Van den Ban : la mécanique d’un leader

C'est un précepte ancré dans la culture néerlandaise. Pour vivre heureux, vivons cachés, loin du bruit et de l’agitation, des signes qui en disent trop et des preuves qui n’en sont pas. Une manière de penser la vie humble et pragmatique, qui cache toutefois des cas de réussite qui mériteraient de sortir la boîte à superlatifs.
Van den Ban est de ceux-là. Le grossiste néerlandais s’est imposé au fil des années comme l’un des acteurs majeurs du pneumatique européen. La société a avancé ses pions en demeurant à l’écoute du marché et en faisant preuve d’une science aiguisée du service client.
Méconnue, son histoire débute au début des années 1970. Alors qu’il transporte du charbon et des huiles, Arie Van den Ban, qui s'est éteint début juin, sent qu’il doit se diversifier voyant ses deux spécialités ralentir. Au cours d’un séjour en Allemagne, il découvre le monde du grossisme en pneumatiques, observe les prix avantageux, et comprend qu’il peut en tirer profit.
Acheter de la gomme en gros volumes de l’autre côté de la frontière et la revendre chez lui à un meilleur tarif devient ainsi son créneau. En 1971, sa société voit le jour à Hellevoetsluis, bourgade située à une trentaine de kilomètres de Rotterdam et qui va grandir avec elle.
Dès le départ, l’idée d’Arie Van den Ban prend une tournure extrafrontalière. Le fruit d’une vision, d’une croyance entrepreneuriale, mais aussi d’une philosophie "commune aux Néerlandais et tournée vers l’international, remarque Walter Purvis, directeur général en charge des ventes. On est un petit pays qui est culturellement porté par l’export."
Avec Pregon, le transport est maîtrisé
En plein cœur du port de Rotterdam, dans cette immense zone industrielle et portuaire qui s’étend sur plus de 40 kilomètres, Van den Ban est idéalement placé pour être livré et pour livrer, ce qui va porter sa croissance pendant des décennies.
Côté stratégie, le grossiste a rapidement compris qu’œillères et affaires ne faisaient pas bon ménage, délaissant ainsi une vision monosegment pour une autre à 360 degrés. Dans son portefeuille, et ce depuis déjà un long moment, premium, quality et budget (asiatiques pour la plupart et exclusives à VDB pour certaines) se côtoient dans un melting-pot parfaitement assumé.
En outre, le succès de la société repose également sur d’autres atouts, périphériques au pneumatique et pourtant incontournables à sa commercialisation. Le premier tient dans cette flotte de camions qui lui est propre. Un choix audacieux et un investissement conséquent (même si aucun chiffre ne nous sera donné) qui se corrèle avec l’évolution de la distribution.
"On est progressivement passé de grossiste à logisticien, analyse Cédric Burgeat, responsable grands comptes. Le prix n’est plus forcément le principal enjeu. Avoir la pièce et la livrer rapidement sont devenus des impératifs vis-à-vis de nos clients." Ce qui implique une parfaite maîtrise de la chaîne de valeur.
Avec Pregon, sa société de transport, Van den Ban exploite une centaine de semi-remorques, avec au volant des conducteurs et des conductrices savamment choisis et formés. "Ils portent l’image de notre groupe en étant le premier contact avec le client", pointe Walter Purvis. Alors qu’un atelier est intégré au sein du siège pour internaliser les opérations de maintenance, cette flotte se déploie au quotidien dans toute l’Europe avec du pneumatique à l’aller et bien d’autres choses au retour.
Dans un contexte où la question environnementale devient centrale, cette maîtrise logistique constitue aussi un levier de réduction de l’empreinte carbone. En optimisant les flux, en limitant les trajets à vide et en rationalisant le stockage, Van den Ban s’inscrit dans une démarche plus responsable, désormais attendue par l’ensemble de la filière.
Et si les camions de Pregon sont si importants pour la société, c’est qu’ils desservent directement certains gros clients et réapprovisionnent les plateformes secondaires du groupe. Un autre atout fondamental.
Une équipe multiculturelle
Ces implantations, toutes interconnectées grâce à un même ERP, sont installées en Allemagne, en Espagne, en Italie, en République tchèque, en Suède ainsi qu’en France, depuis 2011, à Savigny (89) où le grossiste a implanté 35 000 enveloppes lui permettant de couvrir l’Hexagone sous 24 heures.
"Probablement qu’il nous faudrait des plateformes dans toutes les grandes régions pour réussir à faire du H+4, mais en attendant ce site nous permet de grandir. La France représente 10 % de l’activité de Van den Ban. On a la chance de travailler avec tous les réseaux et d’avoir une offre qui plaît au marché", détaille Cédric Burgeat, aidé dans sa mission par trois collègues.
Dans cette marche en avant, Van den Ban peut compter sur la marque Maxxis, intégrée il y a quelques mois et qui lui permet de proposer dans l’Hexagone une offre quality riche de 585 références en été ainsi qu’en hiver et toutes saisons labellisées 3PMSF.
Les clients français, comme l’ensemble de ceux que compte VDB dans le monde, peuvent également s’appuyer sur l’engagement de la société pour les aider au quotidien. Déjà avec une équipe multiculturelle, où se côtoient une cinquantaine de nationalités. "Si on comprend bien la culture d’un pays, on vend mieux", résume Walter Purvis.
Ensuite avec de multiples outils soutenant le commerce des produits proposés. Boutique en ligne pour des commandes 24 h/24 et 7 j/7, supports marketing, soutien informatique viennent confirmer la promesse du slogan maison "Your total tyre supplier". Mais à vrai dire, rien de tout cela n’aurait autant de sens et ne serait aussi efficace sans la performance de la plateforme centrale d’Hellevoetsluis.
Tout est automatisé
Dans l’histoire de Van den Ban, 2009 est inscrit en rouge. C’est en effet cette année-là qu’ont été inaugurées les nouvelles installations logistiques. Entre 2009 et 2026, dix-sept ans se sont écoulés et pourtant tout semble aussi moderne qu’au premier jour. La preuve d’une stratégie avant-gardiste.
Contrairement à la pièce, le pneumatique est un produit très difficilement automatisable. Lourd, fragile, de taille hétérogène, celui-ci peine à trouver la mécanique idoine. Sauf chez Van den Ban. Son site a ainsi été l’un des tout premiers dans le monde à être quasiment entièrement automatisé grâce à la même technologie que celle utilisée dans les aéroports de Schiphol (Amsterdam) et Heathrow (Londres).
À l’intérieur, 1,5 million de pneumatiques TC4 sont entreposés. L’atmosphère, quant à elle, dénote par rapport à une plateforme traditionnelle. Peu de mouvements humains mais une frénésie de tapis roulants. Sur trois étages et sur tous les côtés, la mécanique est omniprésente. Il faut être du coin pour ne pas s’y perdre !
En fait, cette logique prend forme dès l’arrivée des camions. Dès leur mise à quai, ces derniers (dé
chargés en moyenne en 1 h 30) voient leur cargaison être intégrée directement dans le système informatique de VDB. Le bras articulé du tapis, sur lequel un opérateur dépose les pneumatiques, scanne chaque produit entrant alors qu’un autre réalise un contrôle en parallèle.
Une productivité décuplée
Une fois ce scan exécuté, le système lui affecte un emplacement sur l’un des trois niveaux. Arrivés au bon endroit, un nouvel opérateur se charge de les stocker dans des box, sortes de prisons pour gentils pneus, dans lesquels le stockage se fait par marque (mais jamais plus de deux différentes), par dimension (une à la fois) et/ou par profil.
Au moment de repérer la marchandise pour préparer une commande, la même logique prévaut. L’enveloppe est prise puis déposée sur le tapis roulant qui va poursuivre son chemin dans l’entrepôt pendant plusieurs kilomètres jusqu’à son arrivée dans une zone de préparation quant à elle entièrement automatisée.
Non loin des quais de départ, un vaste espace mécanique, capable de stocker 2 300 pneumatiques dans chacune de ses quatre rangées, permet d’assembler les jeux ou les commandes. S’en suivent deux ultimes étapes avec d’une part le filmage, réalisé par une machine permettant d’en traiter 18 par minute, et l’étiquetage.
Les pneumatiques arrivent alors à leur destination finale, prêts à être rangés dans les semis ou les containers après une dernière vérification humaine. Là encore, aucun chiffre ne nous a été communiqué mais il est certain que Van den Ban y gagne sur le plan de la productivité, maximisant la cadence et minimisant les erreurs.
Derrière cette mécanique parfaitement huilée, l’humain conserve d’ailleurs une place essentielle. Si l’automatisation a profondément transformé les opérations, elle n’a pas fait disparaître les compétences, bien au contraire. Les opérateurs interviennent à chaque étape clé pour contrôler, orienter et corriger les flux. Leur rôle ne se limite plus à la manutention : ils supervisent des outils, interprètent des données et garantissent la fiabilité du système.
Cette évolution implique un accompagnement spécifique, avec des formations adaptées à des métiers en pleine mutation. Cette installation constitue donc logiquement une pierre essentielle dans la réussite du grossiste.
Un pied dans le poids lourd
Celui-ci aimerait bien réussir à dupliquer ce modèle sur la partie poids lourd. Une activité lancée en 2015, un an après son rapprochement avec son compatriote Inter-Sprint, les deux entités étant contrôlées par la holding Global Automotive Group, pour laquelle une unité de stockage a été aménagée en face du siège. Mais le poids des enveloppes industrielles ne permet pas encore d’automatiser les stocks.
Qu’importe pour VDB qui a plus que jamais le vent en poupe. Quand Hellevoetsluis est passée en un demi-siècle de 10 000 à 40 000 habitants, la société a quant à elle confirmé son ancrage local avec 450 collaborateurs et un site gigantesque de 121 000 m2. Le succès est tel que la société a dû s’organiser pour maximiser ses stocks.
À défaut de pousser les murs, elle a misé sur des centaines de containers, provenant en majorité de Chine et qui valent ici une bouchée de pain, pour augmenter ses volumes. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus beau à voir, nos hôtes en conviennent, mais cela offre l’assurance de répondre toujours davantage aux besoins des clients.
En outre, cet appui s’avère d’autant plus stratégique par les temps qui courent. Le contexte géopolitique et le blocage du détroit d’Ormuz donnent des sueurs froides aux distributeurs de pneumatiques avec des réapprovisionnements venus d’Asie qui peinent à atteindre bon port. Associé aux variations des coûts du fret et du carburant, tous les indicateurs pointent dans le rouge.
"On a anticipé cette situation avec des stocks tampons qui vont nous permettre de tenir, mais on sait que si la situation perdure il y aura des ruptures", confirme Cédric Burgeat. Tout leader qu’il est, Van den Ban ne peut rien contre les éléments extérieurs. En attendant, la société fait tout pour maîtriser son possible et, jusqu’à présent, cela lui réussit bien.
Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°195 de mai-juin 2026.
