Loi antidumping : comment l'Europe veut contrer les stratagèmes des manufacturiers chinois ?

Au jeu du chat et de la souris, cette dernière est souvent plus vive que le premier pour s'échapper. Dans l'industrie du pneu, l'Europe pourrait jouer le rôle du félin et la Chine celui du rongeur tant les deux se cherchent depuis des années. L'enquête antidumping diligentée par Bruxelles sur les importations de pneus TC4 chinois n'est qu'un chapitre de plus entre deux marchés qui se regardent sans vraiment se comprendre.
Il y a huit ans, déjà, l'Union européenne avait acté la mise en place de droits de douane sur les pneus neufs et rechapés destinés aux autobus et aux camions en provenance de l'empire du Milieu. Une mesure imaginée pour ralentir le boom des enveloppes low cost sur le Vieux Continent.
Une réponse forte attendue
À l'heure où la même problématique concerne les pneumatiques pour véhicules légers et utilitaires, de nombreux représentants attendent des instances européennes des réponses concrètes, à la hauteur de l'impact provoqué sur le marché par les marques chinoises. De récentes tendances vont d'ailleurs dans leur sens et la Commission européenne planche sur des niveaux de taxation très élevés pour défendre les intérêts de ses représentants.
Si les conclusions de cette enquête sont espérées pour cet été, les manufacturiers chinois n'ont pas attendu de savoir à quelle sauce Bruxelles allait les manger pour s'organiser. Parce qu'avec ou sans mesures antidumping, ces derniers ont compris comment les contourner. La souris étant plus vive mais aussi plus agile que le chat, elle n'a pas tardé à prendre ses clics et ses clacs pour déménager ses usines ou investir dans de nouvelles basées dans des pays frontaliers ou offrant une proximité régionale.
Bruxelles peut viser toute l'Asean
En Asie du Sud-Est, la Thaïlande, le Vietnam, l'Indonésie ou encore le Cambodge ont vu pousser ces dernières années des outils de production dernier cri "made in China". Un phénomène de contournement qui ne semble pas ralentir, plusieurs manufacturiers ayant encore des projets de ce type dans les cartons. De fait, les efforts de Bruxelles pour protéger son industrie peuvent-ils s'apparenter à un coup d'épée dans l'eau ? Rien n'est moins sûr.
Comme nous l'ont expliqué plusieurs experts, il est fort probable que le règlement antidumping définitif sur les pneumatiques TC4 chinois intègre un dispositif "anti-contournement". Cet article fait partie de la palette de solutions du corpus de lois de l'Union européenne. Avec lui, les instances continentales pourront élargir le spectre de pays visés par cette mesure. Selon toute vraisemblance, de nombreux pays de l'Asean seront concernés avec des taxes identiques.
D'autres secteurs ont déjà éprouvé ce dispositif
"En réalité, ce que veut Bruxelles, c'est établir un cadre hyperstrict et difficilement attaquable par les industriels chinois", résume Régis Audugé, directeur général du Syndicat du Pneu. En basant son analyse sur plusieurs données factuelles – niveau des aides gouvernementales, coût de la main-d'œuvre locale, origine de l'actionnariat – permettant de démontrer le caractère déséquilibré de la concurrence entre la Chine et l'Europe, l'UE souhaite se mettre à l'abri d'un éventuel retour de bâton.
Dans cette logique, le dispositif "anti-contournement" est donc une protection supplémentaire, qui pourrait même être élargit si besoin à des pays d'autres continents, et qui a par ailleurs déjà fait ses preuves dans d'autres secteurs d'activités comme l'acier ou les énergies renouvelables. L'avenir le dira mais il n'est pas dit que, cette fois-ci, la souris gagne la partie…
