 pneumatiques, quasiment exclusivement en tourisme. Dès ses prémices, Distri Cash revendique une valeur qui deviendra son ADN : la proximité. Elle se développe notamment grâce au bouche-à-oreille, misant sur le service et la relation de confiance avec les clients. "Nous avons toujours voulu proposer des délais de livraison les plus courts possibles, c’est un des axes stratégiques que nous suivons toujours aujourd’hui", souligne l’actuel dirigeant.

Pour Jean-Philippe, cette première expérience au sein de l’entreprise de ses parents pose les bases de l’aventure future, qui ne se concrétisera pourtant pas immédiatement. Ainsi, après cette incursion au cœur de Distri Cash, Jean-Philippe ne reste pas et part faire ses armes dans l’après-vente automobile, chez Max Auto, où il découvre, pendant cinq ans, l’univers de la pièce détachée.

La nouvelle génération aux manettes

Parallèlement, ses parents continuent de développer l’entreprise dont le siège, qui tient également lieu d’agence historique, est basé à La Rochelle. Les affaires vont bon train quand, en 1997, Michel décide d’ouvrir une nouvelle agence à Anglet (64), près de Bayonne. "Mon père place quelqu’un qu’il connaît à la tête de cette agence, mais rapidement, cela ne tourne pas comme il le souhaite. Les résultats ne sont pas au rendez-vous. Une discussion sur ma potentielle implication s’amorce et je prends la décision de quitter mon travail fin 1997, pour rejoindre l’agence d’Anglet et tenter de la redresser", témoigne-t-il.

Un retour non prémédité au sein de l’entreprise familiale, qui sera pourtant définitif : "J’avais pris plaisir à accompagner mes parents au lancement de l’entreprise, mais je n’avais pas imaginé en prendre les rênes un jour !", s’amuse Jean-Philippe Moyet. Son retour dans l’entreprise marque également le début de la transformation pour Distri Cash. En effet, le jeune homme, après quelques années d’expérience dans l’après-vente, introduit sa vision stratégique du commerce, et décide de miser sur la pièce détachée.

"Je suis parti d’un constat assez simple : nos clients nous achetaient des pneumatiques, mais ils avaient aussi besoin de freins, d’amortisseurs, de filtres, alors pourquoi ne pas leur pro poser ?" se rappelle-t-il. Cette intuition fixe le cap de la future diversification du groupe. Après deux ans et demi de travail main dans la main avec l’équipe d’Anglet, l’agence est revenue à l’équilibre et se porte bien. Une nouvelle ouverture est alors envisagée à Orléans (45), en 1999. Tout en restant basé à Anglet, Jean-Philippe se chargera de la recherche de bâtiment et du recrutement pour le lancement de cette nouvelle agence.

Fort de ce nouveau succès, le temps est venu pour Jean-Philippe de quitter le terrain pour rejoindre ses parents, au siège. C’est ce qu’il fait fin 2000. Son unique sœur, Anabelle, intègre également la société, en prenant la direction financière et des ressources humaines, fonction qu’elle occupe en binôme avec sa mère.

Ainsi, lorsque Michel et Danielle Moyet prennent leur retraite en 2003, la succession s’opère de façon tout à fait naturelle : "Avec mon père, nous travaillions déjà de front tous les deux depuis six ou sept ans. Je prends donc sa place, et ma sœur celle de ma maman. En 2005, nous devenons tous les deux actionnaires de l’entreprise". Distri Cash compte alors 30 salariés pour un volume de 150 000 pneumatiques vendus par an.

La conquête du territoire

À partir de là, Jean-Philippe Moyet déploie sa vision stratégique. Son objectif ? Couvrir l’ensemble du territoire afin de répondre aux enjeux de proximité et de réactivité. Un vaste programme de maillage national se met en ordre de marche. Tous les ans ou tous les deux ans, de nouvelles agences sont créées : Toulouse (31), Rennes (35), Dijon (21), Grenoble (38), Aix-en-Provence (13), ou encore en Corse (20).

Le développement passe aussi par de la croissance externe, avec notamment en 2008 la reprise de La Maison du frein - Bordeaux Pneus, implantée dans la région bordelaise. En 2009, la PME quitte le centre-ville de La Rochelle et inaugure son nouveau siège social à quelques encablures, sur la commune de Sainte-Soulle (17).

Au programme : 1 000 m² de bureaux, 10 000 m² de stockage et une organisation logistique digne d’un grand groupe. En 2010, l’entreprise franchit le cap symbolique du million de pneus vendus par an et lance son site internet dédié aux professionnels. "Notre force, c’est la réactivité", résume Jean Philippe Moyet. Cette exigence pousse Distri Cash à investir massivement dans ses dépôts et dans son organisation logistique.

La croissance se poursuit avec plusieurs acquisitions régionales importantes comme, en 2013, Autoprotech, un concurrent en grande difficulté basé dans le Sud-Est avec cinq implantations : Toulon (83), Avignon (84), Valence (26), Chambéry (73) et Montpellier (34), "qui faisait à l’époque une centaine de milliers de pneus. En une année, nous l’avons ramené à l’équilibre pour ensuite le développer dans les années suivantes".

Un an plus tard, c’est au tour d’AC Négoce, acteur présent à Nancy (54) et Wittenheim (68) – environ 150 000 pneus par an dans la région Est – d’être racheté. Le modèle reste le même, les entreprises sont redressées et optimisées avant de continuer à les développer. Puis vient en 2015 l’acquisition de JAP présente en Bretagne, Mayenne et Vendée (environ 200 000 pneus par an).

Après cette quinzaine d’années de croissance continue, l’entreprise a pris un envol considérable : elle compte 300 collaborateurs, vend près de deux millions de pneus par an, et affiche un chiffre d’affaires pièces détachées d’environ 20 millions d’euros.

Une nouvelle dimension

A partir de 2015, Distri Cash change une nouvelle fois de dimension. Le groupe lance un vaste programme de modernisation afin d’optimiser sa production. "Nous progressions à l’époque d’environ 15 à 20 % par an, nous commencions à grandir considérablement et avons décidé d’accélérer fortement sur la partie pièces détachées. Pour ce faire, nous avions besoin de plus d’espace. Nous avons donc déménagé certaines plateformes pour les agrandir, et en même temps d'augmenter nos superficies, nous avons modernisé nos entrepôts avec l’arrivée de nos premiers WMS (Warehouse management system) pour une gestion informatisée", se rappelle Jean Philippe Moyet.

L’année 2016 marque alors un tournant côté pièces détachées dans l’histoire de Distri Cash. C’est l’ouverture d’une plateforme spécialisée à Paris, qui est "notre premier grand pas dans le monde de la pièce détachée". L’enseigne DCA est créée et arrive dans le groupe. Tout en poursuivant la stratégie de modernisation, s’ensuivront de nombreuses autres ouvertures de plateformes. DCA ouvre à Rennes en 2017, puis à Bordeaux (33) et à Brive-la-Gaillarde (19) en 2018, qui deviendra également la plateforme centrale dédiée au pneu poids lourd, que Distri Cash lance à ce moment-là.

Logic System, une plateforme de pièces détachées autos située près de Marseille (13) est également rachetée la même année. Fin 2019, une autre plateforme DCA est ouverte à Lesquin (59), puis Rouen (76) en 2022 et Lyon (69) en 2023. Cette diversification, amorcée quinze ans plus tôt, devient un relais de croissance important. La pièce, qui ne représentait qu’environ 3 % du chiffre d’affaires en 2010, pèse aujourd’hui près de 15 %.

Rebondir et grandir

Toutefois, l’histoire de Distri Cash n’est pas un long fleuve tranquille. En 2023, un incendie ravage le site de Rouen, inaugurée à peine un an plus tôt. Un événement marquant pour les équipes. Le groupe se mobilise immédiatement et deux ans plus tard, en 2025, une nouvelle plateforme voit le jour dans la cité normande, deux fois plus grande. Cette capacité à rebondir illustre la solidité du modèle. Si Distri Cash reste une entreprise familiale, elle s’est dotée des moyens d’un grand groupe : un maillage national, 28 agences, près de 700 collaborateurs.

"La clé, c’est d’avoir su grandir sans perdre notre esprit d’équipe." Ce succès s’explique par la vision stratégique de Jean-Philippe Moyet mais également par un management qui colle à sa philosophie. Bien que très pris par son quotidien, celui qui concède ne pas être "esclave de son travail et aimer profiter de moments de détente en famille et de voyages" a fait de la stabilité managériale un pilier de son entreprise. Ainsi, la plupart des cadres dirigeants sont là depuis de nombreuses années, le turnover reste anecdotique.

"Ma politique en termes de management a toujours été très simple : faire confiance aux gens. C’est ainsi que nous avons toujours procédé. Pour chaque ouverture d’agence, nous avons recherché des personnes pour les piloter par connaissance. Nous avons investi sur ces collaborateurs et ils sont toujours restés chez nous. Certains sont partis à la retraite depuis, mais de nombreux collaborateurs ont passé 20 ou 25 ans chez nous", analyse Jean Philippe Moyet.

Un management simple et familial

Côté organisation, là encore, l’esprit familial règne : "Petit à petit, nous avons créé un comité de direction avec des cadres dirigeants, qui sont aujourd’hui au nombre de cinq : Laurent Charlé, responsable achat pneus, Gérald Ribère, responsable achat pièces, Julie Motte, directrice financière et du développement, Gaël Erard, directeur commercial, et Vincent Craighero, directeur du service informatique. Eux-mêmes ont créé leurs équipes avec leurs cadres. Ces cinq personnes, ainsi que tous nos chefs d’agences, chefs d’équipe, cadres, font partie des piliers, ils sont tous avec nous depuis plus de vingt ans, et ont gravi les échelons au fil du temps".

Une culture maison que Jean-Philippe Moyet s’évertue à défendre : "Notre volonté absolue est de conserver notre côté familial : la proximité avec nos clients et celle avec nos équipes. Nous ne voulons pas d’une organisation avec des strates complexes. Chez nous, tout le monde peut parler à tout le monde. Et ce qu’on apporte à nos collaborateurs, c’est une confiance sans faille : nous leur laissons les clés de la maison !", poursuit-il.

Confiance et proximité sont les raisons de la sucess-story de Distri Cash. Cette année, le groupe qui a ouvert à Toulouse sa septième plateforme DCA, affiche un chiffre d’affaires de 700 millions d’euros (dont 110 millions d’euros pour la pièce détachée). 95 % est réalisé en TC4. Le groupe collabore avec les principaux manufacturiers (Continental, Bridgestone, Goodyear, Hankook et Pirelli) et entretient un partenariat historique avec le fleuron tricolore Michelin. Distri Cash est également importateur de pneumatiques asiatiques, qui représentent 35 % de l’activité depuis environ 20 ans.

Côté clients, là aussi, la liste est longue : ils sont près de 10 000 garagistes, MRA, concessionnaires, centres autos, négociants, marketplaces, complétés par une petite activité à l’export. "Quand mes parents nous ont laissé l’entreprise dans les années 2000, le chiffre d’affaires se situait autour de 35/40 millions d’euros, vingt ans plus tard, nous en sommes à 700, tout en ayant conservé une rentabilité forte. Bien évidemment, mes parents portent un regard rempli de fierté sur notre parcours", glisse le dirigeant.

Un futur à l’international ?

Mais Jean-Philippe Moyet ne compte pas s’arrêter là et voit déjà plus loin : en 2024, après avoir racheté une société baptisée JBN à côté de Bourg-en-Bresse (01), le groupe a ouvert des bureaux à Madrid en Espagne pour débuter son développement en dehors des frontières. "Nous avions un important client français qui souhaitait reproduire en Espagne ce qu’on faisait en France. Cela nous a donné l’occasion de nous lancer là-bas", résume-t-il.

En 2025, un dépôt est également ouvert à Barcelone. "La stratégie à l’international est de développer l’Espagne, de se donner un an ou deux pour voir ce qu’on arrive à faire. Et en fonction de cela, si c’est positif, nous accentuerons le développement d’abord en Espagne puis, pourquoi pas, dans un autre pays".

Sur le territoire national, la stratégie reste toujours la même, à savoir, continuer à développer les surfaces de stockage : "Nous partons du principe qu’aujourd’hui le pneumatique est un métier de plus en plus compliqué avec des gammes de plus en plus larges. L’arrivée du toutes saisons a augmenté fortement les stocks, la progression du mix fait que les pneus sont de plus en plus gros et donc prennent de plus en plus de place. La croissance de notre activité, de notre chiffre d’affaires tous les ans, justifie notre stratégie de développement des surfaces et d’amélioration de la productivité. L’objectif est toujours d’apporter à nos clients plus de disponibilité. L’autre axe est de continuer à se déployer dans la pièce détachée avec la volonté de pouvoir encore ouvrir une plateforme dans l’est de la France car c’est vraiment la seule qui nous manque", confie le dirigeant.

Une vision d’avenir

À 53 ans, Jean-Philippe Moyet reste animé par la même passion. Le dirigeant croit plus que jamais au rôle du grossiste dans la chaîne de valeur. "Le marché du pneumatique reste un marché dynamique. Même s’il est actuellement un peu flat, nous savons qu’il se vendra toujours du pneu. Nous pouvons donc nous permettre d’avoir une vision à long terme puisque même l’électrification du parc ne changera pas la donne. Cela apporte au contraire des références supplémentaires à stocker et l’on sait que les véhicules électriques consomment même un peu plus de pneumatiques que les thermiques."

"Pour moi, notre métier a un véritable avenir et c’est pour cette raison que nous continuons à investir fortement dans nos outils. Les manufacturiers ont pour objectif de produire des pneus, de faire de la recherche et développement afin de concevoir des produits de plus en plus technologiques. En revanche, la logistique devient de plus en plus le rôle du grossiste. Et nous allons continuer à nous tourner vers un marché où la distribution se fera de plus en plus au travers des grossistes", indique Jean Philippe Moyet qui dresse un constat quasi similaire du marché de la pièce détachée, dont les plateformes de distribution deviennent des acteurs incontournables.

Et songe-t-il déjà à la relève ? Il est encore un peu tôt pour le dire. "Ma sœur a des enfants encore jeunes pour réfléchir à une éventuelle transmission. De mon côté, mes filles sont plus grandes, mais il n’y a pas pour l’instant de volonté de leur part d’intégrer l’entreprise. Elles ont choisi d’autres univers". Avant de penser à la suite, le dirigeant se donne donc encore une quinzaine d’années "tant que la santé sera là" pour développer son entreprise et la faire évoluer suivant le modèle des quinze premières !

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°192 de novembre-décembre 2025.

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