Pneumatique : une simplification des règles kafkaïennes s'impose

Rendez-vous biannuel désormais très attendu par tous les représentants du monde de la gomme, la huitième édition des Rencontres du Pneu et de l’lnnovation s'est tenue le 16 décembre 2025, à l'Hôtel du Louvre (Paris). À l'initiative du Syndicat du Pneu (SdP), plusieurs thématiques ont été abordées au cours de l'après-midi pour comprendre les problématiques qui touchent cet univers. L'une d'elles portait sur l'amoncellement de règles et de normes qui pèsent sur le pneumatique.
"Cela freine la compétitivité de l'économie, complexifie le quotidien des chefs d'entreprise et représente aussi un vrai sujet d'anxiété" estime Islem Belkhous, directeur économie d'Elanova, autrefois Centre français du caoutchouc et des polymères. Prenant pour exemple la question de l'abrasion des enveloppes, Régis Audugé, directeur général du SdP, a rappelé que les premières règlementations remontent à plusieurs décennies.
Une complexification très coûteuse
Dès 1974, une première étude identifie les moteurs, les freins, les chaussées et les pneus comme des facteurs polluants, suivie par d'autres travaux dans les décennies 1980 et 1990. Les années 2000 vont faire émerger des enseignements supplémentaires sur les particules de pneu, même si demeure alors un frein majeur : l'absence de chiffres précis. "La science est très précise sur le quoi et le où mais moins sur le combien" pointe Régis Audugé.
Un enjeu important, crucial même, qui n'empêche ni la France ni l'Europe de multiplier les règles, selon un principe de précaution, sans attendre les conclusions de grandes recherches. Cet appétit administratif trouve peut-être son explication dans la manière avec laquelle le grand public aborde généralement ce type de sujets. "La complexité scientifique se heurte aux interprétations médiatiques, avec des amalgames entre danger potentiel et risque réel."
Sauf que le choix de l'empilement législatif atteint aujourd'hui ses limites. "La complexification règlementaire a un coût considérable. De l'ordre de 90 milliards d'euros pour la France, selon l'OCDE, et de 150 milliards d'euros à l'échelle européenne, détaille Islem Belkhous. Le Règlement européen sur la déforestation (RDUE) qui devait entrer en vigueur le 31 décembre 2025 est un autre exemple frappant à l'en croire. Très complexe, très lourde à mettre en œuvre, très mal pensée, cette mesure a finalement été décalée d'un an.
Changer de logiciel
"Les organisations professionnelles ont milité pendant des mois en faveur d'une simplification. Dans un premier temps ignorées, leurs demandes ont finalement été entendues par Bruxelles mais le chemin vers la décomplexification de RDUE reste long et entier", ajoute le représentant d'Elanova. "Face au principe de précaution, poussons le principe d'innovation. Avec une question centrale : un choc de simplification est-il possible face à l'inflation normative ?"
Face à cette interrogation, Islem Belkhous avance des pistes de réflexion : changer de "logiciel", en terminant avec la massification des normes et des règles, réguler cette problématique, favoriser la stabilité avec une soupape d'ajustement plutôt que de toujours tout redéfinir… "Aujourd'hui, on a besoin d'agir. Ce choc de simplification est obligatoire pour restaurer la confiance et libérer les énergies", affirme-t-il en guise de conclusion.
