S'abonner
Services

Flottes : le pneumatique passe en mode pilotage "sans souci"

Publié le 22 juillet 2026

Par Charlotte Morvan
4 min de lecture
Pendant longtemps cantonnée aux bons de commande papier et aux coups de téléphone entre le conducteur et le prestataire, la gestion du poste pneumatique dans les flottes se transforme. Entre digitalisation des processus, tableaux de bord en temps réel, diagnostics par photo et facturation centralisée, les acteurs spécialisés rivalisent d’outils pour simplifier la vie des gestionnaires.
Les flottes professionnelles remplacent leurs pneumatiques tous les 12 à 18 mois en moyenne, un rythme bien plus soutenu que chez les particuliers en raison des kilométrages parcourus. ©AdobeStock/graja

Le segment des flottes représente près d’un tiers du marché français du pneumatique, soit 11 millions d’enveloppes. Les véhicules professionnels roulent davantage que les particuliers et consomment en moyenne 1,7 enveloppe par an, contre une seule pour un automobiliste classique. Ce rythme impose des remplacements parfois dès 12 à 18 mois. Pourtant, le pneumatique ne représente encore que 3 à 4 % du coût total d’une flotte.

Un poste longtemps considéré comme secondaire, mais dont la mauvaise gestion peut rapidement coûter cher : immobilisations, surconsommation de carburant, coûts de restitution ou encore pneus remplacés trop tôt… ou trop tard. "Ce que veulent les gestionnaires aujourd’hui, c’est du sans-souci. Ils ne veulent pas être contraints tous les jours à donner des autorisations, à signer des devis. C’est assez chronophage", souligne Jean-Philippe Duhoux, directeur commercial de Wyz Group.

Derrière ce "sans-souci" se cachent des attentes très concrètes : maîtrise des coûts, anticipation des remplacements, disponibilité des stocks, rapidité d’intervention et surtout visibilité sur ce qui se passe réellement sur leur parc. Car beaucoup de gestionnaires disposent encore d’une vision partielle de leur poste pneumatique. Enveloppes stockées sans suivi précis, remplacement difficile à anticiper, manque d’informations sur l’usure réelle ou sur les prestations effectuées : autant de zones grises qui compliquent le pilotage quotidien.

"Si j’accorde ma confiance parce que je sais que j’ai un reporting régulier du nombre de passages et des actions effectuées, je perds moins de temps à essayer de savoir si mes parcs sont bien gérés", résume Éric Demouy, directeur de FleetPartner. Sans traçabilité ni suivi clair, les mauvaises surprises peuvent rapidement générer des coûts importants au moment de la restitution des véhicules. La transparence devient donc un vrai levier de confiance entre les flottes et leurs prestataires.

L’automatisation au service du gain de temps

Derrière des approches parfois différentes, les plateformes développées par les spécialistes du secteur répondent toutes à la même logique : automatiser ce qui peut l’être, centraliser les données et fluidifier le parcours du conducteur comme celui du gestionnaire. Premier chantier commun, la prise en charge des interventions. Dans beaucoup de flottes, un conducteur confronté à un remplacement de pneumatiques doit encore contacter son prestataire, attendre une validation, vérifier les accords de prise en charge puis reprendre rendez-vous une fois les enveloppes commandées.

Les outils digitaux cherchent désormais à réduire au maximum ces étapes. "Vous choisissez votre centre via votre smartphone, vous positionnez un rendez-vous, sélectionnez le produit. La date de rendez-vous (hors urgence) a lieu quatre jours après la date de commande. Le conducteur arrive dans le centre, les pneus sont là et ils sont changés en trois quarts d’heure maximum. Donc on a un gain de productivité pour le conducteur", explique Jean-Philippe Duhoux.

Les entreprises cherchent désormais à mieux piloter leur poste pneumatique sans alourdir le quotidien des conducteurs. Début 2026, Wyz Group a notamment signé un partenariat avec Socotec portant sur près de 5 000 véhicules : "Nous avons choisi la solution Wyz Fleet pour sa capacité à conjuguer transparence opérationnelle, expérience utilisateur et pilotage optimisé", assure Sébastien Botin, directeur des ressources humaines de Socotec.

Cette recherche de fluidité ne concerne pas uniquement la prise de rendez-vous. Elle touche aussi toute la partie administrative, longtemps jugée complexe par les gestionnaires. Filiale du groupe Point S dédiée aux flottes, Viasso s’appuie sur un réseau de plus de 690 points de service en France. L’entreprise travaille principalement sur la centralisation des flux administratifs et le pilotage du poste pneumatique pour les responsables de parc.

"Notre dernier outil permet désormais la gestion automatique des demandes d’accord, réduisant la charge administrative pour les clients comme pour les centres prestataires", explique la société. L’objectif est de limiter les tâches chronophages pour les entreprises tout en harmonisant les interventions sur l’ensemble du territoire.

Data : quand la gomme devient intelligente

L’avantage des outils digitaux, c’est avant tout la capacité à transformer la donnée brute en décision. Kilométrage, usure, fréquence des remplacements, historique des interventions ou coût kilométrique deviennent désormais des indicateurs suivis de près par les gestionnaires.

Wyz Fleet a ainsi développé un module de diagnostic par photo : avant toute commande, le conducteur prend deux clichés par pneu (flanc et bande de roulement) et un algorithme détermine en quelques secondes si l’enveloppe peut encore rouler en sécurité. "Nous constatons que les pneumatiques sont changés alors qu’il reste parfois 25 à 30 % de gomme. Sur ce seul levier, on génère des économies supérieures à 10 %", insiste le directeur commercial.

Autre gain concret : le gardiennage. Si un véhicule a des pneus stockés dans un centre, l’entreprise ne peut pas commander de pneus neufs, elle doit d’abord utiliser les enveloppes en réserve. Une manière simple d’éviter des dépenses inutiles. Sur les flottes poids lourds, FleetPartner va plus loin : le bon suivi des pressions et le choix des profils impactent directement la consommation de carburant, premier poste de dépense des transporteurs : "Bien gérer un petit poste de dépense comme le pneu permet d’impacter positivement un gros poste de dépense qui est le carburant."

Cette montée en puissance des outils digitaux s’accompagne aussi d’une professionnalisation des gestionnaires de flotte, de plus en plus attentifs au coût kilométrique, au suivi des enveloppes et à la qualité des prestations. "Les entreprises recherchent de meilleurs coûts, mais aussi un accompagnement et des conseils personnalisés", observait récemment Aurélien Moinet, chef des ventes véhicules légers chez Euromaster, dans les colonnes du JDP (voir le n° 191).

Électrique et pneu connecté : les prochains défis

L’électrification des flottes bouleverse la gestion des pneumatiques. Batteries plus lourdes, couples moteurs élevés : les enveloppes s’usent plus vite sur un véhicule électrique que sur un thermique. Wyz Fleet, dont le modèle est basé sur la consommation réelle, insiste sur la nécessité d’adapter le rythme des diagnostics : dès 20 000 km sur l’électrique, contre 30 000 à 35 000 km sur du thermique.

FleetPartner, adossé au groupe Continental, joue la carte de la préconisation produit. "Un pneumatique à très faible résistance au roulement n’est pas forcément celui qui a le meilleur rendement kilométrique. Nous devenons experts produit en fonction de la flotte pour la rentabiliser au maximum."

La prochaine étape portera sur le pneu connecté. Plusieurs acteurs travaillent déjà sur des capteurs capables de remonter automatiquement les données d’usure ou de pression vers les plateformes de gestion, sans intervention humaine. À terme, le pneumatique pourrait devenir un véritable outil de pilotage prédictif pour les flottes.

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°195 de mai-juin 2026.

Vous devez activer le javacript et la gestion des cookies pour bénéficier de toutes les fonctionnalités.
Partager : 

Sur le même sujet

cross-circle