Florent Menegaux (Michelin) : politique malgré lui

Entre l'Élysée et Ladoux, Florent Menegaux l'affirme haut et fort : malgré cette petite musique qui s'est diffusée ici ou là depuis plusieurs semaines, le dirigeant de Bibendum n'entend pas quitter le siège de Michelin pour briguer la mandature suprême. "Je n'ai aucune ambition présidentielle ! Ce que je souhaite, c'est faire en sorte que les entreprises s'expriment et qu'on puisse les entendre", a-t-il expliqué devant la presse tricolore lors du Media Day annuel de son groupe organisé au centre d'essais d'Almería, en Espagne, et que Le Journal du Pneumatique vous fera découvrir dans son prochain numéro.
La compétitivité comme mantra
À un an des élections présidentielles, la question méritait forcément d'être posée. Ces derniers mois, le président du fabricant de pneumatiques s'est souvent retrouvé sous les projecteurs et ne s'est jamais échappé. Que ce soit à l'Assemblée nationale pour répondre aux questions des députés ou face à la presse à de multiples reprises, Florent Menegaux s'est positionné avec force et conviction sur de grands sujets sociétaux pour faire entendre la voix de Michelin et de tous ceux qui veulent l'accompagner.
Évoquant une époque où "les crises s'enchaînent, sans jamais donner l'impression de s'arrêter" et où "l'improbable est devenu le probable de tous les jours", le dirigeant pointe les failles du modèle tricolore mais aussi, plus globalement, de celui européen. "La compétitivité, pourtant clé pour rester à la page, est un sujet dont on ne parle pas assez. On parle de compétitivité prix, c'est vrai et c'est important, mais c'est aussi très réducteur. En termes de compétitivité, la règlementation, la fiscalité, les infrastructures, l'accès aux financements sont, parmi d'autres, des sujets cruciaux pour demain et après-demain."
Aucune ambition politique… mais un sacré programme !
Pour peser face à l'absence de débat, Florent Menegaux dégaine son programme… ou plutôt ses pistes comme il l'explique. La première d'entre elles consiste à avoir une vision commune. "Que construit-on ensemble en France et en Europe ? interroge-t-il. C'est une question importante à laquelle il faut répondre pour pousser les gens à avancer." La seconde, sans grande surprise car déjà affirmée, porte sur l'environnement réglementaire. Plus de stabilité, plus de simplicité et une fiscalité moins lourde, voilà la vision du capitaine d'industrie qui image la situation.
"On nous demande de courir le 100 mètres avec des boulets aux pieds. Ça n'a aucun sens" Et plus tard, relancé par la presse, il poursuit : "La concurrence est saine, elle pousse à aller plus loin. Cependant, il nous faut des règles équitables. Prenons l'exemple du marché des pneumatiques agricoles : pour entrer en Inde, nous devons respecter des quotas alors que notre concurrent indien peut entrer en Europe comme il le souhaite..."
"Marcher, c'est maîtriser le déséquilibre permanent"
Parmi les autres pistes évoquées, le renforcement du système éducatif fait figure de priorité, Florent Menegaux jugeant le décrochage de niveau observé "très inquiétant pour nos industries" et militant pour "redonner envie d'apprendre". Quant au thème du financement de l'économie, il s'avère central pour soutenir le développement des entreprises et favoriser l'innovation. "Marcher, c'est maîtriser le déséquilibre permanent. En économie, c'est pareil", affirme-t-il dans une autre formule.
Face à ceux qui se sont déjà déclarés (Retailleau, Mélenchon, Bouamrane...) et aux autres dont le nom circule, Florent Menegaux joue les trouble-fêtes dans cette campagne présidentielle qui semble avoir déjà démarré et donne l'impression d'assumer pleinement cette position hybride. En voulant défendre ses convictions et en s'engageant dans un combat différent, le président du groupe Michelin devient ainsi, malgré lui, un homme politique. Et qui sait : si 2027 n'est pas un objectif, 2032 le sera peut-être ?
