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Distribution

First Stop : Fabrice Prieur, partir et grandir pour mieux revenir

Publié le 22 avril 2026

Par Romain Baly
5 min de lecture
Bien qu’ayant grandi dans une famille de pneumaticiens, Fabrice Prieur a entamé sa propre aventure dans un autre domaine. Entrepreneur dans l’âme, il se lance à 25 ans dans le commerce de véhicules d’occasion. Mais en 2015, alors que le centre autrefois géré par ses parents venait de fermer, il renoue avec ses premières amours et relance cette affaire sous la bannière First Stop.
Fabrice Prieur, ici au centre, demeure profondément attaché à son métier et à son histoire familiale. ©Fabrice Prieur

Allez savoir si c’est du sang ou de l’hévéa qui coule dans ses veines… Fabrice Prieur est un enfant de la gomme. Représentant la troisième génération d’une famille de pneumaticiens, il a connu cette enfance où vie personnelle et vie professionnelle s’entremêlent, parfois pour le pire, d’autres fois pour le meilleur, s’invitant en pleine semaine dans le salon ou le dimanche lors d’un repas de famille. Si certains dans son cas ont senti, l’heure de l’émancipation venue, le besoin de s’éloigner de cet environnement singulier, lui n’en a jamais été encombré.

De cette entreprise fondée en 1956 par son grand-père et alors basée à Bourgoin-Jallieu (38) avant d’être reprise par ses parents dans les années 1980, il se souvient de ces week-ends et de ces vacances où il "donnait un coup de main" dans cet univers très tôt devenu une passion. Si sa sœur a opté pour une autre voie, Fabrice Prieur, au moment de choisir la sienne, n’excluait pas de faire carrière auprès des siens.

Bac en poche, il entame des études de commerce et une idée émerge rapidement. Et s’il suivait le chemin de ses parents mais d’une autre manière ? "Ce qu’il faut comprendre, c’est que mes parents, au-delà d’être de bons pneumaticiens, étaient de bons et de vrais commerçants. Ils avaient cette fibre du commerce local, ce sens du service. En évoluant avec eux, j’ai été à bonne école. Je ne me voyais pas faire autre chose qu’entrepreneur et donc être mon propre patron", retrace-t-il.

Une longueur d’avance

En 1997, au moment même où il termine son cursus scolaire, ses parents décident de vendre leurs deux centres de Bourgoin-Jallieu et Pont-de Beauvoisin (73) au groupe Métifiot, grande institution du pneumatique dans la région. Fabrice Prieur passe deux années auprès du repreneur, découvre le monde de la gomme, s’aguerrit à la vie professionnelle, fréquente différents sites, avant d’être rattrapé par ses propres ambitions.

Avec un ami, et à tout juste 25 ans, il crée alors une entreprise de revente de véhicules d’occasion. Nous sommes en 1999, Internet n’a pas encore pris pleinement son envol, et ce marché cherche à se réinventer. Les deux acolytes ont senti le coup et s’associent à une franchise nationale aujourd’hui disparue, Le Troc Automobile, pour lancer une affaire rapidement couronnée de succès.

"Avec mon associé, on avait compris tout ce que pouvait apporter Internet, toute sa puissance en termes de visibilité et d’opportunités commerciales. Alors on publiait une annonce sur Leboncoin pour chacune des voitures que l’on rentrait. Et ça fonctionnait."

Vingt-cinq ans plus tard, l’idée paraît banale mais, à l’époque, peu de professionnels s’appuyaient sur le leader des petites annonces pour soutenir leur business. Avec un seul point de vente, les deux associés atteignent rapidement les 200 ventes annuelles et iront même jusqu’à 350 à la fin de l’aventure. Car il y a bien eu une fin à celle-ci.

Une fermeture impossible à accepter

En 2008, les chemins de deux dirigeants se séparent. Un peu lassé et ayant l’impression d’avoir fait le tour de la question, Fabrice Prieur reste seul à sa tête pendant deux ans avant de céder son entreprise début 2010. Un choix d’autant plus évident qu’un autre projet, bien plus grand, s’offre à lui. Tout jeune papa, il décide de devenir père au foyer. Deux bambins viendront égayer sa vie. Pleinement engagé dans ce qui est peut-être le plus beau "métier" du monde, il assure toutefois quelques missions en parallèle. Une manière de garder un pied dans l’univers professionnel.

En 2015, le centre de Pont-de-Beauvoisin dans lequel sa famille avait mis toute son énergie ferme ses portes. Le quadragénaire ne peut envisager la chose. "Il y avait encore notre nom sur la devanture… confie-t-il avec émotion. Ce centre, j’y avais passé énormément de temps, c’était une partie de notre histoire familiale, c’était un endroit riche en souvenirs."

Touché au plus profond de lui-même, et sentant sans doute aussi la bonne opportunité, il se lance dans cette nouvelle aventure, pour le plus grand bonheur de ses parents. "On est très famille chez nous alors, forcément, c’était un moment très chouette…", avoue-t-il pudiquement.

Aidé par les Métifiot avec lesquels les relations sont toujours restées cordiales, il investit ses économies pour équiper ce centre et financer un premier stock. Conscient de ne pas pouvoir y arriver seul, c’est-à-dire en totale indépendance, il benchmarke les enseignes du marché et décide de s’appuyer sur First Stop. "Un choix naturel, explique-t-il. Cette enseigne me paraissait être celle qui collait parfaitement à mon ADN."

Cette alliance va rapidement dépasser le simple intérêt personnel puisque l’entrepreneur est impliqué depuis désormais de longues années dans différentes commissions aux côtés de ses confrères. "C’est important de faire avancer le réseau et de donner du temps en confrontant les problématiques, les besoins, les idées."

Ouvrir un second centre ? Oui, mais…

Grâce à son engagement et avec le soutien de First Stop, le centre savoyard est redevenu en quelques années une adresse qui compte dans le pneumatique local. La relance n’avait pourtant rien d’un pari gagné d’avance car, après trois années de déshérence, l’activité avait sérieusement chuté et les fidèles clients étaient partis voir ailleurs.

Mais en ouvrant les portes de son affaire au début de l’automne, Fabrice Prieur a pu dès les premiers jours se servir de l’hiver comme d’une rampe de lancement parfaite pour amorcer la suite. De 450 000 euros en 2015, le First Stop de Pont-de-Beauvoisin génère aujourd’hui un chiffre d’affaires d’environ 1,2 million d’euros avec une expertise protéiforme allant du véhicule léger au poids lourd en passant par l’agricole.

Plus de dix ans après ce virage, Fabrice Prieur est pleinement à sa place dans cet univers et dans son centre. L’idée d’en ouvrir un second se pose mais, comme de nombreux autres pneumaticiens, les interrogations sont plus nombreuses que les certitudes.

"Ce qui me conforte dans l’idée de n’avoir qu’un seul centre, c’est que déjà je m’y sens bien et qu’ensuite je pense qu’on peut aller encore plus loin, notamment sur l’industriel et l’agricole. Après, il est certain que mon enseigne me sollicite régulièrement pour en ouvrir un autre. J’y réfléchis, mais c’est compliqué parce qu’on n’est jamais sûr de trouver de la main-d’œuvre. Dans mon centre, on tourne à cinq une partie de l’année et à six au moment de faire les permutations été-hiver. Même à mon échelle, je suis confronté à cette problématique. Et nous qui accueillons de nombreux patrons de PME locales, on voit bien que c’est un souci qui touche tous les secteurs."

La passion ne devant ainsi jamais surpasser la raison, Fabrice Prieur mène sa réflexion en même temps que sa barque, en bon gestionnaire pragmatique. Le néopneumaticien quadragénaire est devenu un patron quinquagénaire avec la tête sur les épaules. L’avenir dira si ses affaires peuvent prospérer ailleurs. À 52 ans, ce papa de deux adolescents entend profiter de son entreprise autant que de la vie, laissant la folie et les prises de risques à d’autres.

 

BIO EXPRESS

Fabrice Prieur, 52 ans

  1. Diplômé d’école de commerce.
  2. Crée un centre de revente de véhicules d’occasion.
  3. Vend son entreprise.
  4. Rachète le centre de Pont-de-Beauvoisin (73), autrefois géré par sa famille.

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°194 de mars-avril 2026.

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