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Manufacturiers

Une croissance en trompe-l'œil pour Michelin

Publié le 28 juillet 2022

Par Romain Baly
2 min de lecture
Évaluée à +18,7 % sur le premier semestre 2022, la progression du chiffre d'affaires du groupe tricolore résulte essentiellement des trois augmentations de prix auxquelles a procédé Michelin durant cette période ainsi qu'à des effets de change favorables.
Le chiffre d'affaires semestriel du groupe Michelin s'est élevé à 13,3 milliards d'euros. ©Michelin

Après un début d'exercice 2022 plutôt convainquant, le groupe Michelin a tenté de tenir le cap ces derniers mois malgré un contexte pour le moins compliqué. Ainsi, le manufacturier clermontois fait état d'un chiffre d'affaires, pour le compte du premier semestre, en croissance de 18,7 % à hauteur de 13,3 milliards d'euros. Une hausse à mettre au crédit de trois augmentations de prix sur la période et à des effets de change favorables.

202 millions d'euros de pertes liées à la Russie

Michelin affiche par ailleurs un bénéfice net en recul, à 843 millions d'euros, contre un milliard au premier semestre 2021. Les perturbations des chaînes d'approvisionnement et l'inflation se sont intensifiées au cours du semestre et le groupe n'a pas retrouvé ses volumes de vente d'avant-Covid-19. "Nous déployons notre stratégie dans un contexte très chahuté", a souligné son PDG, Florent Menegaux, lors d'une conférence avec des analystes financiers.

L'augmentation du coût des matières premières alourdit de plus de 500 millions d'euros le bilan opérationnel du semestre, et la performance industrielle et logistique est affectée à hauteur de 733 millions d'euros. Michelin a également enregistré 202 millions d'euros de pertes liées à son retrait de Russie. Le groupe avait annoncé fin juin qu'il céderait ses activités à la direction locale d'ici à la fin 2022, dont une usine près de Moscou où il emploie 750 personnes.

La Chine pénalise le marché PL

Mais "le pilotage du pricing a assuré la couverture de l'ensemble des facteurs d'inflation et le maintien des marges unitaires", précise le groupe dans un communiqué. La hausse des prix unitaires et la vente de produits plus haut de gamme s'élèvent à 13,9 % du chiffre d'affaires, "traduisant la détermination du groupe à compenser l'inflation des coûts". Les effets de change comptent pour 5,2 %, principalement liés au dollar américain.

Au premier semestre, le marché mondial des pneumatiques tourisme camionnette est resté "globalement stable", mais reste en retrait de 3 % par rapport à la même période de 2019, avant la pandémie de Covid. Les pneus pour poids lourds affichent un recul de 9 %, dans un secteur très largement pénalisé par le marché chinois (-36 %). Le marché des spécialités (activités minières, agricoles, deux-roues, avion) est resté au contraire dynamique.

Une prévision comprise entre -2 et +2 %

Concernant l'année 2022, la direction a abaissé ses prévisions de vente "compte tenu des incertitudes de croissance mondiale", hésitant notamment sur une évolution comprise entre -2 et +2 % pour les voitures et camionnettes. Michelin maintient cependant ses prévisions de résultat opérationnel, supérieur à 3,2 milliards d'euros. "Les coûts des matières premières, douanes et énergies" auront des effets "fortement négatifs", a souligné son directeur financier, Yves Chapot, "mais nous serons capables de couvrir ces effets inflationnistes".

Le groupe se prépare à des problèmes d'approvisionnement en gaz naturel, avec un "plan de secours" qui permettrait à chaque usine européenne de passer du gaz au charbon ou au pétrole. L'inflation augmente aussi les besoins en fonds de roulement, et les flux financiers libres sont négatifs à hauteur de 1 milliard d'euros sur le semestre, mais le groupe souligne qu'il "générera son excédent de trésorerie annuelle au second semestre". (Avec AFP)

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