S'abonner
Manufacturiers

Accidents mortels : 50 000 pneus Goodyear seraient encore en circulation

Publié le 13 mars 2026

Par Romain Baly
2 min de lecture
Selon la lanceuse d'alerte Sophie Rollet, dont l'époux a péri dans un accident en 2014 à la suite de l'éclatement d'un pneu de poids lourd, des dizaines de milliers d'enveloppes Goodyear incriminées dans l'enquête seraient encore sur les routes.
Alors que l'enquête visant Goodyear est toujours en cours, de nombreux pneumatiques incriminés fabriqués par le géant américain seraient encore sur les routes. ©Goodyear

Sophie Rollet ne lâche rien. Alors que son mari Jean-Paul a péri en juillet 2014 après avoir croisé la route d'un poids lourd sur l'A36 dont l'un des pneus, fabriqués par Goodyear, venait d'éclater, sa veuve se bat depuis plus de dix ans pour que la lumière soit faite sur cette histoire.

Des alertes venues du terrain encore en 2025

Ce mercredi 11 mars 2026, une décision a été rendue par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Besançon en faveur du fabricant américain de pneumatiques, dont les avocats demandaient le retrait de documents saisis lors de perquisitions en 2024, et notamment "des mails très significatifs échangés entre des avocats et le manufacturier", a annoncé à l'AFP Sophie Rollet.

Pour elle, ce retrait est "un simple effet de procédure qui va encore retarder les choses" et "permettre à Goodyear de dire dans quelques années à la barre, si un procès a lieu, qu'il n'y a plus de pneus sur les routes". Sollicité par l'AFP, Goodyear a répondu ne pas commenter "les procédures en cours". À l'audience, le 25 février, Sophie Rollet a eu l'occasion de "dire aux conseils de Goodyear que de multiples alertes de terrain" émanant de techniciens pneus ou de conducteurs lui "étaient encore parvenues en 2025".

Trois collisions mortelles et quatre morts

Par ailleurs, depuis les mises en examen de deux entités du manufacturier (Goodyear Operations et Goodyear France) en mai 2025 à Besançon du chef de tromperies, plusieurs procédures portant sur de nouveaux accidents mortels de poids lourds survenus en 2025 "ont été renforcées par les directeurs d'enquêtes et magistrat dédiés", a-t-elle poursuivi.

Comme elle l'avait déjà expliqué dans nos colonnes en 2024, la lanceuse d'alerte, qui effectue une "veille active" depuis une dizaine d'années sur le sujet, cite notamment un documentaire espagnol diffusé en 2025, dans l'émission d'investigation "Salvados", dans lequel il est dit qu'environ 50 000 pneus incriminés ont été laissés sur les routes dans le monde.

L'enquête ouverte à Besançon porte sur trois dossiers de collisions mortelles impliquant des poids lourds équipés de pneus Goodyear en France en 2014 et 2016, qui ont fait quatre morts au total. D'après les investigations, plusieurs accidents ont été provoqués par l'éclatement du pneu avant gauche des camions, faisant perdre le contrôle du véhicule aux chauffeurs.

Possiblement encore en vente en Europe de l'Est

Il est reproché au géant américain d'avoir eu connaissance d'un défaut de fabrication de ces modèles, mais de ne pas en avoir averti ses clients. À partir de 2013, Goodyear a mis en place des "programmes volontaires d'échange". Dans ce cadre, le groupe "a contacté directement et de manière proactive ses distributeurs et ses clients", a dit à l'AFP l'entreprise jeudi.

"À la suite de ce programme d'échange et compte tenu du cycle de vie normal d'un pneu, on peut conclure qu'aucun pneu couvert par le programme d'échange n'est encore en service". Mais le groupe n'a pas procédé à une campagne de rappel impératif des pneus concernés, dont certains sont toujours disponibles sur des sites de vente d'occasion en Europe de l'Est, avait indiqué en avril 2025 Étienne Manteaux, alors procureur de la République de Besançon. (Avec AFP)

Vous devez activer le javacript et la gestion des cookies pour bénéficier de toutes les fonctionnalités.
Partager : 

Sur le même sujet

cross-circle