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Marché

Mondial de l’Automobile : un plein d’énergie français

Publié le 7 décembre 2014

Par Jérôme Fondraz
8 min de lecture

Cette nouvelle édition du plus grand salon automobile du monde a tenu ses promesses, avec des lancements importants et de nombreuses innovations. La réduction des consommations et des émissions des véhicules est plus que jamais le dénominateur commun. Et, dans ce domaine, les constructeurs français étaient cette année survoltés.

A lors que les ventes de véhicules électriques frémissent en cette fin d’année, mais tardent tout de même à décoller, les solutions hybrides rechargeables ont pris le devant de la scène. Elles sont multiples et gagnent tous les constructeurs, pressés de se conformer aux normes Euro 6 applicables à toutes les voitures particulières dès septembre 2015 ; elles seront suivies par des seuils d’émissions encore plus sévères en 2017-2018 (Euro 6-2) et 2021 (Euro 7). Les irréductibles du luxe et de la sportivité s’y sont mis. Au Mondial de l’Automobile, Lamborghini a ainsi présenté un concept Asterion étonnant. Animé par un V10 5.2 atmosphérique de 610 chevaux et deux moteurs électriques, associés à une boîte à 7 vitesses à double embrayage, sa puissance totale atteint 910 chevaux. Le constructeur annonce une accélération de 0 à 100 km/h en 3 secondes, une vitesse de pointe à 320 km/h et pourtant, des émissions de 98g de CO2/km, soit autant qu’une Renault Clio dCi équipée d’un moteur eco2 de 85 chevaux ! Chez Porsche, le nouveau Cayenne S E-Hybrid combine un V6 3.0l de 333 chevaux et un bloc électrique de 95 chevaux, pour une puissance maxi de 416 chevaux. Le 0 à 100 km/h est annoncé en 5,9 secondes et les émissions à 79 g de CO2/km, soit une consommation de 3,4l/100 km, légèrement inférieure à celle de l’Asterion (4,2l/100 km). De quoi rendre jaloux Ferrari, qui exposait un cabriolet 458 Speciale, au moteur V8 90° de 605 chevaux, tout aussi rapide que la Lamborghini. Mais, sans hybridation de la chaîne de traction, les émissions atteignent 275g de CO2/km et la consommation 11,8l/100 km, au meilleur des cas. Ces « supercars » ont surtout le mérite de faire rêver. Leur impact sur l’environnement restera toujours limité en raison du peu d’exemplaires vendus. En revanche, les constructeurs qui recherchent les volumes, ont l’obligation de réduire l’empreinte écologique de leurs nouveaux modèles. Ils appliquent pratiquement les mêmes recettes (allègement, hybridation de la chaîne de traction, récupération de l’énergie au freinage et gains aérodynamiques), mais qu’ils adaptent à leurs moyens.

Jaguar fait ainsi un large usage de l’aluminium, plus léger que l’acier. Sa nouvelle XE, qui s’adresse au plus grand nombre, a été rendue frugale grâce à un 4 cylindres 2,0l diesel de 163 chevaux. Du coup, la petite berline ne consommerait que 3,8l/100km pour des émissions de CO2 ramenées à 99 g/km. BMW généralise l’emploi des composites renforcés par de la fibre de carbone pour l’électrique i3 et l’hybride i8, aux cockpits entièrement construits à base de ce matériau encore plus léger que l’aluminium, et tout aussi résistant que l’acier. Chez Volkswagen, les solutions hybrides fleurissent aussi. Après les 100% électriques e-Golf et e-Up  !, voici les nouvelles Golf, Passat et Passat Break, qui combinent un moteur essence avec un moteur électrique pour réduire leur émissions et leur consommation. Les modèles s’appellent alors GTE. Ainsi, la Golf GTE affche 204 chevaux sous le capot et une consommation de seulement 1,5l/100 km. Également hybride rechargeable, la Passat GTE embarque un moteur essence TSI de 115 kW et un moteur électrique de 85  kW pour une puissance totale maxi de 218 chevaux, une consommation avoisinant 2.0l/100  km et des émissions de 45g de CO2/km environ. Le véhicule peut rouler 50km en mode tout électrique, affirme Volkswagen. Mercedes adopte la même stratégie avec sa S500 Plug-in Hybrid, dotée d’un V8 essence de 455 chevaux et d’un moteur électrique de 85 kW (115 chevaux), n’émettant que 65 g de CO2 par km, et homologuée à 2,8 l/100 km. Reste que le prix est très élevé, à plus de 120 000 euros....

3 concepts extrêmement vertueux

Les constructeurs français avaient également des arguments à faire valoir dans le domaine des voitures à faibles émissions. Les nouvelles Renault Twingo (3 ème génération), Citroën C1 et Peugeot 108 sont parmi les moins gourmandes du marché. Mais, dans le cadre du Mondial de l’Automobile, ils ont aussi exposé 3 concepts extrêmement vertueux, issus d’un programme de recherche collectif initié par la Plateforme de la Filière automobile, et baptisé V2L pour « Véhicule 2l/100 km ». PSA a ainsi présenté les Peugeot 208 Hybrid Air 2L et Citroën C4 Cactus Airflow 2L. Le premier modèle peut rouler alors que le second reste statique. Le constructeur s’est appuyé sur une solution « Full Hybrid » de chaîne de traction Hybrid Air. Elle associe une transmission intégrant un ensemble moteur pompe hydraulique et un stockeur d’énergie sous forme d’air comprimé. Un allègement sur la structure des véhicules, supérieur à 200  kg (hors chaîne de traction Hybrid Air), a été obtenu grâce à l’introduction d’une structure multi-matériaux, faisant appel à des aciers haute performance, de l’aluminium et des composites. Sur C4 Cactus Airflow 2L, le Scx, qui mesure l’aérodynamisme du véhicule, est en baisse de 20% par rapport au modèle de série, grâce notamment à un travail important sur des pièces de style. Le nouveau bouclier avant possède 3 entrées d’air pilotées, qui s’actionnent selon l’utilisation du véhicule. Un soubassement entièrement caréné et des déflecteurs latéraux mobiles ont été ajoutés à l’arrière de la custode pour mieux guider les flux d’air autour de la caisse. Les jantes disposent de volets mobiles, actionnés et pilotés par la force centrifuge, qui réduisent les traînées aérodynamiques. Enfin, des caméras remplacent les rétroviseurs extérieurs. Les innovations qui concernent l’allègement sont aussi plurielles. Du polycarbonate translucide a été utilisé pour le toit vitré panoramique. Des composites à base de carbone ont été utilisés pour les ressorts de suspensions, la banquette arrière, les flancs de caisse, les ailes et les portes, notamment. L’aluminium a gagné le berceau moteur en plus du capot.

Renault, en phase de lancement de son nouvel Espace aux airs de crossover haut de gamme, attendu au printemps 2015, a également fait preuve d’excellence technologique. Son prototype EOLAB déploie près de 100 avancées technologiques, industriellement réalistes, qui seront progressivement intégrées sur les véhicules, à partir de 2015. Le constructeur va aussi plus loin que PSA, revendiquant une valeur de 1l/100 km soit 22g d’émissions de CO2/km. L’aérodynamisme du véhicule a été amélioré à la fois par le style et des équipements mobiles tels qu’un spoiler actif et des flaps latéraux qui se déploient comme des ailerons. Par rapport à une Clio IV, qui a servi de référence au projet, le Scx a été réduit de près de 30% et la masse d’autant. Ces 400 kg d’économisés proviennent d’une caisse combinant acier, aluminium et composites ainsi qu’un toit en magnésium d’à peine 4kg. EOLAB embarque une technologie Z.E. Hybrid, qui assure une mobilité «zéro émission» sur les trajets inférieurs à 60km et jusqu’à 120 km/h. La composante « thermique » de la chaîne de traction est composée par un petit moteur 3 cylindres essence de 999 cm 3 , développant une puissance de 57kW (75ch) et un couple de 95Nm. S’y ajoute une transmission innovante sans embrayage, basée sur une boîte de vitesses à trois rapports. Le cTmur du concept se trouve dans le logement de l’embrayage, qui abrite un moteur électrique à aimants permanents pour répondre au besoin de sur-couple. Les deux premiers sont couplés à la machine électrique, le troisième au moteur thermique. Ces trois rapports autorisent neuf combinaisons entre les modes électrique et hybride. L’une des innovations majeures du concept réside dans la façon de passer les vitesses, sans embrayage, grâce à un système de contrôle intelligent, fruit du travail des ingénieurs de Renault.

Ces 3 véhicules ont pu atteindre de telles performances grâce au concours de leurs fournisseurs français. Michelin les a ainsi chaussés de pneus innovants. Leur contribution est considérable dans le cadre de V2L, puisqu’ils accomplissent jusqu’à 10% des réductions attendues, soit entre 4 et 6 g de CO2 en moins par km. Pour ces pneumatiques, le premier développement a porté sur le choix des matériaux, dans le cadre du projet BASYS, mené en partenariat avec Solvay et le LRCCP (Laboratoire de Recherches et de Contrôle du Caoutchouc et des Plastiques). A eux seuls, grâce à une baisse de l’hystérèse des pneumatiques, ils permettent d’obtenir une réduction de 0,2 à 0,3 litre aux 100 km et, en conséquence, une diminution des émissions de CO2 de 4g/km. Le second s’est attaché à réduire la résistance au roulement et à améliorer l’aérodynamisme des pneumatiques, en proposant un pneu haut et étroit, avec, sur les flancs, un marquage à effet velours, réduisant la traînée aérodynamique. Selon Hervé Mousty, responsable de la Recherche de Michelin, ces gains de 2 grammes supplémentaires de CO2 qui ne sont pas émis à chaque km sont considérables. La résistance au roulement pour un pneumatique tourisme, « qui était de 10 à 12 kg/t il y a une dizaine d’années, est aujourd’hui envisagée aux alentours de 5,5 à 6,5kg/t.  ». Ceux présentés pendant le Mondial de l’Automobile étaient dans cette fourchette. Mais les dimensions varient selon les démonstrateurs : en 145/70R17 sur Renault EOLAB, en 165/50R18 sur Peugeot 208 Hybrid Air 2L et 155/70R19 sur Citroën C4 Cactus Airflow 2L.

La technologie EverGrip promise pour l’Europe

Michelin et Bridgestone étaient les seuls manufacturiers présents au Mondial de l’Automobile, sans pour autant présenter de véritables nouveautés. En plus de rappeler aux visiteurs qu’il était l’inventeur du pneu radial en 1946 et du pneu hiver à lamelles en 1989, le Groupe Clermontois avait choisi d’exposer son nouvel Alpin 5 pour l’hiver qui adopte un nouveau mélange de gomme « Helio » à base d’huile de Tournesol, le Latitude Sport 3 pour les SUV, proposé dans des dimensions allant du 18 au 21 pouces, ainsi que le Pilot Sport Cup 2 pour les sportives. Évidemment, 2 pneus hauts et étroits étaient également présents, témoignant de leur contribution aux performances des concepts de voitures propres de Renault et PSA. Il s’avère que le dessin de la bande de roulement diffère de l’un à l’autre. Les deux sont non-directionnels et asymétriques mais l’un reprend une forme de S avec 4 rainures centrales (Renault EOLAB) alors que l’autre adopte des pavés en quinconce avec 3 rainures centrales, à l’instar de l’Energy EV qui équipe la Zoe de Renault. Un rapide aller retour sur le stand de Peugeot confirmait que le dessin de la bande de roulement du concept 208 Hybrid Air 2L était également différent des deux autres exposés chez Michelin. Le développement de pneus hauts et étroits est donc bien une priorité pour le manufacturier. A leurs côtés, le pneu toutes saisons Premier A/S, pour l’instant réservé au marché américain, méritait également un examen approfondi. Il était présenté en 2 exemplaires (taille 235/55R17), l’un neuf et l’autre râpé en dessous de la limite autorisée de 1,6 mm. Michelin déclare que sa technologie EverGrip lui permet de se régénérer en s’usant et en effet, le dessin de la bande de roulement restait bien apparent. « Elle est promise pour bientôt en Europe », a confirmé Jean-Dominique Senard, Président de Michelin. Il faudra attendre le courant du premier semestre 2015 pour en savoir plus, selon nos informations.

Chez Bridgestone, le salon était l’occasion de rappeler ses priorités en matière de sécurité et d’environnement. Laurent Dartoux, nommé cette année Senior Vice-Président pour les Ventes et le Marketing de la filiale européenne, en a profité pour présenter la nouvelle campagne de publicité du Groupe, basée sur ces 2 piliers. A l’occasion de sa conférence de presse, il était d’ailleurs symboliquement entouré par le pneu Ecopia EP500 et un pneu sans air, illustrant la capacité d’innovations du Groupe. Le premier, bénéficiant de la technologie Ologic de pneus hauts et étroits, équipe déjà la voiture électrique BMW i3, et il a été récompensé par un trophée de l’innovation du constructeur. Pour autant, exposé dans la dimension 155/70R19, il n’est crédité sur son étiquette que d’un C en résistance au roulement et d’un B en freinage sur route mouillé. Le second en est à sa deuxième génération. Increvable puisque sans air et fabriqué à partir de matériaux renouvelables, il peut aujourd’hui équiper une petite voiture électrique d’un peu plus de 400 kg, la Toyota Coms présente sur le stand, et rouler jusqu’à 60km/h, selon le manufacturier. La bande de roulement est interchangeable et les ingénieurs ont travaillé pour limiter la génération de chaleur en roulant. Bridgestone a voulu aussi montrer l’étendue de ses gammes. Sur le stand, figuraient quelques dignes représentants, à l’instar des Blizzak LM001, Blizzak LM80 EVO, Turanza T001, Dueler H/P Sport, Adrenalin RE002 et du Run-flat Potenza S001. Ce dernier, qui en est déjà à sa 3 e génération, a été lancé aux États-Unis cette année. Il devrait arriver sur le marché du remplacement européen fin 2017, début 2018.

Trois pneus concepts

Au salon, en plus de ceux de Michelin pour les démonstrateurs de PSA et de Renault, quelques pneus concepts d’autres manufacturiers méritaient le détour. Ils soulignaient la présence d’emblématiques prototypes sur les stands des constructeurs. C’était le cas d’un Continental de 23 pouces sur le Quartz de Peugeot 305/40R23), un SUV musclé qui préfigure le prochain 3008 attendu dans 2 ans. Sa bande de roulement alterne de manière originale des rainures horizontales et verticales, ainsi que des surfaces lisses. Sur le coupé Infiniti Q80 Inspiration, aux lignes superbement efflées pour souligner ses 5,05 m de long, des pneus Bridgestone Turanza en 305/30R22 adoptaient aussi une surface lisse, mais traversée cette fois-ci par 4 rainures sur toute la circonférence, légèrement en biais pour les deux aux extrémités. Présenté pour la première fois au salon automobile de Genève en mars 2014, le concept de pneu à double empreinte de Goodyear a séduit 2 constructeurs. Il chaussait à nouveau le prototype de crossover Intrado de Hyundai en 255/40R21, déjà présenté en Suisse. Mais une déclinaison stylistique du pneu, avec toujours une large rainure circonférentielle un peu avant l’épaule extérieure, et des surfaces en relief sur la bande de roulement, équipait également dans la même dimension le prototype C-HR de Toyota, qui annonce le retour d’un nouveau Rav 4, tout aussi typé crossover. Cet intérêt soutenu des constructeurs asiatiques pour ce concept à double empreinte est une belle récompense pour les designers de Goodyear. Il fallait le souligner.

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