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Marché

Le marché du pneu en pleine "stagflation"

Publié le 15 septembre 2022

Par Romain Baly
3 min de lecture
Volumes instables et prix en hausse plongent l'industrie du pneumatique dans une période de creux. Sur les sept premiers mois de l'année 2022, le marché tricolore affiche une trajectoire très aléatoire même si la bonne tenue du segment toutes saisons et des marques premium constitue de vrais motifs de satisfaction.
S'ils restent dans le vert sur douze mois glissants, les volumes de pneus tourisme, 4x4/SUV et camionnettes ont tous reculé entre janvier et juillet 2022. ©AdobeStock

Habituée depuis plusieurs années à vivre des périodes de haut et de bas, l'industrie du pneumatique connait une nouvelle phase d'instabilité. Dans un contexte national comme mondial de forte inflation, ce secteur n'échappe pas à la tendance et les derniers résultats partagés par le Syndicat des pros du pneu (SPP) s'avèrent finalement en totale corrélation avec les grandes tendances économiques du moment.

Le monde du pneumatique se trouve ainsi piégé en pleine "stagflation", cette tendance typique des périodes de crise avec des volumes très aléatoires d'un mois sur l'autre et des prix qui ne cessent de grimper.

Le pneu comme variable de dépense pour les ménages

En France, sur les sept premiers mois de l'année 2022, les résultats du SPP ne disent rien d'autre avec, par exemple en tourisme, des écarts totalement disproportionnés entre un mois d'avril à +8,5 % et un mois de juin à -7,7 %.

"Même si ce n'est plus une surprise, on voit très bien que le pneu est une variable de dépense entre les périodes. Au printemps, on en a moins donc on se permet de changer ses pneus, ce qu'on ne fait pas au début de l'été, à l'approche des vacances", résume Dominique Stempfel, président du SPP.

Au global, entre janvier et juillet 2022, le marché des pneus tourisme a perdu 2,2 % de ses volumes mais reste dans le vert sur 12 mois (+5,3 %), tout comme celui des pneus 4x4/SUV (-6,7 % sur 7 mois et +5,4 % sur 12) et camionnettes (-5,7 %/+1,7 %).

Côté prix, l'inflation s'avère très nette. En tourisme, le marché a bondi de 14,3 % entre janvier et juillet et de 13,4 % sur un an. "C'est totalement inédit, on n'a jamais vu une telle tendance", confirme Régis Audugé, directeur général du syndicat. A fin juillet, le prix moyen d'un pneu tourisme s'élevait à 102 euros contre 166 euros pour une enveloppe 4x4/SUV et 137 euros pour une autre destinée aux camionnettes.

Le toutes saisons et l'hiver boostent les marques premium

Nonobstant ce bilan peu flatteur, des motifs de satisfactions sont à retenir. A commencer par la toujours très belle croissance du toutes saisons. Un segment qui continue de tirer le marché vers le haut avec des ventes en hausse de 35,6 % sur 7 mois et de 58,7 % sur 12 mois alors que ce type de produit devient progressivement un standard du marché tricolore.

Le SPP note ainsi que le prix moyen du toutes saisons a moins fortement augmenté que ceux de l'été et de l'hiver. Un pneu hiver qui se porte quant à lui globalement bien avec une baisse de 20,6 % sur sept mois, résultat logique eu égard à la saisonnalité de ce produit, et une hausse de 37,1 % sur un an. L'été, en revanche, continue de souffrir (-9 % sur 7 mois ; -11,6 % sur 12).

Aujourd'hui, la bonne dynamique des produits toutes saisons et hiver est telle qu'elle est en train de modifier certaines évolutions structurelles du secteur. Ainsi, la part de marché des premium, qui fondait de façon régulière depuis plusieurs exercices, s'est non seulement stabilisée mais elle repart même à la hausse, variant de 50 % à 56 % selon les mois entre janvier et juillet 2022. Des chiffres qui n'avaient plus été constatés depuis très longtemps dans l'Hexagone.

A côté des premium, les marques B se sont maintenues à un bon niveau (environ 20 % de PDM), tandis que les gammes budget voient leur compétitivité être remise en cause à la fois par la hausse des matières premières et des coûts de transport.

De quoi tordre quelques idées reçues sur le volet digital

Dernier élément d'analyse proposé par le SPP, l'étude de la distribution s'avère ce coup-ci d'autant plus intéressante que l'organisation a réussi pour la première fois à intégrer les pure players, tordant au passage le cou à certaines idées reçues.

Ainsi, l'écart de prix moyen entre ces derniers et les acteurs traditionnels ne s'avère pas aussi important qu'on pourrait le croire, avec une différence de huit euros.

Sur le canal digital, il est également étonnant de constater que ceux qui pratiquent les tarifs les moins élevés ne sont pas les sites internet spécialisés (101 euros) mais bien les centres autos (100 euros) !  Au global, les ventes des pure players, associées à celles réalisées en ligne par les pneumaticiens, les centres autos et les fast fitters portent à environ 30 % le volume global des pneus vendus en ligne.

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