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Distribution

ZFE : une menace pour les réseaux ?

Publié le 27 juillet 2023

Par Louis Choiset
3 min de lecture
Si le sujet des zones à faibles émissions (ZFE) rime généralement avec fracture sociale dans le débat public, l’impact sur les commerçants des centres-villes est beaucoup moins débattu. Alors que certains réseaux de centres autos et pneumaticiens s’inquiètent de la mesure, d’autres y voient des opportunités.
Preuve de l'importance du sujet pour le monde de l'après-vente automobile, 40 % du réseau de Midas, par exemple, pourrait être affecté par les ZFE. ©AdobeStock_S. Leitenberger

"La ZFE est nécessaire, d’autant plus que ce sont les milieux populaires qui souffrent le plus de la pollution. Mais il faut les aider à prendre ce virage." Cette déclaration de Patrice Leclerc, maire communiste de Gennevilliers (92), dans les colonnes du Journal de l’Automobile de mars 2023, s’ajoute aux multiples remous découlant de la mise en place de la mesure.

Le sujet cristallise les tensions de nombreux automobilistes et nourrit le débat public, mais la question des zones à faibles émissions (ZFE) est rarement rattachée aux enjeux économiques. Or, dans les centres-villes, de nombreux commerçants craignent d’être lourdement impactés par de telles mesures.

Chez Midas et dans l’ensemble du groupe Mobivia, on prend cette problématique très au sérieux. Au regard des projets de ZFE prévus pour les années à venir, 40 % du réseau pourrait être affecté par cette mesure. Mobivia, associé à d’autres acteurs, a créé un comité de travail pour tenter de trouver des solutions.

Une adaptation des ZFE aux contraintes des représentants du secteur automobile peut-elle voir le jour ? C’est en tout cas l’espoir du groupe nordiste. La mise en place de laissez-passer est une idée, parmi d’autres, pour contourner le problème.

Une source de transformation des réseaux

À l’inverse de Midas qui s’inquiète de cette mesure, Speedy ne semble pas déstabilisé par l’émergence des zones à faibles émissions dans les années à venir. Bien que directement concernée, l’enseigne voit plutôt d’un bon œil ce contexte qui pourrait également favoriser la transformation de son réseau.

Paris et sa vingtaine de centres constituent un exemple significatif. En y testant depuis quelques semaines la maintenance de deux-roues thermiques et électriques, Speedy s’ouvre à un champ nouveau. Même chose concernant le partenariat noué avec Volt, spécialiste de la mobilité électrique. "Le boom des véhicules électrifiés va permettre de compenser la baisse des thermiques", assure Jean-Pierre Barnier, directeur international et business développement de Speedy.

"On est persuadés que cette stratégie tient la route", affirme-t-il encore. Le dirigeant mise par ailleurs beaucoup sur le BtoB. Ce canal, qui pèse entre 20 et 25 % de l’activité du réseau, s’appuie sur des véhicules récents et de plus en plus électrifiés. De quoi soutenir un positionnement totalement assumé.

Les pneumaticiens aiment la campagne

En effet, les métropoles favorisent ces désirs et surtout ces besoins de développement de l’activité des réseaux, comme l’explique Régis Audugé, directeur général du Syndicat du Pneu. "Je doute fort que ces concepts puissent avoir du sens s’ils sont positionnés dans des petites villes de Seine-et-Marne, par exemple. Les centres-villes sont les lieux parfaits pour accompagner l’émancipation des nouvelles mobilités. C’est dans ces emplacements que la clientèle est concernée."

Avec le temps, les habitudes des consommateurs ont tendance à différer selon leur lieu de vie. Une baisse de kilomètres parcourus est constatée pour les automobilistes résidant en hypercentre. La dynamique est contraire pour ceux vivant en zone rurale. D’après Régis Audugé, ces derniers préféreront "aller dans les centres à proximité de leur domicile, plutôt que dans ceux qui sont proches de leur lieu de travail". C’est pourquoi, étaye-t-il, la plupart des centres sont situés en périphérie des villes, et plus particulièrement dans les zones commerciales.

"Dans la stratégie des pneumaticiens et des centres autos, il y a une proximité avec les clients qui est importante. Logiquement, la plupart d’entre eux se placent dans les zones périurbaines et proches des zones commerciales afin d’optimiser le temps des clients", ajoute-t-il.

Un impact probablement limité

Le vieillissement du parc aurait justement dû bénéficier au marché de l’entretien des véhicules, mais tout le monde n’aura pas sa part du gâteau. En effet, les ZFE vont priver certains d’une partie de leur clientèle. Pourtant, en plus de l’essor des mobilités douces dans les centres-villes, cette problématique n’inquiète pas tout le monde.

"Ce sont les fast-fitters, plutôt présents dans les centres-villes, qui seront impactés en première ligne. Mais les conséquences, selon moi, seront limitées car les habitants des ZFE continueront de rouler, aussi bien en thermique qu’en électrique, s’ils effectuent la transition. Il serait étonnant que ces automobilistes des centres-villes abandonnent leur véhicule", estime Régis Audugé.

Selon le directeur général du Syndicat du Pneu, les ZFE incitent les automobilistes à abandonner leur véhicule, mais cela semble assez irréaliste. "Ils passeront probablement à l’électrique pour certains mais, au même titre que les véhicules thermiques, ces voitures-là consomment du pneu."

Un effet décalé dans le temps

Pour les pneumaticiens, le point noir se situe au niveau des véhicules neufs, adaptés aux zones à faibles émissions. C’est généralement directement en concession que ces derniers verront leur premier changement de pneus, à la charge de l’agent vendeur d’origine. C’est seulement ensuite, à l’occasion des futurs changements, que le client se dirigera vers un centre auto, un fast-fitter ou un pneumaticien.

Un mécanisme probablement facteur de décalages, comme le prévoit Régis Audugé. "Des écarts se feront ressentir sur les entrées de ces véhicules dans les réseaux, étant donné que les pneus prendront plusieurs années avant de s’user. Malgré cela, il n’y a pas de grandes catastrophes à prévoir, tout s’étalera dans le temps."

Difficile d’anticiper les conséquences des zones à faibles émissions sur les commerces, mais ces derniers ne comptent pas les attendre et prennent déjà les devants. Une chose est sûre pour les acteurs concernés : la clé se trouve dans la transformation.

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°180 de mai-juin 2023.

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