S'abonner
Distribution

À Valence, Allopneus roule depuis vingt ans en tête

Publié le 8 janvier 2026

Par Charlotte Morvan
5 min de lecture
Pionnier de la vente de pneus en ligne, le pure player s’est hissé en deux décennies au rang de leader français, écoulant 3,5 millions de pneus par an. Derrière ce succès, une organisation logistique redoutablement efficace, dont le cœur bat à Valence, dans la Drôme. Ce site de 66 000 m², capable d’expédier jusqu’à 25 000 pneus par jour, illustre un maillon essentiel, surtout à l’approche de la loi Montagne et de la saison hivernale.
À l’entrée du siège d’Allopneus, à Valence : le Bibendum Michelin symbolise le lien entre le groupe et le pure player, dont il est actionnaire depuis 2015. ©JDP

Passé l’accueil d'Allopneus, le contraste est saisissant. C’est depuis ces bureaux, vitrés et calmes, que se gèrent les flux administratifs, la relation avec les clients, la coordination avec les manufacturiers et les transporteurs. Mais une porte franchie change tout.

L’atmosphère feutrée laisse place à une tout autre ambiance : chariots en mouvement constant, klaxons répétés pour signaler les passages et cette odeur de caoutchouc qui enveloppe l’ensemble du site. Dans les allées, un code couleur simple structure le quotidien : orange pour les manutentionnaires, vert pour les visiteurs et jaune pour les cadres.

Le contraste est frappant entre l’agitation apparente et l’organisation millimétrée qui règne dans cette "ville du pneu". Le site de Valence, inauguré en 2017, s’étend sur 66 000 m². Sept cellules alignées sur 500 mètres de long s’élèvent jusqu’à neuf mètres de haut. Actuellement, 786 000 pneus y sont stockés, dont 680 000 pour le segment tourisme (TC4). "Par rangée, on peut stocker environ 2 000 pneus. Mais une cellule entière peut monter à 80 000" précise Maximilien Haeflinger, directeur de la plateforme.

Chaque cellule a sa logique : une organisation rigoureuse pensée pour limiter les trajets, optimiser les flux et réduire les temps de préparation. Ici, le pneu n’est pas seulement stocké, il est orchestré. Chaque mouvement est enregistré, chaque référence géolocalisée. Le WMS (Warehouse Management System) guide les opérateurs dans cette immense cartographie.

Cette ville fonctionne en autonomie, comme un organisme vivant. Les flux entrants et sortants se succèdent sans interruption, réglés par une mécanique précise. Et chaque jour, l’équivalent d’un petit stade rempli de pneus quitte Valence pour les garages et les particuliers.

Une mécanique qui tourne sans relâche

L’organisation repose sur des équipes en trois-huit, samedi compris. Trois roulements toutes les huit heures, sans interruption. Avant chaque prise de poste, un rituel s’impose : cinq minutes de réveil musculaire collectif. Les manutentionnaires se mettent en cercle, enchaînent étirements, rotations des articulations et mouvements de bassin. Un moment à la fois pratique et symbolique : "Ça évite les blessures et ça met tout le monde en mouvement dès le début du poste", souligne le directeur du site.

La journée type s’organise en trois temps. D’abord la réception : six opérateurs déchargent les camions. Les pneus arrivent sur un tapis roulant, sont scannés, puis orientés vers les cellules de stockage. Ensuite le stockage : chaque pneu rejoint une place attribuée, en fonction de sa référence et des prévisions de sortie. Enfin l’expédition : c’est là que tout s’accélère. Entre 17 000 et 18 000 pneus partent chaque jour, et jusqu’à 25 000 en période de pic.

Les flux B2B dominent avec des palettes complètes expédiées vers les garages et stations de montage. Mais le B2C, plus minoritaire, demande davantage de manutention : "Un colis B2C peut être manipulé six à sept fois, contre deux ou trois pour une commande B2B", explique Damien Bonnabel, directeur général d’Allopneus depuis 2023.

Déchargement, stockage, prélèvement individuel, acheminement, étiquetage, contrôle qualité, expédition : chaque étape est une manipulation supplémentaire du produit. Chaque pneu est inspecté, chaque référence contrôlée. "La non-qualité en sortie d’usine est extrêmement rare. Mais quand ça arrive, nous renvoyons au manufacturier", précise Coralie Masselot, directrice marketing et communication d’Allopneus.

Loi montagne : le défi de l’hiver

Si Valence tourne toute l’année, c’est bien l’hiver qui concentre l’essentiel des efforts. Depuis novembre 2021, la loi Montagne impose aux automobilistes de 34 départements situés dans des massifs montagneux (Alpes, Massif central, Massif jurassien, Pyrénées et Massif vosgien) de s’équiper en pneus hiver ou toutes saisons entre le 1er novembre et le 31 mars, ou de disposer de chaînes ou chaussettes. La réglementation s’appuie désormais sur le marquage 3PMSF, garant de performances adaptées en conditions hivernales.

"On ne parle pas de pneus neige, mais bien de pneus hiver. C’est une distinction importante que les automobilistes doivent com prendre", souligne Coralie Masselot. Le pneu hiver est conçu pour offrir des performances optimales dès que la température descend sous les sept degrés, grâce à une gomme spécifique et des sculptures adaptées. Le pneu toutes saisons, lui, est un compromis : il permet de respecter la réglementation et de rouler toute l’année sans changer de train deux fois par an.

Allopneus suit de près les impacts de la réglementation et la manière dont elle est perçue par les automobilistes. En 2024, une étude menée avec NielsenIQ auprès de 2 000 automobilistes révélait que 76 % des habitants concernés par la loi Montagne en ont connaissance. Parmi eux, un peu plus de la moitié étaient déjà équipés, preuve que la mesure progresse dans les usages, même si une partie importante du parc automobile reste encore à convaincre.

Cette évolution se traduit dans les flux : le pneu toutes saisons gagne du terrain. Il séduit par sa praticité, notamment pour les automobilistes urbains. À Valence, 450 000 pneus toutes saisons et 380 000 hiver sont stockées pour cette saison. "Septembre, octobre, novembre et décembre : ce sont des mois qui comptent double dans l’activité annuelle", résume Damien Bonnabel.

Ces pics saisonniers représentent un défi logistique. Chaque retard de décision côté consommateur se traduit par une concentration des commandes, que Valence doit absorber. C’est là que la "ville du pneu" déploie toute sa puissance : capacité de stockage, vitesse de préparation et maîtrise des expéditions.

De pionnier à leader

Le site de Valence n’est pas qu’une plateforme logistique. Il est aussi le reflet d’une trajectoire entrepreneuriale. Fondée en 2005, Allopneus a été pionnière de la vente de pneus en ligne, à une époque où la distribution restait dominée par les réseaux traditionnels. Son siège social, installé à Aix-en-Provence (13), regroupe aujourd’hui environ 300 collaborateurs, en lien direct avec les équipes de Valence.

En vingt ans, Allopneus s’est imposé comme un acteur incontournable. Son site enregistre 31 millions de visites annuelles, son catalogue propose 25 000 références, et son réseau rassemble 6 000 garages partenaires répartis dans toute la France. L’entreprise s’est également distinguée par un service innovant : 62 camions-ateliers capables d’assurer le montage directement chez les particuliers.

"Pour le consommateur, l’achat d’un pneu reste une décision complexe. Chez Allopneus, nous avons voulu simplifier ce choix grâce à une offre très large, structurée par la data et enrichie par les avis des autres utilisateurs", complète Damien Bonnabel. La plateforme affiche aujourd’hui une note moyenne de 4,6 étoiles, basée sur plus de 500 000 avis vérifiés. Une reconnaissance qui témoigne de la confiance des utilisateurs, mais aussi d’une volonté d’amélioration continue de l’expérience client, au cœur de la stratégie digitale de l’entreprise.

En 2015, Michelin est entré au capital d’Allopneus, avant d'en devenir l'unique actionnaire en 2022, offrant un nouveau souffle au e-commerçant. Le rachat a permis d’accélérer les investissements, notamment dans la logistique, et de sécuriser les approvisionnements. Aujourd’hui, le pure player revendique près de 10 % du marché du remplacement en France. Un pneu sur dix vendu dans l’Hexagone passe par sa plateforme. Cette réussite illustre la montée en puissance du e-commerce dans un marché historiquement dominé par les réseaux traditionnels.

Cap 2027 : stratégie et perspectives

L’entreprise ne compte pas s’arrêter là. Allopneus s’est fixé un cap stratégique à l’horizon 2027. Objectif : consolider sa position de leader et accompagner les mutations du marché. Au programme : développer son réseau de franchisés avec pour ambition d’atteindre 80 partenaires. Ensuite, renforcer son service de proximité en doublant son parc de camions-ateliers, de 62 à 120, pour couvrir 95 % du parc roulant français avec un délai d’intervention de six jours maximums.

Le digital est l’autre axe prioritaire : enrichissement de l’expérience client en ligne, parcours simplifiés, recommandations personnalisées basées sur la donnée et intégration des avis utilisateurs. Enfin, la durabilité s’impose. Optimisation des flux pour réduire l’empreinte carbone, amélioration du recyclage, contribution à l’économie circulaire… Les enjeux environnementaux sont désormais intégrés à la stratégie.

Le site de Valence, par ses capacités d’automatisation et son pilotage numérique, incarne cette ambition. Sa mission est claire : absorber la croissance, sécuriser les délais et accompagner les changements de consommation.

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°192 de novembre-décembre 2025.

Vous devez activer le javacript et la gestion des cookies pour bénéficier de toutes les fonctionnalités.
Partager : 

Sur le même sujet

cross-circle