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Manufacturiers

Goodyear inaugure son nouveau simulateur de développement

Publié le 29 mars 2024

Par Romain Baly
3 min de lecture
Situé à Colmar-Berg, au Luxembourg, ce nouvel outil est un précieux allié pour les équipes de Goodyear Europe. Avec lui, le manufacturier américain est désormais en capacité de développer et de tester virtuellement des enveloppes destinées à des véhicules qui n'existent pas encore. De quoi y gagner sur plusieurs tableaux.
Le simulateur de Colmar-Berg (Luxembourg) est le deuxième pour le groupe Goodyear après celui installé au siège d'Akron (États-Unis). ©Goodyear

C'est un outil qui est en train de se généraliser chez les manufacturiers premium. La simulation virtuelle gagne du terrain dans un univers du pneumatique qui a bien saisi tous les bénéfices qu'ils pouvaient en tirer. À l'instar de Pirelli ou de Michelin, Goodyear vient à son tour d'investir dans un équipement de ce type. Un projet annoncé dès 2021. Car si le groupe américain dispose déjà, depuis 2021, d'un simulateur de développement à Akron, aux États-Unis, il n'en avait pas encore en Europe.

Un investissement évalué à six millions d'euros

C'est désormais chose faite pour le fabricant qui vient tout juste d'inaugurer à Colmar-Berg (Luxembourg) son tout nouveau centre de simulation. Une enveloppe de six millions d'euros a été consacrée à ce projet bâti sur un site stratégique pour Goodyear. Dans cette bourgade située à une trentaine de kilomètres de Luxembourg-Ville, se côtoient usines, centres de R&D et pistes d'essais. C'est précisément pour être au plus proche de la production, de la conception et de la validation que cet outil y a été installé.

"L’inauguration de notre centre de simulation à la pointe de la technologie au Luxembourg témoigne de l’engagement de Goodyear à investir et à configurer l’avenir d’une mobilité durable" commente Romain Hansen, vice-président du développement produits de Goodyear EMEA. Le centre est ainsi désormais équipé d'un DiM250 Dynamic Simular conçu par VI-grade. Une société européenne spécialiste de ce type d'engin hypersophistiqué. Grâce à lui, les équipes de l'américain peuvent donc entamer la phase de développement d'un nouveau pneumatique et affiner leur proposition avant même qu'un nouveau véhicule ait vu le jour.

Limiter l'impact industriel et environnemental

Dans un schéma de développement traditionnel, Romain Hansen fait remarquer que le travail des manufacturiers implique de concevoir énormément de concepts de pneus. 300, 400, 500, le chiffre est variable et dépend à la fois du constructeur, du modèle de voiture ou encore du type d'enveloppes. Cette phase de mise au point nécessite en outre une multitude d'ajustements, d'échanges, d'allers et de retours des produits comme des équipes… "Avec un simulateur, on développe, on teste et on valide beaucoup plus rapidement", ajoute Romain Hansen.

Mandy Arendt, maire de Colmar-Berg, Romain Hansen, vice-président du développement produits EMEA, et Lex Delles, ministre luxembourgeois de l'Économie, des PME et de l'Énergie, lors de l'inauguration du simulateur de Colmar-Berg. ©Goodyear

Mandy Arendt, maire de Colmar-Berg, Romain Hansen, vice-président du développement produits EMEA de Goodyear, et Lex Delles, ministre luxembourgeois de l'Économie, des PME et de l'Énergie, lors de l'inauguration du simulateur. ©Goodyear

 

Mais le temps n'est pas l'unique gain. Par ce biais, on limite ainsi l'impact industriel et environnemental de la phase de développement. Selon ses propres évaluations, Goodyear estime qu'une seule itération permettra à terme d'économiser, en moyenne, 13 000 pneumatiques et de réaliser 97 500 kilomètres de tests physiques en moins ! L'objectif est proche mais reste à atteindre. L'enjeu étant aussi de continuer à enrichir une base de données comprenant quantité de routes, de revêtements, de circuits et de véhicules différents.

Maserati a été le premier à en profiter

"Notre équipe de développement de pneumatiques virtuels a mené de nombreux projets avec des constructeurs d'Europe, des États-Unis et de Chine, ajoute Romain Hansen. Après avoir expérimenté notre procédure de développement virtuel, les ingénieurs automobiles en reconnaissent le potentiel commercial, les impacts environnementaux possibles". La première concrétisation de ce nouvel outil a été réalisée conjointement avec Maserati. Goodyear s'est ainsi appuyé sur son simulateur pour mettre au point des enveloppes sur mesure destinées à la Gran Turismo.

Dans toute cette problématique, demeure un autre enjeu. Mettre au point des pneus, ou des véhicules d'ailleurs, n'est pas qu'une question de données. Ce travail demande aussi de reproduire à l'angle, à la vitesse ou à la pression près des situations de conduite qui induisent que le conducteur fasse corps avec la voiture. Essayeur chez Goodyear depuis sept ans, Aurélien Dardenne livre son ressenti. "Au tout départ, il faut un peu de temps pour s'habituer au simulateur. C'est une technologie qui demande nécessairement une phase d'assimilation" pose-t-il.

Les essayeurs convaincus par le simulateur

"Mais une fois cette étape passée, on retrouve des sensations qui sont très, très proches des tests physiques. Il y a encore un gap entre les deux, notamment sur la notion de grip qui est légèrement plus floue, mais qui tend à se réduire. Et puis il ne faut pas oublier que le simulateur offre d'autres avantages. Les datas collectées sont très précieuses pour notre travail."

Lui et ses collègues n'ont pas encore eu l'occasion de se mettre dans le cockpit de VI-grade pour tester des pneumatiques de compétitions. Goodyear est pourtant l'un des fournisseurs officiels du championnat d'endurance (en LMP2 précisément). "On y arrivera sans doute un jour, mais les voitures en sport automobile évoluent très vite et les développer virtuellement demande beaucoup de temps. Ça fait partie des projets pour le futur." Le dirigeant estime d'ailleurs que la technologie de simulation virtuelle n'en est qu'à ses prémices en termes de potentiel. De bon augure pour l'avenir.

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