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Distribution

François Tarquis, avec humilité et passion

Publié le 1 mai 2023

Par Romain Baly
5 min de lecture
À la tête d’un centre Point S depuis le printemps 2022, le Francilien est tombé dans la marmite de la "bagnole" dès son plus jeune âge. Après avoir grandi dans le garage familial, il a passé plus de 20 ans en concession avant de se lancer à son compte. Un parcours jalonné de doutes, de difficultés, sublimé par une profonde passion et l’envie d’aller toujours de l’avant. Portrait d’un patron attachant.
François Tarquis est à la tête de son garage de Saint-Ouen-l’Aumône (95) depuis mai 2022.

S'il faut très souvent un peu de folie pour se lancer dans l’entrepreneuriat, pour faire le grand saut dans un monde où le parachute n’offre qu’une sécurité relative, François Tarquis se place clairement dans la catégorie des "fous pas trop fous". Celle des néo-patrons ayant la tête sur les épaules. De façon précise, ciselée, méthodique, le Francilien a pris le temps d’apprendre et de poser les bases de sa réussite future. Dans le fond, son chemin était tout tracé et il aurait pu voler de ses propres ailes très jeune. Mais le destin apporte parfois quelques détours. Un mal pour un bien ? Peut-être.

À l’image d’un célèbre Gaulois, François Tarquis est tombé dans la marmite tout petit. Enfant, il grandit dans le garage familial situé dans l’Oise et prend très tôt goût aux voitures. Et encore plus au fait de tout démonter, tout remonter, tout comprendre et tout analyser de ce micmac de pièces salissantes. Jeune adulte, paradoxalement, il fuit cet environnement qu’il connaît par cœur.

"Je baignais là-dedans, j’adorais ça, mais quand j’ai dû trouver ma voie, je me suis dit que je ne voulais pas faire comme mon père et j’ai opté pour autre chose." Ce sera la plomberie, pour un court laps de temps, avant que le paternel ne le rattrape. "Lui savait que c’était mon “truc”, la mécanique. Il me voyait tout démonter, il avait compris que j’étais fait pour ça et que c’était une évidence", retrace-t-il.

Deux décennies chez Volvo

À la fin des années 80, il rejoint ainsi son aîné pour apprendre son métier. À la dure, contexte familial oblige. "Travailler en famille est très intense. On ne me disait les choses qu’une seule fois, pas question de répéter. Et s’il fallait finir des voitures la nuit, et bien on le faisait !" L’évidence aurait donc dû le conduire à succéder à son père. Mais lorsque l’opportunité se présente, à la suite de soucis rencontrés par ce dernier, son fils, qui a entretemps intégré une agence Renault en tant que chef d’atelier, ne se sent pas prêt. Pas encore. La raison l’emporte sur le cœur.

À la place, François Tarquis rejoint le groupe de distribution Priod en tant que technicien après-vente dans une concession Volvo. Ce choix du salariat, d’une grande société et d’un cadre bien défini peut surprendre, sauf le principal intéressé. "J’ai fait ce choix car j’avais besoin d’apprendre et d’évoluer. Travailler dans un grand groupe ne présente pas que des inconvénients. C’est aussi l’occasion de saisir de nombreuses opportunités. Et ça, Volvo me les offrait. Je savais qu’en travaillant dur, j’allais me construire et qu’un jour ou l’autre, j’allais avoir ma propre affaire." L’aventure avec Priod et Volvo va durer plus de deux décennies et va lui permettre de gravir tous les échelons en après-vente.

Dans le cadre de sa dernière mission, François Tarquis évolue dans une concession du 16e arrondissement de Paris, zone forcément stratégique pour une marque premium, en tant que chef d’atelier avec une vingtaine de personnes sous sa responsabilité. Bien à sa place, mais pas totalement comblé, il est alors soumis à une forte pression, ne compte pas ses heures et s’inquiète de son travail jusque sur la plage pendant ses vacances… Une discussion avec son épouse et ses deux garçons finissent de le convaincre.

Pas simple d’être manager

L’heure est venue. Ce moment longuement préparé est pour maintenant. En 2014, François Tarquis reprend un garage indépendant situé à Montmagny, dans le Val-d’Oise. Un saut dans le vide, on y revient, avec toute la cellule familiale dans le sac à dos. Aucun droit à l’erreur possible. "C’est vrai mais, à cette époque, je n’avais pas peur. Mon parcours m’avait permis d’acquérir assez d’expérience pour aborder ce moment avec confiance", souligne-t-il. Si le savoir-faire est là, le nouveau patron doit tout de même appréhender d’autres facettes de cette responsabilité.

Notamment celle du management. François Tarquis imagine ainsi gérer son équipe de six personnes façon "bon père de famille" avec écoute et bienveillance. Sauf que ce n’est pas si simple. Être aux petits soins n’est pas nécessairement gage de réussite. "Il faut plutôt être ferme et juste, en toute circonstance", a-t-il appris.

De cette époque, il en garde ce constat : "C’était finalement plus simple d’être chez Volvo avec 20 personnes à manager qu’avec six dans mon garage. Dans le premier cas, j’étais un salarié parmi d’autres, avec certes plus de responsabilités, mais un salarié quand même. Dans le second, j’étais un patron et, même en étant très prévenant, je le restais. Dans notre pays, certaines personnes éprouvent une grande défiance vis-à-vis du patron, peu importe qui il est…" Sans être lié à ça, François Tarquis finit par se lasser de ce quotidien, une fois encore très prenant. Fin 2019, il cède donc son affaire avec l’idée de reprendre un autre garage.

Nouveau départ

Passionné d’anciennes (une vieille Cox ramenée du Mexique par son fils aîné l’attend d’ailleurs chez lui pour être retapée), il vise un garage spécialisé, mais le "deal" ne se concrétise pas. Les semaines passent et voilà que le Covid débarque dans nos vies. Patatras ! Faute d’opportunité, il revient chez Priod. "J’étais parti en très bons termes et on m’a proposé de revenir dans le groupe, chez Volvo. J’ai accepté tout en précisant que je voulais toujours me remettre à mon compte", éclaire-t-il. Même endroit, même poste, même passion !

Début 2022, l’opportunité tant attendue se présente. Non loin de chez lui, à Saint-Ouen-l’Aumône, un garage mal en point est à vendre. Tout se met en place et le rachat est signé… juste avant qu’éclate la guerre en Ukraine. François Tarquis confie son état d’esprit : "J’étais beaucoup moins confiant que la première fois. Clairement, j’avais peur. Ma femme et mes enfants me soutenaient, mais le contexte était quand même incertain." Situé sur un axe très fréquenté et dans une zone porteuse, le garage offre un potentiel de croissance important, mais a beaucoup souffert depuis le début de la crise sanitaire avec un chiffre d’affaires divisé par deux.

L’ambition est donc de repartir sur de nouvelles bases et de relancer ce garage avec l’appui d’une enseigne nationale. Midas est une option, puisque le précédent dirigeant était membre du réparateur rapide, mais c’est finalement sur Point S, qui convoitait cette zone de chalandise, que François Tarquis arrête son choix.

L’ambition de voir (déjà) plus grand

Ce dernier loue les valeurs, le dynamisme, la taille humaine et la proximité avec la direction du réseau lyonnais. "Ce qui m’a convaincu aussi, c’est le discours de Déborah Binisti [aujourd’hui responsable du développement national après avoir géré celui de l’enseigne en Ile-de-France, ndlr] qui m’a dit : "Vous êtes indépendant, vous êtes chez vous." Cette notion d’indépendance et le fait que ce soit un réseau géré par ses adhérents sont des choses très importantes à mes yeux", souligne-t-il.

Le centre de François Tarquis propose également le concept S Glass. Le patron aimerait développer ses affaires, avec les concepts Écomobilité et centre auto, sur d’autres sites.

 

En mai 2022, le Point S de François Tarquis a donc officiellement ouvert ses portes. Avec son unique mécanicien, le patron ne ménage pas ses efforts pour faire tourner l’affaire. Les clients sont là, mais d’autres leviers existent pour booster l’activité. "J’aimerais me dégager du temps pour aller démarcher les entreprises alentour, pour travailler davantage le marketing et la communication, car on ne peut plus passer à côté de ces sujets", estime-t-il. Si son épouse et son fils cadet l’aident sur leur temps libre, le Francilien peine encore à savoir quels postes, et donc quels recrutements, prioriser. L’atelier ? Les fonctions support ? Le commerce ? Difficile de trancher.

Nonobstant cette interrogation, François Tarquis, qui se décrit lui-même comme un brin hyperactif, se projette déjà à plus longue échéance. Fidèle à un modèle éprouvé dans son réseau, il s’imagine éventuellement devenir multisite. Affichant déjà le panneau S Glass, il se dit séduit par un autre concept de l’enseigne, Écomobilité, qu’il aimerait développer sur un autre site, entièrement dédié à cette thématique, conscient du potentiel offert par sa zone de rayonnement avec l’agglomération de Cergy-Pontoise à proximité.

De même, l’idée d’investir dans une implantation supplémentaire, orientée centre auto cette fois-ci, est dans les tuyaux. Aujourd’hui, en dépit des difficultés rencontrées et des doutes qui demeurent, François Tarquis avance avec confiance. "Je suis optimisme pour ce garage. On travaille bien, on avance bien, on a tout pour y arriver."

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°179 de mars-avril 2023.

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