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Marché

Entre crises et arbitrages, le marché du pneu redéfinit son équilibre

Publié le 19 février 2026

Par Romain Baly
4 min de lecture
En recul de 4,4 % en 2025, les ventes de pneus TC4 de remplacement se sont établies à cette occasion à 30,579 millions d'unités. En dépit des évolutions observées, l'analyse des dix dernières années montre que le marché français s'est établi sur de nouveaux standards avec une poussée confirmée des produits budget et toutes saisons.
La hausse des ventes de pneus TC4 de remplacement observée en 2024 ne s'est pas confirmée en 2025, le marché français reculant à cette occasion de 4,4 %. ©AdobeStock-romaset

Aucun miracle, aucune surprise. Les tendances trimestrielles n'étaient pas très engageantes sur le résultat final du marché du pneumatique tricolore et le bilan consolidé du Syndicat du Pneu (SdP) est venu confirmer que 2025 ne resterait pas dans les annales.

Selon les chiffres de l'organisation professionnelle et du cabinet GfK, il s'est écoulé l'an passé dans l'Hexagone 30,579 millions d'enveloppes TC4 (tourisme, 4x4/SUV, camionnette) de remplacement en sell in (des manufacturiers aux revendeurs), soit un atterrissage inférieur de 4,4 % à celui observé un an plus tôt.

Toutefois, le SdP insiste sur un point important. Toujours très complexe à appréhender, le marché du pneumatique comprend des manufacturiers ayant une activité industrielle sur le sol européen et déclarant leurs volumes à Europool, et tous ceux sortant de ce spectre, bien souvent asiatiques, qui ne déclarent pas leurs mises sur le marché. L'un dans l'autre, la réalité s'avère ainsi quelque peu différente et certaines estimations évaluent donc le pneumatique tricolore à environ 42 millions d'unités annuelles.

Quoi qu'il en soit, et pour s'en tenir aux données officielles, si ce total de 30,579 millions peut apparaître décevant, il s'inscrit en réalité dans une dernière décennie marquée par des chocs conjoncturels (sanitaire, économique…) qui ont impacté le secteur et placent ce dernier dans une sorte de "nouvelle normalité" désormais établie entre 30 et 33 millions d'unités à l'année. En outre, les statistiques font également état de 16,747 millions de pneumatiques TC4 vendus en sell out (des revendeurs aux utilisateurs), une donnée en baisse de 2,7 % comparée à 2024.

Des décalages d'achats qui pèsent lourd

Aujourd'hui, le monde de la gomme est confronté comme tant d'autres à un contexte peu favorable à son épanouissement. Soumis à une hausse des coûts du logement, de l'énergie ou de l'alimentation, les ménages doivent procéder à des arbitrages. Pour l'automobile, la conséquence directe se retrouve sur l'âge moyen du parc, passé entre 2016 et 2025 de 9 à 11,6 ans, et le kilométrage moyen qui a chuté de 12 800 à 11 600 sur la même période.

Selon le Syndicat du Pneu, cette pression financière sur les automobilistes a de lourdes conséquences sur la sécurité routière et sur l'équilibre économique du secteur avec des reports d'achat de plus en plus nombreux. Prenant pour base une utilisation de quatre ans et 48 000 kilomètres, l'organisation pointe que le décalage d'un changement d'enveloppes ne serait-ce que d'un mois correspondrait à l'équivalent de 2 % de ventes en moins.

Les marques budget au plus haut

Concluant sur une baisse, l'année 2025 est venue confirmer des tendances entrevues depuis quelques exercices. Ainsi, bien que le phénomène ait ralenti, la perte d'attrait pour les marques premium demeure une réalité. Ces dernières ont totalisé l'an passé 7,151 millions de ventes, soit une baisse de 2,1 % et une part de marché de 50,4 %.

Dans le même temps, les quality ont confirmé leur chute (-15,4 % pour 18,7 % de PDM) avec un positionnement d'entre-deux que ne comprend plus le marché alors que les MDD affichent désormais une pénétration de 9,5 %, après un recul de 1,2 %.

Au final, les grandes gagnantes de ce dernier exercice ne sont autres que les marques budget dont le poids a plus que doublé en France depuis dix ans. Au 31 décembre, leurs ventes s'établissaient à trois millions d'enveloppes avec un bond de 9,6 % et une part de marché évaluée à 21,4 %. "2025 marque une vraie polarisation du marché entre les marques premium et budget", résume Régis Audugé, directeur général du Syndicat du Pneu.

À quand la bascule été-toutes saisons ?

Autre confirmation avec la bonne santé des toutes saisons. Tandis que les volumes été ont diminué de 10,6 % et ceux hiver de 7 %, les enveloppes toutes saisons ont encore enregistré une croissance à deux chiffres. Les 10,6 % de hausse observés permettent à ce segment de s'établir à 42 % des ventes totales contre 49 % pour l'été et 9 % pour l'hiver. "Le toutes saisons est le nouveau standard du marché avec une croissance forte et continue. Il sera à terme majoritaire", pointe Régis Audugé.

Le dynamisme de ce segment s'explique bien évidemment par la praticité de ses produits évitant la permutation été-hiver mais aussi par le développement de l'offre. Désormais, le toutes saisons n'est plus uniquement l'affaire des premium et des marques quality ou budget s'y sont positionnées, rendant cette technologie plus accessible. Ce que confirment les prix moyens observés à fin 2025. Alors qu'un pneu coûtait en moyenne 114 euros TTC dans l'Hexagone, le toutes saisons s'établissait à 103 euros (-0,2 %) contre 105 euros pour un été (+1,9 %) et 139 euros pour un hiver (+3,1 %).

Les prix élevés compensent la baisse des volumes

Par niveau de marques, une enveloppe premium était facturée en moyenne 133 euros, une quality 101 euros, une MDD 88 euros et une budget 61 euros. "Le cycle inflationniste semble avoir atteint un plateau depuis deux-trois ans. Les premières corrections tarifaires ont été enregistrées sur les segments les plus onéreux", fait remarquer le directeur général du SdP. Ce dernier note toutefois que les niveaux actuels demeurent élevés et permettent ainsi de compenser la baisse des ventes.

Autre segment étudié de près, celui des pneus poids lourds qui a confirmé son rebond à l'inverse du TC4. Après de bons résultats en 2024, celui-ci a enregistré une légère croissance de 0,2 % en sell in à hauteur de 1,634 million d'unités et de 2,5 % en sell out pour un total de 1,650 million.

En outre, les prix moyens constatés sur ce marché se sont stabilisés (avec 594,2 euros TTC pour un produit neuf par exemple) mais restent toutefois 20 à 25 % en dessous des niveaux de 2026. Complexe à analyser, le segment du rechapé fera prochainement l'objet d'une présentation détaillée, a promis le SdP.

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