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Manufacturiers

Florent Menegaux : "Je refuse la performance économique au détriment des individus"

Publié le 26 avril 2024

Par Romain Baly
2 min de lecture
Alors que le salaire astronomique de Carlos Tavares, directeur général de Stellantis, a une nouvelle fois défrayé la chronique dans l'Hexagone, un autre dirigeant français a fait parler de lui. En dévoilant l'initiative d'un "salaire décent" pour tous les employés de son groupe et en s'estimant lui-même très bien payé, Florent Menegaux a mis en lumière une autre manière d'exister dans l'industrie.
Président du tricolore, Florent Menegaux a rappelé qu'il refusait d'asseoir "la performance économique" du groupe qu'il dirige "au détriment des individus" qui le composent. ©Michelin

Curieux hasard du calendrier. Mi-avril 2024, Michelin organisait à Clermont-Ferrand (63) un important évènement rassemblant journalistes et observateurs du monde du pneumatique. Le thème de ce grand raout ? "L'humain au cœur de la transformation." Dans le même temps, l'actualité était animée par une polémique entourant un autre grand nom du monde de l'automobile. Stellantis, ou plutôt son directeur général, Carlos Tavares, faisaient les gros titres. Une sorte de marronnier.

En cause, un salaire, jugé mirobolant, indécent, décorrélé des réalités de la population française. Il faut dire que les 36,5 millions d'euros de rémunération perçus en 2023 par le dirigeant du groupe franco-italo-américain ont de quoi laisser songeur. À vrai dire, Carlos Tavares n'en est pas à sa première polémique. Et, dans le fond, il en est presque victime. L'ex-homme fort de Renault se sait dans son bon droit. "Si vous estimez que ce n’est pas acceptable, faites une loi" a-t-il cyniquement mais justement rappelé pour balayer le problème.

Deux salles, deux ambiances

À Clermont-Ferrand, le débat était bien différent. Entre autres sujets, le rassemblement de Bibendum visait notamment à présenter plus en détails un vaste projet. Ambitionnant d'aider ses salariés à vivre dignement, le fabricant de pneumatiques s'engage à appliquer une politique de "salaire décent". La finalité étant, dans tous les pays où le groupe rayonne, de permettre à un salarié d'avoir une rémunération qui ne soit plus calculée sur le salaire minimum, parfois insuffisant pour subsister, mais sur le coût réel de la vie dans le pays en question.

Cette mesure, critiquée par certains syndicats, a été perçue ici ou là comme un effet d'annonce. Une manière de rehausser une image dégradée. Car l'industrie du pneumatique souffre et Michelin, comme tous ses confrères, se trouve dans l'obligation d'arbitrer entre fermeture ou revitalisation de sites. D'autres, à l'inverse, ont accueilli favorablement cette nouvelle. Parce qu'elle dénote, qu'elle répond à une problématique pleinement d'actualité, et qu'elle correspond aussi à l'identité profonde d'un manufacturier attaché depuis son premier jour au bien-être de ses membres.

Un salaire bien assez élevé

Et derrière l'annonce, il y a aussi l'annonceur. À l'instar des François et Edouard Michelin, Michel Rollier et autres Jean-Dominique Senard, Florent Menegaux s'inscrit dans cette lignée de dirigeants humanistes comme seul Bibendum en génère. Et s'il lui arrive de recevoir son lot de critiques – mais quel capitaine d'industrie y échappe ? – celui qui préside le clermontois depuis 2019 tranche dans le contexte actuel par son bon sens. Celui des mots et de l'analyse. Alors, quand son initiative de "salaire décent" s'est entrechoquée avec celui, indécent, de Carlos Tavares, le dirigeant est monté au front.

Refusant d'asseoir "la performance économique" du groupe qu'il dirige "au détriment des individus" qui le composent, Florent Menegaux est revenu sur sa propre situation. Sans ajouter de l'huile sur le feu mais en se montrant ferme, il a indiqué toucher un salaire fixe de 1,1 million d’euros. Des émoluments complétés par "une prime variable à 150 % maximum (soit 1 650 000 euros)". Bien assez pour être heureux à l'entendre, s'estimant ainsi "être extrêmement bien payé". Quand la fibre sociale se corrèle avec la décence, le capitalisme prend un autre visage, plus sage et plus humain.

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