Sport automobile : face au tout-spectacle, Michelin trace sa route

L'histoire n'est jamais un long fleuve tranquille et celle de Michelin avec la compétition automobile le prouve une nouvelle fois. Engagé depuis plus de 130 ans dans ce domaine – ses fondateurs ayant eu l'idée dès 1891 de confronter leurs pneus à des usages extrêmes pour apprendre plus vite – le groupe tricolore y a connu de grands moments de gloire avec des succès retentissants à la clé. Le 14 juin dernier, cela s'est d'ailleurs confirmé puisque Bibendum équipait la Toyota n°7 pilotée par Conway, Kobayashi et De Vries, qui a triomphé lors de la 94e édition des 24 Heures du Mans.
Mais la course sarthoise, et plus globalement le championnat du monde d'endurance (WEC) dont elle constitue le rendez-vous le plus iconique, fait aujourd'hui figure de rareté dans la stratégie sportive de Michelin qui s'affiche également en Superbike, ainsi que dans des championnats privés et auprès d'écuries sur des rendez-vous comme le Dakar en rallye-raid. Le partenariat avec le Moto GP s'arrêtera en fin de saison, tandis que la Formule 1 est accompagnée par Pirelli, la Formule E par Bridgestone et le WRC (championnat du monde des rallyes) par Hankook.
Le show au détriment de la performance
Plus que le signe d'une perte d'influence, il faut y voir une stratégie assumée. Directeur de l'activité Motorsport du groupe, Matthieu Bonardel développe : "Tout est une question de valeur et de retour sur investissement. Quand on s'engage aux côtés de ces disciplines, il est impératif que les règlements soient cohérents avec ce que l'on veut faire." Or, aujourd'hui, Michelin ne partage plus du tout les tendances qui prévalent en F1 et, dans une moindre mesure, en MotoGP.
Si la volonté des promoteurs de ces disciplines de ne traiter qu'avec un seul et unique fournisseur de pneumatiques est un problème pour le Clermontois, celle de privilégier le spectacle, parfois à outrance, au détriment de la performance s'avère encore plus problématique. "Il y a une différence fondamentale entre le show et le sport. La F1 est devenue un véritable show dans lequel le pneu est un élément parmi d'autres censé contribuer au spectacle, voire l'impacter, et ce n'est pas notre vision."
Des pneus de dernière génération utilisés au Mans
À l'heure où les manufacturiers s'efforcent de rendre leurs produits toujours plus performants, plus connectés et, bien entendu, plus durables, l'idée selon laquelle la dégradation d'un pneu est un attendu et doit participer au suspense de la course n'est clairement pas partagée par Michelin. "Dans la vie réelle, vous ne voulez pas avoir un incident avec vos pneus, fait remarquer le président Florent Menegaux. En sport automobile, c'est la même chose. Or, c'est ce que veulent les organisateurs et ça tombe bien car certains de nos concurrents sont plus forts que nous !"
Faire plus, sur le plan des performances, avec moins de jeux de pneus, est un leitmotiv qui s'inscrit encore bien avec les objectifs de durabilité du WEC. Au Mans, le groupe équipait d'ailleurs les écuries du paddock avec une nouvelle génération de pneus de compétition intégrant 50 % de matériaux recyclés et renouvelables. De quoi accélérer le développement en ce sens des enveloppes de série que chausse le grand public.
Almería, un atout méconnu du groupe
Car c'est bien là le grand enjeu de ce type d'engagement : apprendre, démontrer et transférer. Pour ce faire, Michelin s'appuie sur l'expertise de 1 300 personnes réparties entre l'Europe de l'Ouest, l'Amérique du Nord, le Japon et la Chine. Son gigantesque centre d'essais d'Almería, en Espagne, qui s'étend sur 4 500 hectares et que Le Journal du Pneumatique vous fera découvrir dans son prochain numéro, pourtant dédié aux pneumatiques de spécialités, contribue activement au développement des produits de compétition.
"Entre un dumper et une voiture de course, le premier point commun tient déjà dans l'usage extrême, éclaire Matthieu Bonardel. Ensuite, il y a d'autres liens évidents comme les modes de roulage, selon des cycles et des tours, l'analyse des performances ou encore l'importance de la data." Autant de notions sans cesse développées en Andalousie que Michelin entend mettre au service de logiques industrielles beaucoup plus vastes et sans doute moins clinquantes pour attirer de nouveaux publics vers les grands shows du sport auto.
