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Distribution

Martine Sanchez, gardienne d’une histoire familiale

Publié le 17 mars 2026

Par Romain Baly
5 min de lecture
Plus que l’histoire d’une professionnelle du pneu, celle de la patronne du Garage L’Olmu (Vulco) s’inscrit aux confins de la famille et des affaires, des anciens et des nouveaux, des certitudes et des interrogations. Autant de problématiques qui font le sel de l’entrepreneuriat et contribuent, depuis près de 50 ans, à faire du centre ajaccien une adresse aussi incontournable qu’atypique.
Respectivement fils et neveu de Martine Sanchez, Alain et Pierre (à gauche, aux côtés également de leur oncle Jean-Marc) épaulent désormais la deuxième génération familiale et assurent la pérennité du Garage L’Olmu.

Loin des yeux mais près du cœur. S’il fallait revisiter une expression pour résumer le quotidien de Martine Sanchez, ce serait bien celle-ci. Après une longue et riche carrière, la dirigeante a choisi depuis deux ans de prendre du recul sur l’affaire familiale. Mais bien qu’elle ne vienne plus que rarement au garage, son attachement envers lui et surtout envers la quinzaine de salariés qui l’animent chaque jour demeure intact. "Ce garage, c’est une partie de moi, confirme-t-elle. Je n’y viens plus que deux ou trois fois par mois, mais j’y pense tout le temps et je prends toujours un immense plaisir à retrouver les équipes."

Il n’est jamais simple de concilier entrepreneuriat et famille. Martine Sanchez le sait mieux que quiconque. Malgré cela, si le Garage L’Olmu est devenu en près de 50 ans une référence du pneumatique sur l’île de Beauté, c’est en grande partie parce que cette dernière a su faire le lien entre les générations, maintenir le cap quand les choses allaient moins bien ou générer l’avancée quand les vents étaient plus favorables. Elle représente à elle seule cet atelier si corse et si atypique. Son attachement encore total après toutes ces années est ainsi la plus belle preuve de tout cela.

Le poids de la douleur, le sens des responsabilités

Pour comprendre cette histoire, il faut remonter dans les années 1960. Originaire d’Oran, en Algérie, Alfred Sanchez débarque en France à cette époque pour faire son service militaire. Une fois ses obligations remplies, il fait la connaissance de Monique, à Nancy, qui deviendra très vite son épouse. Le couple quitte la Lorraine pour rejoindre la Corse. Alfred Sanchez devient le représentant de la marque Firestone sur l’île et commercialise les enveloppes américaines auprès de stations-service ayant alors pignon sur rue.

Au bout d’une dizaine d’années, en 1977, il décide de monter sa propre affaire et devient ainsi monteur de pneumatiques. Celui que l’on surnomme Freddy met alors toute son énergie et tout son cœur à développer son petit garage de la Madonuccia, à Ajaccio, bientôt rejoint par son fils aîné. Jean-Michel Sanchez intègre le Garage L’Olmu dès 1978, à 21 ans, et prendra rapidement les rênes de la société. Bien malgré lui, bien malgré les siens. Car trois ans après s’être lancé à son compte, Alfred Sanchez s’éteint brutalement d’une maladie.

Un choc, une douleur aussi. Pour soutenir son aîné, Monique Sanchez le rejoint. Elle qui n’avait jamais travaillé assure la comptabilité de l’entreprise. Avec son sourire et sa bonne humeur qui ne la quittent jamais, cette veuve au caractère bien trempé assume ses responsabilités alors que les temps ne sont pas toujours faciles. En 1982, le tandem mère-fils décide de déménager en périphérie de la ville. L’emplacement est plus dynamique et l’établissement plus vaste, permettant à la famille de s’ouvrir aux poids lourds.

Chacun son destin

En 1985, c’est au tour de Jean-Marc, dernier membre de la fratrie, de rejoindre l’entreprise. Là où l’aîné est directif et volubile, le cadet est plus introverti. Assez naturellement, il se charge de l’arrière-boutique avec notamment la gestion administrative. Entre les deux frangins, les étincelles ne sont pas rares. "La vie est ainsi faite qu’on ne choisit pas toujours son destin, pointe leur sœur Martine. Jean-Michel s’est retrouvé là presque par obligation, d’autant plus quand notre père est parti. Jean-Marc, quant à lui, est tombé dans la marmite tout petit. Il était mordu de mécanique et de voiture. Il a pu choisir son chemin."

Derrière cette personnalité discrète, le cadet est en fait un pilote aussi passionné que talentueux. Pendant une vingtaine d’années, au volant de Peugeot Talbot, Subaru Impreza ou Mitsubishi Lancer Evo aux couleurs de son garage et de ses meilleurs partenaires, Jean-Marc Sanchez multiplie les rallyes et se forge un solide palmarès. Et si elle déplaît parfois à son aîné qui aimerait le voir davantage au garage, cette passion profite indirectement au Garage L’Olmu.

"Les performances de Jean-Marc ont contribué à notre image et notre notoriété, confirme sa sœur. Les gens venaient chez nous parce que nous faisions bien notre travail mais aussi parce que mon frère était connu." Martine Sanchez, de son côté, ne viendra compléter le trio que bien plus tard. Son arrivée dans l’affaire familiale ne remonte ainsi qu’à 1999. Une trajectoire différente qui mérite explications.

Entre le marteau et l’enclume

"J’avais une relation fusionnelle avec mon père. J’étais très studieuse, très matheuse aussi, et il adorait ça. Mais sa seule déception était que je ne sois pas un garçon, comme il disait. Moi, je voulais devenir institutrice, mais lui rêvait que je fasse médecine. Comme je ne voulais pas faire de longues et coûteuses études, je suis devenue diététicienne. Mais en 1999, j’avais fait le tour du sujet et, en rejoignant le garage, j’ai eu d’une certaine façon l’impression de rendre hommage à mon père."

Au départ cantonnée à la comptabilité, elle apprend tout par elle-même avant de trouver progressivement sa place dans l’entreprise mais aussi en dehors. Comptant parmi les premiers membres du réseau Vulco en 1996, le Garage L’Olmu fait partie de la grande histoire de l’enseigne du groupe Goodyear qui célèbre cette année ses 30 ans, et y a ainsi trouvé un soutien pour optimiser ses achats et vivre plus sereinement.

La gérante y voit quant à elle bien plus que cela. En 2006, elle intègre les instances dirigeantes aux côtés d’autres adhérents et découvre de l’intérieur le fonctionnement d’un réseau. Une vraie ouverture d’esprit. "J’ai compris beaucoup de choses pendant ces huit années passées au GIE. Je pense que de monter à Paris, d’échanger avec les gens du siège ou les confrères nous a beaucoup aidés à mieux développer notre centre."

Ce travail avec Vulco est aussi une parenthèse plus légère dans un quotidien parfois pénible. Coincé entre le marteau et l’enclume, elle fait le tampon entre ses deux frères qui ne se comprennent pas. La situation deviendra tellement invivable que Jean-Michel, l’aîné, finira par quitter l’entreprise en 2017. "À partir de là, on a pu avancer plus rapidement", résume-t-elle.

Une indépendance chevillée au corps

D’autant que, depuis quelques années, Martine et Jean-Marc Sanchez, qui quitta un temps l’entreprise pour monter sa propre affaire sur le continent avant de revenir soutenir sa sœur, ont accueilli la troisième génération familiale. Alain, le fils de Martine, et Pierre, celui de Jean-Michel, ont rejoint cette belle aventure. Avec leurs propres idées et manières de faire, mais avec l’assentiment de leurs aînés, "leur arrivée a apporté un nouveau souffle à toute l’équipe."

Avec eux, l’histoire du Garage L’Olmu semble assurée. Si elle admet que le métier est plus difficile qu’il y a vingt ans, obligeant les pneumaticiens historiques à être toujours plus performants sur le conseil, le service ou la petite mécanique, vendre et donc quitter cet univers n’a jamais été une option. "Ce garage est dans notre sang !" affirme avec force Martine Sanchez. Grâce à son fils et son neveu, cette dernière sait aussi que la philosophie de leur centre sera préservée. L’expertise est là, la notoriété, si elle n’est jamais garantie, est une réalité, et la notion d’indépendance demeure profondément ancrée chez eux.

"C’est notre culture corse qui veut ça" souligne-t-elle et celle-ci trouve aussi écho avec un réseau Vulco qui n’a jamais cherché à dénaturer l’identité des siens. Près de 50 ans après en avoir écrit les premières lignes, les Sanchez ont construit une histoire riche de plusieurs tomes. Toujours familiale, toujours indépendante et toujours monosite – "parce que trouver les bonnes compétences reste très difficile et que c’est finalement moins de contraintes" – l’entreprise est encore loin du point final.

 

BIO EXPRESS

  1. Son père, Alfred Sanchez, crée le Garage L’Olmu.
  2. Rejoint l’entreprise familiale après avoir été diététicienne.
  3. Intègre les instances dirigeantes de Vulco.
  4. Laisse progressivement les commandes à son fils et son neveu

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°193 de janvier-février 2026.

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