Dôme Services Pneumatiques (DSP) : dans les traces d’Auguste Badiou

Pour comprendre l’historique de Dôme Services Pneumatiques (DSP), il faut remonter au personnage clé de son histoire : son fondateur, Auguste Badiou, devenu entrepreneur sur le tard. Christian Badiou, son fils unique aujourd’hui à la tête de l’entreprise familiale, raconte : "Mon père a accédé à la dimension d’entrepreneur à 55 ans. Son parcours professionnel s’est entièrement déroulé dans le monde du pneumatique. Il a commencé à travailler chez Chaussende Pneus à Brives-Charensac (43). Il travaillait avec la famille Lenhof et je connais d’ailleurs Jean-Pierre, qui a été président de Point S. Puis, ma mère Marie, qui œuvrait dans l’administration, a été mutée dans la région de Clermont-Ferrand. Mon père quitte alors cette première entreprise pour la suivre et rejoint une entité qui s’appelait Estager Pneus. Une vieille entreprise clermontoise qui détenait plus d’une vingtaine de points de vente où il prend la responsabilité d’une agence".
Ayant toujours évolué dans des entreprises de dimension familiale, Auguste Badiou sait qu’il ne souhaite pas travailler dans un schéma succursaliste. Avant que l’entreprise, devenue entre-temps Piot Pneus, ne passe sous la bannière Euromaster, il la quitte en 1990. "En fait, il a traversé la rue au sens propre comme au sens figuré, avec une partie de l’équipe, et il a fait partie des premiers points de vente Vulco, qu’on appelait à l’époque Vulco Pneus Plus", poursuit-il. Un clin d’œil prémonitoire à la suite de l’histoire.
Auguste Badiou trouve alors le point de vente du 65 avenue Brezet à Clermont-Ferrand, qui est encore aujourd’hui le siège de l’entreprise. Avec une partie de l’équipe qui l’a suivi, ils travaillent pendant trois ans, avant qu’en 1993, l’enseigne Vulco Pneu Plus ne soit reprise par Dunlop. "Là, mon père s’est dit qu’il n’allait pas traverser la rue pour se retrouver dans un réseau qui allait devenir succursaliste. Il décide alors de créer sa propre entreprise Dôme Pneu, toujours dans la zone commerciale du Brezet, et adhère à un réseau qui s’appelait à l’époque Arc-en Ciel, avant de devenir quelques années plus tard Eurotyre".
Il devient le PDG de cette structure en 1994. L’entreprise est alors principalement spécialisée en BtoB. Dans la zone commerciale, ils sont une dizaine de collaborateurs et rapidement, Auguste Badiou ouvre une deuxième agence de proximité, située en centre-ville qui vise une clientèle grand public. S’ensuivent quelques années de développement de l’entreprise, avant que le dirigeant ne pense à la suite.
La reprise : une prise de risques
Pendant ce temps, son fils, Christian, a poursuivi des études de droit avant de rapidement se tourner vers le pneumatique, comme son père. "J’ai démarré chez le manufacturier local, Michelin, avec un parcours classique d’intégration. Cela a été une période intéressante où j’ai eu l’occasion de rencontrer plein de gens que je retrouve encore dans ma vie professionnelle. Toutefois, je n’ai pas été intégré chez Michelin. Mon père me dit alors à cette époque-là : «Michelin, ce n’est pas le centre du monde, il y a d’autres manufacturiers», et il me fait rencontrer des gens de chez Dunlop".
Christian rejoint donc Dunlop, et occupe pendant presque huit ans un poste de commercial dans le Sud-Ouest. "Je visitais des entreprises comme la nôtre aujourd’hui, et ce métier de la distribution m’a plu. Puis, fort de cette expérience, en 1997, on me propose un poste au siège de Dunlop à Paris, où j’ai pris une responsabilité marketing pour le TC4". Un travail avec plus de recul, une dimension marketing et d’analyse de marché, qui séduit tout de suite Christian Badiou.

Après avoir fait ses armes chez Michelin puis avoir évolué à Paris chez Dunlop, Christian Badiou a pris la suite de son père Auguste à la tête de l’entreprise familiale à la fin des années 1990. ©DSP
Au même moment, son père avançant dans l’âge, commence à réfléchir à la suite. Les conditions de la reprise sont réunies : l’associé de son père souhaitait vendre ses parts et Auguste céder les siennes à Christian. L’épouse de ce dernier, Catherine alias "Cathy", contribue activement par son engouement et sa persuasion à faire avancer le projet. Et l’idée se construit peu à peu au sein même du couple.
Rapidement, Christian en parle chez Dunlop. "J’avais la chance d’être au siège d’une entreprise, avec un accès à tous les services, donc rapidement, j’évoque cette possibilité de reprise, en demandant notamment des conseils aux services juridiques et comptables, mais je n’étais pas encore convaincu. Puis, j’ai eu l’occasion de rencontrer le PDG de Dunlop, Claude Cham à l’époque, afin de lui présenter le projet. Ce dernier, alors que je n’étais en poste que depuis peu, y a reconnu l’esprit entrepreneurial".
Toutefois, Christian conserve quelques réserves, entre la peur de quitter un grand groupe avec des perspectives de carrière et celle de "s’appauvrir intellectuellement en quittant un milieu bouillonnant pour se retrouver à la tête d’une SA avec une dizaine de salariés".
De couple à binôme
"Cathy m’avait suivi dans le Sud-Ouest, où sont nées nos filles, puis à Paris, et était prête à m’accompagner dans l’aventure elle aussi. En mars 1999, nous quittons donc Paris pour revenir à Clermont-Ferrand", raconte-t-il. Étonnamment, rentrer au pays et retrouver ses racines n’a pas été un facteur déterminant de la prise de décision pour le chef d’entreprise. Pourtant, avec le recul, il analyse : "Me retrouver avec des gens avec qui j’ai usé mes fonds de culotte sur les bancs de l’école et de la fac, cela avait du sens".
À peine arrivé dans l’entreprise, Christian Badiou montre ce qu’il est capable de faire. Il veut tout apprendre et se construire une crédibilité. "Moi, j’avais vendu des pneus pendant dix ans mais je n’en avais jamais monté un, je n’avais jamais été confronté aux clients finaux. Même si mon père me disait que ce n’était pas mon rôle, je me suis formé, je voulais que les équipes sachent que je pouvais les aider à l’atelier en cas de besoin".
Côté rachat de l’entreprise, Cathy va jouer un rôle déterminant : "Très vite, s’est posée la question des ressources humaines, des relations avec les banques, de la gestion financière de l’entreprise. Notre conseiller, qui nous accompagnait dans le rachat, m’a demandé à qui j’allais confier ce poste. Je me souviens que, lors d’une réunion, nous nous sommes regardés avec Cathy et on a su que ce devait être elle". Le couple devient alors un duo professionnel équilibré, qui n’a pas bougé depuis.
La découverte de l’entrepreneur
Pendant quelque temps, Auguste reste auprès de son fils pour assurer la transition. Une période ponctuée de moments parfois tendus avec deux manières de faire différentes, mais aussi un temps riche d’enseignements pour Christian : "Cela faisait longtemps que j’avais quitté la maison et, avec mon père, on ne parlait que très peu de l’entreprise. C’est vraiment en arrivant que j’ai découvert son implication, sa relation avec les clients, son véritable esprit entrepreneurial. Et très vite, lors d’un rendez-vous avec un client important, il lui a dit : «Désormais, ce n’est plus moi que tu appelles, c’est Christian». C’est à partir de ce jour-là que le transfert s’est opéré".

DSP compte aujourd’hui quatre points de vente pour un chiffre d’affaires d’environ 8,5 millions d’euros. ©DSP
Auguste Badiou a néanmoins continué à venir régulièrement pendant de longues années, même quand il ne faisait plus partie des effectifs, pour dépanner les équipes en allant chercher une pièce chez un constructeur ou en effectuant son premier métier : la réparation de pneus à chaud. "D’ailleurs, cela a pris du temps pour que je le convainque de former une personne de l’équipe pour ne pas perdre ce savoir-faire. Il a longtemps traîné des pieds car c’était son pré carré", se souvient Christian avec amusement.
Avant d’ajouter, non sans émotion : "Il est parti beaucoup trop tôt à mon goût, en 2016, et j’ai encore l’impression de le voir arriver le matin avec sa petite voiture, faire son petit tour, aller dire bonjour aux gars et demander s’il y a une pièce à aller chercher". Une présence rassurante et forte, qui perdure.
Le tournant Vulco
Passage charnière dans l’histoire de la société, le panneau Vulco. Quand son père quitte l’entreprise, Dôme Pneu est encore sous l’enseigne Arc-en-Ciel. De son côté, Christian, qui a gardé beaucoup d’attaches de son passé professionnel chez Dunlop, recroise en 2003 la route de l’ancien directeur Europe du manufacturier à la tête du réseau Vulco. Ce dernier lui apprend que les agences Goodyear sont à vendre, car le manufacturier veut se recentrer sur son cœur de métier.
"Sur les quelque 130 agences à vendre sur le territoire national, il y avait celle où nous sommes aujourd’hui, plus un petit point de vente à Riom, à quelques kilomètres de Clermont". Christian fait alors savoir qu’il est intéressé par ces deux sites. "C’est alors qu’en 2003, la reprise s’opère et les quatre points de vente passent sous enseigne Vulco. Pour moi, cela faisait sens car mon cœur battait toujours Dunlop, je connaissais les produits, je les vendais. De plus, mon père connaissait une partie des équipes qui avaient été ses salariés autre fois".
Un passage sous bannière Vulco qui devient également décisif pour la suite de la carrière de Christian. Celui qui aime "savoir comment tout fonctionne", s’investit très rapidement en tant qu’administrateur du groupement d’intérêt économique de Vulco, le GIE Pneuman. Il en prend la présidence par intérim en 2006, puis la présidence complète, ce qui est toujours le cas aujourd’hui.
"La volonté, c’était de m’investir dans le fonctionnement du réseau, de prendre un peu de recul, d’échanger avec la tête de réseau Vulco Développement. Cela m’a permis de m’impliquer, d’aller vers les adhérents, de les représenter et de comprendre leur fonctionnement, mais aussi de rencontrer d’autres enseignes comme Profil Plus à l’époque, ou encore Siligom. C’était une volonté de ne pas m’isoler dans mon point de vente, de garder un peu ces notions de marché, de distribution, d’organisation, de discuter avec les dirigeants. Cela fait des années que ça dure et j’ai encore envie que ça se poursuive, parce qu’il y a toujours du nouveau. La distribution change, il faut s’adapter. Cette année, nous allons fêter les 30 ans de l’enseigne", se réjouit-il.
Une manière de suivre les évolutions du métier, aujourd'hui marqué par un parc automobile vieillissant, des modes de consommation différent avec Internet et une saisonnalité chamboulée par la loi Montagne et la montée en puissance du pneu toutes saisons. "L’offre de pneumatiques s’est aussi considérablement élargie, rendant la gestion des stocks plus complexe. Les véhicules sont plus techniques (capteurs, aides à la conduite), ce qui demande davantage de formation et d’équipements. Enfin, l’organisation du travail évolue, avec plus d’interventions sur les parcs poids lourds et une attention accrue portée à l’accueil et à l’expérience client dans les centres", analyse-t-il.
Dans son parcours, Christian s’investit également au CJD (centre des jeunes dirigeants) où il mène, avec d’autres entrepreneurs, des réflexions autour de l’entreprise au service de l’homme. Des implications qui balayeront vite ses doutes d’appauvrissement intellectuel ou d’isolement.
Le rachat d’Arcis Pneus
Concernant l’histoire de Dôme Services Pneumatiques, Christian Badiou la résume ainsi : "de manière très séquencée, tous les dix ans ou presque, nous avons un projet d’envergure". Ainsi, après 2003, la nouvelle étape fondatrice de l’entreprise s’écrit en 2012, avec le rachat d’Arcis Pneus, une entreprise sous enseigne Siligom, basée dans un périmètre proche, à Ambert et Courpière (63), avec une dimension très tourisme pour Ambert, situé dans une zone blanche avec une forte saisonnalité.
"C’était une aventure intéressante tout d’abord parce qu’il s’agissait d’une vieille dame qui tenait son marché depuis 1945, avec toutes les habitudes que l’on peut imaginer. Nous avons donc fait passer les points de vente sous Vulco avec la politique de marque de l’enseigne. Nous avons également découvert un bassin économique différent, une région plus rurale avec des relations humaines différentes", analyse le chef d’entreprise.
Vient ensuite une modification juridique. Jusqu’en 2016, le groupe disposait de deux entités distinctes à Clermont-Ferrand. "Une organisation qui n’avait plus de sens car cela signifiait deux clôtures comptables et beaucoup d’administratif. La décision est alors prise de regrouper tout le monde sous le même toit, dans la succursale dont nous avions racheté les murs et de fusionner ces deux entités !".

À l’origine de l’histoire de DSP, Auguste Badiou a su insuffler un esprit d’équipe et un sens du service client. ©DSP
Aujourd’hui, le groupe DSP/Arcis Pneus rassemble une quarantaine de collaborateurs pour un chiffre d’affaires avoisinant les 8,5 millions d’euros, avec une forte orientation BtoB (70 % du CA à Clermont-Ferrand), une clientèle des métiers du transport et des travaux publics, mais aussi un ADN tourisme pour les sites d’Ambert et Courpière (60 % du CA en tourisme).
Pour Christian, c’est aussi et avant tout une aventure humaine, tout d’abord grâce au binôme qu’il incarne avec Cathy et où chacun s’épanouit dans son domaine de compétences. C’est aussi une vision du management moderne, fondé sur la confiance et la délégation. Plutôt que de tout centraliser, l’entrepreneur s’appuie sur des collaborateurs qu’il fait évoluer en interne et auxquels il confie des responsabilités. Il veille aussi à impliquer et à former régulièrement les équipes, convaincu que chaque technicien est un prescripteur qui peut accéder à d’autres fonctions au sein de l’entreprise.
"À ce titre, j’aime faire rencontrer les manufacturiers et nos équipes pour échanger sur les nouvelles gammes de produits et services", précise-t-il. Parallèlement, il reste conscient de la dimension sociétale de l’entreprise en l’adaptant aux nouvelles attentes, qu’elles soient autour de la sécurité et de la pénibilité au travail, mais aussi de l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, notamment chez les jeunes générations.
Les ambitions pour demain
Côté perspectives, Christian est toujours en "mode projets". Le dirigeant mène une veille active sur sa volonté de développement mais "pas n’importe comment et pas à n’importe quel prix", rappelant que la variable humaine reste le centre de l’équation : "sans les hommes qualifiés et compétents, nous ne savons pas faire". Plusieurs directions sont étudiées : étoffer le maillage, se diversifier, asseoir le patrimoine immobilier…
L’une d’entre elles pourrait aboutir d’ici la fin de l’année afin de s’étendre sur le secteur géographique clermontois. "Nous avons des ambitions mais restons humbles. J’ai un petit objectif dans ma tête, depuis longtemps, j’aimerais atteindre les 10 millions d’euros de CA consolidés. En acquérant ce confrère, nous irions accrocher ce fameux cap des 10 millions. C’est un beau projet, nous allons peut-être appuyer sur le bouton !", lâche-t-il avec envie.

Christian et Cathy Badiou forment depuis 1999 un duo professionnel où chacun s’épanouit dans son domaine de compétences. ©DSP
Quant à une future transmission, rien n’est encore écrit. Ses deux filles viennent d’avoir 30 ans, mais évoluent dans des mondes professionnels différents, l’une dans la santé, l’autre dans les jeux vidéo : "Nous ne souhaitons pas les pousser car il ne doit pas y avoir d’exercice imposé. J’ai 62 ans, je compte donc travailler encore un moment. Je ferai tout pour que l’entreprise perdure, mais a priori ce ne sera pas du côté de la famille", avoue-t-il.
Une chose est sûre, l’entreprise représente un héritage essentiel, celui de son papa. Et c’est avec beaucoup de reconnaissance et d’émoi que Christian l’évoque : "Il a été un exemple. Même plus jeune, quand je travaillais avec lui pendant les vacances pour gagner quatre sous, je devais me lever tôt, faire plus d’efforts que les autres, montrer l’exemple. En reprenant, j’ai découvert quel entrepreneur il était. Il avait su inculquer un esprit d’équipe. Il était précurseur dans sa relation aux clients, avec une forte culture du service. Aujourd’hui, c’est sur "ses" bases solides et avec l’accompagnement indéfectible de Cathy que l’aventure se poursuit."
Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°194 de mars-avril 2026.
