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Manufacturiers

Cyrille Roget, Michelin : "L'intégration des émissions de particules des pneus dans Euro 7 est une avancée majeure"

Publié le 8 février 2024

Par Romain Baly
2 min de lecture
La future norme Euro 7 embarquera avec elle deux nouveautés majeures. Les freins et les pneumatiques y seront intégrés avec la définition de seuils d'émissions. Une évolution accueillie avec satisfaction par Michelin. Pour Cyrille Roget, directeur de la communication scientifique et innovations, c'est l'occasion de cadrer un sujet stratégique, sans que cela modifie la feuille de route de l'entreprise.
Directeur de la communication scientifique et innovations de Michelin, Cyrille Roget porte un regard positif sur les annonces de Bruxelles liées à Euro 7. L'intégration du pneu dans cette norme est "une première mondiale" pointe avec satisfaction le responsable. ©Michelin

Un non-évènement pour certains, une nouveauté pleine de sens pour d'autres. Approuvé par les colégislateurs de l'Union européenne le 18 décembre 2023, l'accord provisoire sur la norme Euro 7 a provoqué des réactions variées. En ne modifiant pas les seuils de pollution sur les gaz d'échappement des voitures particulières, ce nouveau texte a déçu les partisans d'un durcissement. De quoi faire dire à certains que la norme Euro 7 s'apparentait davantage à une Euro 6 bis. Mais qu'on se le dise, cette future mouture n'a rien d'une version au rabais.

Une première mondiale

Car celle-ci prévoit d'intégrer des seuils maximaux d'émissions de particules pour les freins et les pneumatiques. Une évolution attendue de longue date, notamment par les fabricants de pneumatiques. Directeur de la communication scientifique et innovations de Michelin, Cyrille Roget parle même "d'une avancée majeure". "Cette annonce formalise la question des émissions de particules (de pneus, ndlr), ajoute-t-il. Elle constitue aussi une première mondiale et ouvre la porte à une éventuelle application ailleurs qu'en Europe."

Sur la forme, le responsable voit dans le simple fait de cadrer le sujet une occasion "de durcir le jeu". Et, comme souvent quand une règle est définie, de faire le tri entre les bons et les moins acteurs du marché. "Cela va obliger tous les manufacturiers à concevoir des pneumatiques qui respectent davantage l'environnement." Une démarche qui s'inscrit aussi dans le sens de l'Histoire et qui n'a rien d'anecdotique. Le pneumatique représente 10 % à 15 % de l'empreinte environnementale totale d'un véhicule.

Tous les manufacturiers ne sont pas égaux

Aujourd'hui, la méthode de tests des pneumatiques est en cours de finalisation. Elle devrait s'approcher sensiblement de celle pratiquée déjà couramment par les fabricants et les organismes de certification. La définition des futurs seuils est elle-aussi encore à l'étude mais les niveaux retenus devraient toutefois rester dans l'ordre du raisonnable. "Il faut laisser le choix aux consommateurs" entre des produits premium et d'autres plus accessibles pointe Cyrille Roget.

Sur le fond, Euro 7 ne changera pas fondamentalement la vie des équipes de Michelin. Car leurs recherches pour rendre les enveloppes plus propres et plus écoresponsables sont engagées depuis longtemps. "Tous les manufacturiers ne sont pas égaux sur l'abrasion, confie ce dernier. Mais pour Michelin, cette évolution ne changera pas grand-chose. Rendre les pneumatiques plus performants avec moins de matière, c'est notre travail depuis de nombreuses années".

Des ambitions qui dépassent Euro 7

La feuille de route de Bibendum et ses confrères premium semble d'ailleurs plus ambitieuse que celle qui sera fixée par Bruxelles. Car à moyen-long terme (2050 pour le clermontois) l'objectif demeure de concevoir des produits 100 % durables. Un défi immense avec deux volets majeurs. Un premier lié à la quantité de particules. À réduire, au demeurant, tout en sachant qu'un pneumatique, par définition, usera toujours de la gomme pour adhérer à la route et continuera d'émettre des particules. Un second portant sur leur impact potentiel sur l'environnement.

"Sur ce deuxième point, on est loin d'avoir tout compris" consent Cyrille Roget. Son groupe a récemment annoncé un partenariat avec le CNRS et l'Université Clermont Auvergne. Le but : comprendre la dégradation des pneumatiques et développer des solutions techniques répondant aux enjeux environnementaux. La finalité étant de réussir à rendre ces particules d’usure bio-assimilables par l'écosystème naturel. Si le chemin est encore long, les principaux manufacturiers sont sur la bonne voie pour relever cet immense défi.

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