Magalie Truffet, self-made-woman chez Norauto

Chacun cultive ses paradoxes. À moins que ce soient nos paradoxes qui nous cultivent. Magalie Truffet est une femme avenante, au verbe facile et à la confession accessible. Une aisance qui pourrait laisser croire qu’on s’adresse à une femme sûre d’elle. Mais à l’écouter parler de sa vie, de son métier, d’elle-même ou de ceux qui l’entourent, une forme d’ambivalence apparaît.
Sa personnalité tout autant que son parcours naviguent perpétuellement entre forces et certitudes, fragilités et doutes. Comme si, finalement, elle avançait sur un fil, avec l’assurance de ce qu’elle est devenue et la crainte de ce qu’elle a été. Tout renvoie peut-être à une faille, un manque souvent évoqué au cours de notre échange, qui ne devrait pourtant valoir ni honte ni remords.
Magalie Truffet quitta en effet très tôt les bancs de l’école. Elle voulait aider sa maman qu’elle voyait élever seule ses enfants. Au départ, elle se rêvait infirmière mais opta résolument pour la vie active, faite de hasards, de débrouillardise et d’opportunités à saisir.
Aux confins de tout cela, Norauto se présenta à elle. À 21 ans, elle intègre les rangs de l’enseigne nordiste au sein du centre val-d’oisien de Saint-Brice sous-Forêt avec un contrat à mi-temps comme hôtesse de caisse. Le reste de son temps, elle le passe alors dans un tout autre univers, évoluant dans une enseigne de prêt-à-porter.
"Je suis arrivée chez Norauto totalement par hasard, rembobine-t-elle. Une amie m’avait indiqué que le centre cherchait des jeunes. J’y suis allée et ça s’est tellement bien passé qu’au bout de trois mois on m’a proposé un CDI." Sans s’en rendre compte, elle vient alors de tomber dans une marmite qui deviendra sa plus grande passion.
Un refus puis l’évidence
Curieuse et investie, elle est promue dès sa troisième année d’ancienneté à son premier poste à responsabilité. La voilà en charge de la gestion administrative du centre voisin de Moisselles (95), avec un statut de cadre, une reconnaissance de sa direction et des missions captivantes. "Le contrôle, la gestion, l’analyse des procédures, l’accompagnement des équipes, l’évolution du centre… J’ai découvert toutes ces facettes de mon métier à cette époque et je me sentais pleinement à ma place."
Cette aventure, entrecoupée par des passages au sein du centre de Montigny-lès-Cormeilles (95), va durer jusqu’en 2015, moment choisi par la filiale de Mobivia pour réunir les fonctions de responsable gestion administrative et responsable des ventes au sein d’un seul et même poste. Magalie Truffet y élargit son champ de vision avec une approche commerciale nouvelle pour elle et des ambitions grandissantes.
À ce moment-là de l’histoire, la Val-d’oisienne est une professionnelle déjà expérimentée, qui a connu plusieurs sites, croisé différentes équipes, assumé de multiples responsabilités. Pourtant, les tourments du passé ne sont jamais loin. Quand Pascal Maresches, directeur régional de Norauto et soutien de tous les instants, lui propose en 2016 de prendre la tête d’un centre, Magalie Truffet refuse.
"Gérer un centre me paraissait pendant longtemps inatteignable. Je voyais autour de moi des responsables multidiplômés alors que je n’en ai aucun et il y avait un décalage dans mon esprit", décrypte-t-elle. Face à ses doutes, certains autour d’elle étaient sûrs de ses forces. Un an plus tard, Pascal Maresches repart à l’assaut, sans vraiment lui laisser le choix. "Lui avait des certitudes que je n’avais pas." Ou pas encore.
L’heure a donc sonné pour prendre la direction de son premier Norauto. Ce sera celui de Sevran, en Seine-Saint-Denis, avec un challenge immense mais un cadre idoine pour débuter. "En réalité, le centre de Sevran a souvent accueilli des nouveaux directeurs. C’est un petit centre, avec une petite équipe, où l’on peut rapidement apprendre à gérer, donc très formateur", précise-t-elle.
La difficile équation de l’humain
Transparente sur cette expérience, Magalie Truffet admet que la première année a été difficile, avant de pouvoir tout rebâtir lors de la deuxième puis de "tout exploser" pendant la troisième. Bien accompagnée par sa hiérarchie, poussée vers ce pour quoi elle était faite, la nouvelle directrice loue aussi la chance "d’avoir eu le temps" et de "pouvoir faire des erreurs".
À Sevran, elle met aussi les deux pieds dans un univers instable. Manager de l’humain équivaut à faire un marathon avec du TNT dans le sac à dos : l’explosion n’est jamais très loin. Mais Magalie Truffet peut compter sur son sens du relationnel, avec une facilité naturelle à aller vers les autres, ainsi que sur le soutien de son entreprise qui la forme aux techniques de management. Des atouts pour faire face aux comportements fluctuants des collaborateurs.
"Je suis très à l’écoute, bienveillante, dans l’accompagnement, mais je suis aussi très carrée, j’aime que les choses soient bien faites et à temps, sans devoir répéter. Dans le cas contraire, toutes les équipes le savent, ça peut me déplaire. Après, le plus difficile ne tient pas là-dedans. Le plus difficile, c’est de voir l’évolution des collaborateurs. On est face à des jeunes qui ne veulent plus s’engager et évoluer. On est sans cesse confronté à beaucoup d’absentéisme. On doit adapter nos plannings non plus aux besoins de nos clients mais aux contraintes de nos équipes…"
Après Sevran, reprenant son bâton de pèlerin, elle revient en 2021 à Saint Brice-sous-Forêt. Une expérience, là encore, formatrice et pourtant si douloureuse. L’équipe est à reconstruire, la dynamique commerciale à relancer et à tout ça s’ajoutent des problèmes d’aménagements, de travaux et de voisinage autour du centre.
"Je faisais tout sauf mon travail. On était tous à bout de souffle." Comme son responsable des ventes et son responsable d’atelier, elle frôle le burn-out et se pose des questions. Comment se sortir de cette situation et rebondir ? La réponse viendra encore une fois de son directeur régional.
Une passion nommée Norauto
Durant l’été 2024, alors que la quinquagénaire a le moral au plus bas, Pascal Maresches lui propose de prendre la tête du centre d’Osny (95). Un immense défi car celui-ci n’est rien d’autre que le plus grand de l’enseigne, avec celui de Chambourcy (78), dans la région. Coachée pour remonter la pente, Magalie Truffet aborde ce nouveau virage méthodiquement.
"Les équipes avaient perdu la motivation et la confiance avec la précédente direction, alors ma priorité était de me concentrer sur elles. Pendant trois mois, je n’ai fait que de l’humain, échangeant avec chacun des 38 salariés. En parallèle, on a mis en place des moments de convivialité avec des repas et des sorties qui ont permis de renforcer les liens."
Un pari gagnant. Aujourd’hui, le centre d’Osny a retrouvé sa splendeur et génère un chiffre d’affaires annuel de 6,2 millions d’euros. Sa directrice a retrouvé le sourire et l’envie de continuer. À dix ans de la retraite, même si elle aimerait quitter la région parisienne pour vivre en Bretagne, elle ne s’imagine pas ailleurs que chez Norauto.
"Pour moi, cette enseigne est une passion. Je la défends, je partage ses valeurs, je m’engage pleinement… Je suis à ma place chez Norauto et, surtout, je sais ce qu’elle m’a apporté." Au demeurant beaucoup, mais par son investissement de tous les instants, Magalie Truffet a aussi beaucoup rendu à Norauto.
Au fil des années, des expériences, des rencontres et des formations, les complexes du début se sont en outre étiolés. "Je n’ai plus honte, souligne-t-elle. J’ai compris avec le temps que l’expérience valait sans doute plus que les diplômes." Clin d’œil du destin, c’est vers elle qu’on se tourne aujourd’hui pour accompagner de futurs chefs de centre affichant "bac+5" sur leur CV. Entre l’école de la République et celle de la vie, il n’y a ni match ni opposition mais une simple preuve que plusieurs chemins peuvent amener à l’épanouissement et à la réussite.
BIO EXPRESS
Magalie Truffet, 52 ans
- Entre chez Norauto comme hôtesse de caisse.
- Devient responsable gestion administrative du centre de Moisselles (95).
- Promue responsable des ventes du centre de Saint-Brice-sous-Forêt (95).
- Prend pour la première fois la tête d’un centre (Sevran, 93).
- Se voit confier la responsabilité du plus grand centre Norauto d’Île-de France (Osny, 95).
Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°195 de mai-juin 2026.
