S'abonner
Distribution

Le groupe Europneus, résolument tourné vers l’avenir

Publié le 24 juillet 2023

Par Elodie Fereyre
10 min de lecture
L’histoire du groupe Europneus est avant tout celle d’une aventure familiale, née en 1956 et qui se poursuit aujourd’hui avec l’arrivée de la quatrième génération. D’une petite entreprise de vulcanisation au groupe à la tête de six points de vente dans le Nord de la France, en passant par la fondation du réseau Point S : retour sur près de 70 ans d’entrepreneuriat.
L’agence de Sin-le-Noble, créée en 1968, et encore nommée Établissements Van Coster, accueille encore aujourd'hui le groupe.

Résilience : ce mot qui a intégré notre langage courant ces dernières années semble parfaitement approprié pour résumer la naissance du groupe Europneus. En effet, l’histoire commence par ce que l’on pourrait appeler un "malheureux hasard". En 1956, Désiré Van Coster, à la tête d’une entreprise de battage à Lewarde (Nord), manipule quotidiennement moissonneuses-batteuses et autres machines agricoles. "Or, à ce moment-là, il apprend qu’il a un souci de santé, au niveau cardiaque. Et le médecin lui annonce qu’il doit immédiatement stopper son activité d’agriculteur dans les champs", raconte sa petite-fille, Carole Venneman, aujourd’hui codirigeante du groupe Europneus, associée avec son beau-frère Pierre Decourrière et son neveu Louis Decourrière.

De l’agriculture au pneumatique

Entrepreneur dans l’âme, Désiré Van Coster se met aussitôt en quête d’une reconversion professionnelle, et rachète une société de vulcanisation, installée quai d’Alsace à Douai (59). C’est ainsi que cet homme, qui avait débuté son premier travail salarié à l’âge de 13 ans, donne naissance aux Établissements Van Coster, qui deviendront, quelques années plus tard, le groupe Europneus. "Au départ, ils n’étaient que trois, mon grand-père avec ma grand-mère Hélène, ainsi qu’un employé, Jacky Ganczarczyk", poursuit sa petite-fille.

Désiré Van Coster et son épouse Hélène.

Pendant près d’une dizaine d’années, jusqu’en 1967, l’activité croît. Au-delà de l’entretien et de la réparation des pneumatiques, Désiré Van Coster et son épouse proposent à la vente une gamme de pneumatiques tourisme, poids lourds et agraire, principalement de la marque Continental. Durant cette période, les effectifs passent de trois à six collaborateurs. C’est alors que Jacques Hérent, l’époux de la fille de Désiré Van Coster, Brigitte, intègre l’entreprise, après des études commerciales.

"Un an plus tard, en 1968, les établissements Van Coster rachètent une parcelle de 2000 m2 pour accompagner le développement de l’entreprise. Ils se délocalisent ainsi à Sin-le-Noble (59), avenue Roger Salengro. Pour l’époque, c’est une surface très importante, qui démontre leur forte volonté d’investissement et de croissance. Ce site est, encore aujourd’hui, le siège social du groupe", souligne Pierre Decourrière, président du directoire.

Comme leurs parents avant eux, Jacques et Brigitte Hérent travailleront toute leur vie ensemble au sein de l’entreprise. Brigitte s’occupe de la comptabilité et de la gestion du personnel, quand son époux prend la gérance de l’entreprise. Avec l’aide de son beau-père, ce dernier continue l’expansion de la société, avec l’ambition d’ouvrir plusieurs points de vente dans le Douaisis, à commencer par Denain en 1969. L’année suivante, 1970, marque un tournant dans l’histoire de l’entreprise familiale.

C’est à Douai que Désiré Van Coster rachète en 1956 une petite entreprise de vulcanisation et démarre son activité.

Sous l’impulsion de Jacques Hérent, les Établissements Van Coster sont rebaptisés Europneus Établissements Van Coster. "Lors du choix du nouveau nom, mon beau-père et Désiré Van Coster ont hésité entre Francepneus et Europneus, car dans les années 70, on parle surtout de la France. Mais, tournés vers l’avenir, ils s’arrêtent finalement sur le nom Europneus", se souvient Pierre Decourrière.

La naissance de Point S

En parallèle de cette étape essentielle pour l’avenir de l’entreprise douaisienne, une autre aventure se dessine. Convaincus que l’union fait la force, une cinquantaine de revendeurs de pneumatiques français, tous indépendants, cherchent ensemble une manière de se rapprocher. Parmi les personnalités à l’origine de ces discussions, on retrouve aux premières loge Désiré Van Coster, Jacques Hérent et Didier Lebeau.

C’est ainsi que naît le GIE Publipneus, dont découle en 1971 le réseau Point S. À l’origine, ce sont principalement des entrepreneurs du Nord de la France qui décident de s’unir. La Seda (société qui gère l’enseigne Point S) est d’ailleurs basée à Boulogne-sur-Mer (62). Les pneumaticiens indépendants choisissent alors le nom Point S. L’enseigne est créée, elle s’accompagne d’un tout premier logo et d’une charte graphique.

"Ce qui les a motivés en premier lieu, c’est la possibilité d’acheter en gros. Tout le monde voulait rester propriétaire de sa propre entreprise tout en cherchant à obtenir de meilleures conditions commerciales auprès des manufacturiers. Et plus de cinquante ans plus tard, cela n’a pas changé. Nous sommes toujours indépendants, chaque entreprise est actionnaire de l’enseigne et nous obtenons toujours des tarifs négociés nationalement. Ils étaient précurseurs dans cette vision d’unir leurs forces tout en préservant leur liberté", salue Carole Venneman.

Parmi les fondateurs de Point S figuraient Désiré Van Coster et son gendre Jacques Hérent, qui s’est ensuite largement investi en tant qu’administrateur du réseau.

La firme familiale poursuit son ascension et, en 1974, un point de vente est créé à Douai (59) puis, quatre ans plus tard, un autre à Saint-Amand-les-Eaux (59). C’est également à ce moment-là que l’entreprise se concentre sur le développement de ses activités et se tourne plus particulièrement vers l’industriel, qu’elle développe au fil des deux décennies suivantes. Aujourd’hui, cette activité représente environ 60 % du chiffre d’affaires total du groupe, contre 40 % pour la partie tourisme.

L’entreprise grandit en même temps que le réseau Point S. En 1980, Jacques Hérent devient l’un des premiers adhérents à signer la charte Point S avec Europneus Sin-le-Noble. "Nous avons un véritable “affectio societatis” avec l’enseigne, nous avons toujours été très impliqués et c’est aussi l’une des raisons de notre réussite : nous ne sommes pas Point S à moitié ! Nous respectons stricto sensu la politique commerciale, et c’est grâce à cela que nous sommes rentables", explique Pierre Decourrière.

"De plus, il faut rappeler que tous les adhérents de Point S peuvent participer aux décisions de l’enseigne, c’est très participatif et nous communiquons beaucoup avec les têtes de réseau. Mon beau-père, Jacques, a longtemps été administrateur dans les années 1990, il supervisait notamment la communication", complète-t-il.

L’heure de la relève

Conjointement au succès de leur entreprise, qui jouit d’une certaine réputation sur le plan régional, le couple Hérent donne également naissance à deux filles, Laurence (en 1965) et Carole (en 1972). Mais pas question pour les parents de les inciter à reprendre l’entreprise familiale, bien au contraire.

"Nos parents nous ont poussées à faire des études. Ils souhaitaient avant tout que l’on aille acquérir de l’expérience ailleurs, ils n’avaient pas forcément la volonté que l’on reprenne après eux. Ma sœur est d’ailleurs devenue enseignante, et pour ma part, j’ai décroché un master en gestion de patrimoine et travaillé cinq ans dans des établissements bancaires, avant de finalement intégrer l’entreprise", indique la petite-fille de Désiré Van Coster.

Quand la question de la transmission se pose pour Jacques et Brigitte Hérent, c’est tout d’abord Pierre, l’époux de Laurence, qui prend la relève. "J’arrive en 2001, à 36 ans. Auparavant, j’avais fait une carrière professionnelle à la Mutualité française, durant une quinzaine d’années, en tant que directeur de mutuelles. Quand mon beau-père a souhaité prendre sa retraite, il y avait deux possibilités : soit vendre l’entreprise, soit la transmettre en interne à la famille. J’ai donc fait le choix de m’investir, et de racheter des parts du groupe, quelques années plus tard."

Et comme l’histoire d’Europneus reste intimement liée à celle de Point S, cette arrivée coïncide avec celle de Christophe Rollet à la tête de l’enseigne Point S pour la redresser. En effet, le réseau national avait connu d’importantes difficultés, et les dirigeants sont remplacés dans l’objectif de "relancer la machine". En 2002, le groupe Europneus continue de se déployer et rachète son confrère Lesage Pneus à Cambrai, qui mettait fin à son activité. C’est alors au tour de Brigitte Hérent de prendre sa retraite, et c’est là que Carole fait son entrée.

"L’idée était de remplacer ma mère poste pour poste. Durant dix-huit ans, j’ai donc pris la gestion de tout le social, de la formation, des paies, des contrats, ainsi qu’une partie de la comptabilité fournisseurs…", témoigne-t-elle. Deux ans plus tard, en 2004, tous les actionnaires de Point S France décident de rajeunir l’image et la charte graphique du groupement. De plus, l’enseigne développe son propre réseau de dépannage 24/24h et crée Point S Dépannage.

Proche de son réseau comme de ses équipes

"Sous l’impulsion de Christophe Rollet, la nouvelle identité visuelle prend forme, puis apparaît le fameux slogan “Pas de stress, Y’a Point S” avec l’égérie Patrick Bosso. Cela nous a énormément aidés à progresser en interne", ajoute Pierre Decourrière. Petit à petit, le réseau se relève, et c’est en 2006 que l’entreprise de Jacques Hérent sera transmise à ses beaux-enfants avec les valeurs qu’il leur a inculquées : disponibilité, écoute des collaborateurs et des clients, ténacité et satisfaction du client.

Deux holdings de rachat sont créées pour reprendre la société. L’objectif ? Pérenniser l’entreprise familiale et la faire prospérer. En 2011, le groupe réalise la réimplantation du point de vente de Denain, qui avait été lancé en 1969 et, l’année suivante, Europneus rachète un nouveau point de vente au Touquet, un centre Point S déjà existant.

Côté management, Pierre Decourrière aime à dire qu’Europneus est une entreprise paternaliste, dans le bon sens du terme. "Bien que l’objectif final soit évidemment de maximiser les profits, nous tenons à ce que l’esprit reste familial. Nous sommes solidaires et nous considérons que chacun a droit à l’erreur. Bienveillance, convivialité et cohésion sont les maîtres mots. Nous faisons tout pour que les salariés se sentent bien, aient plaisir à venir travailler." Une formule qui fonctionne, à en croire le taux de fidélité des employés. Les trois derniers départs à la retraite du groupe Europneus sont en effet des employés avec une trentaine d’années de maison, qui ont côtoyé les quatre générations.

Une fidélité fièrement arborée par les dirigeants d’Europneus, qui revendiquent leur indépendance vis-à-vis des manufacturiers tout en soulignant leurs importants partenariats, en particulier avec Continental/Uniroyal, qui "a soutenu Désiré Van Coster lors de la création de son entreprise et à qui nous sommes restés loyaux durant toutes ces années, et Michelin, qui reste un fournisseur essentiel dans le développement de l’activité poids lourds". Mais le groupe suit également les recommandations de son enseigne et travaille avec Bridgestone, Pirelli et plus récemment Goodyear.

Indépendance et avenir

Aujourd’hui, le groupe compte une cinquantaine de collaborateurs, six points de vente (Sin-le-Noble, Douai, Denain, Cambrai, Le Touquet et Saint-Amand-Les-Eaux) et affiche un chiffre d’affaires de 11 millions d’euros. Quant à Point S, le réseau hexagonal a su surmonter les difficultés. Et ce rapprochement d’une cinquantaine de revendeurs de pneumatiques a abouti cinquante ans plus tard à l’enseigne que l’on connaît aujourd’hui : près de 650 centres indépendants répartis sur tout le territoire français, avec plus de 400 chefs d’entreprise qui le composent, et une présence à l’international dans plus de 51 pays, à travers 6053 points de vente.

Quid de l’avenir pour le groupe Europneus ? Un futur qui rime nécessairement avec indépendance : l’une des valeurs fondamentales du groupe familial, qu’il continue de défendre jour après jour. Le groupe, qui réalise environ 7 millions d’euros de chiffre d’affaires sur la partie industrielle et 4 millions d’euros sur la partie tourisme, se targue de n’être dépendant d’aucun fournisseur, ni d’aucun client. "C’est aussi l’une de nos forces. Notre plus gros client du segment industriel ne représente que 7 % de notre chiffre d’affaires industriel, nous avons un maillage important et une reconnaissance au niveau local qui nous permet d’avoir un portefeuille clients bien équilibré, avec beaucoup de PME de transporteurs", affirme Pierre Decourrière.

Et la liberté de l’indépendance, c’est aussi de rester les seuls maîtres à bord, en ne faisant intervenir aucun autre actionnaire. Un cheval de bataille de taille, que poursuivront les 3e et 4e générations, qui incarnent l’avenir. Ainsi, en 2021, Carole a pris les rênes de l’entreprise conjointement avec son beau-frère Pierre. Et en 2022, c’est Louis Decourrière, le fils de Pierre, âgé alors de 28 ans, qui a rejoint l’aventure. Diplômé d’un double master en finance des entreprises et en droit des affaires, ce dernier n’était pas non plus forcément destiné à suivre les traces familiales.

Pierre Decourrière, Carole Venneman et Louis Decourrière travaillent désormais de concert au développement du groupe.

Il a débuté sa carrière au sein du groupe Décathlon, où il a œuvré au développement international, assurant en particulier l’implantation et le suivi de nouvelles sociétés à l’étranger et participant à des fusions-acquisitions pour le groupe. Un choix loin d’être innocent pour ce passionné de sport, qui pratique la boxe française, ainsi que le padel-tennis en compétition. C’est fort de cette solide expérience qu’il se décide à rejoindre l’entreprise, pour faire perdurer l’aventure familiale aux côtés de son père et de sa tante.

Aujourd’hui directeur associé du groupe Europneus, il a repris une partie du management humain, développe la partie communication, assure le suivi ainsi que la gestion des négociations commerciales, des achats, des assurances et de la trésorerie du groupe. Il a également pour objectifs de faire grandir le groupe, par des rachats de points de vente existants, d’améliorer les process et de pérenniser le business.

Former pour continuer de performer

"Nous avons deux principaux axes stratégiques qui sont la création de nouveaux points de vente et la diversification. À terme, l’objectif est de créer un écosystème autour de la mobilité dans son intégralité. Mais il faut avancer pas à pas. Bien évidemment, l’idée est d’aller bien au-delà de l’entretien des véhicules. Nous allons diversifier l’activité sur le long terme", annonce-t-il. Tout cela en continuant à conserver les deux casquettes que sont l’industriel et le véhicule léger.

"Rester multiproduit est une force, ce sont deux activités complémentaires. L’industriel nous permet notamment de mettre en avant la qualité de service à laquelle nous tenons tant. Les transporteurs nous font confiance et nous gérons des flottes complètes de pneumatiques, car les clients trouvent chez nous cette qualité de service qui n’existe pas ailleurs", complète Carole Venneman.

Le centre Point S Europneus de Denain, après sa réimplantation en 2011. Aujourd’hui, le groupe Europneus compte six centres dans le Nord de la France.

Pour mener à bien ces différents projets, Louis Decourrière mise notamment sur un élément clé : la formation. "L’objectif est clairement de former les équipes au maximum. L’an dernier, tous les collaborateurs ont par exemple suivi le module de révision constructeur, notamment pour les remettre à niveau, comme demandé par l’enseigne. Nous allons maintenant entamer un cycle de formation sur la révision des véhicules électriques et hybrides, pour être à même de mieux capter ce nouveau marché. Nous souhaitons également mieux accompagner nos collaborateurs sur leur connaissance produit. Nous allons donc renforcer ce volet avec les différents manufacturiers, pour que chacun de nos collaborateurs ait une connaissance parfaite de nos produits", souligne le directeur associé.

Et pour continuer d’assurer cette qualité de service, valeur fondamentale de l’entreprise transmise génération après génération, la politique de management reste toujours la même. "Chez nous, les collaborateurs ne sont pas objectivés sur les prestations et ventes, c’est un garde-fou, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas de primes en fonction des actes qu’ils vont réaliser, comme c’est le cas chez certains de nos concurrents. Ce choix stratégique permet d’assurer le meilleur service client possible et de gagner la confiance de nos clients, car ils savent qu’en venant dans le groupe Europneus, ils ne repartiront pas avec du superflu", indique Louis Decourrière. L’avenir s’envisage donc sereinement pour le groupe familial qui veut continuer de grandir en suivant cette ligne directrice : "Assurer la meilleure qualité de service possible".

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°180 de mai-juin 2023.

Vous devez activer le javacript et la gestion des cookies pour bénéficier de toutes les donctionnalités.
Partager : 

Sur le même sujet

cross-circle