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Marché

Recrutement : le pneu cherche sa relève

Publié le 9 octobre 2026

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Par Charlotte Morvan
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5 min de lecture
Les ateliers pneumatiques ont toujours besoin de bras. Mais les candidats, eux, ne se bousculent pas. Dans un secteur pourtant porté par la croissance de l’après-vente automobile, les réseaux misent sur la formation, les reconversions et une meilleure image du métier pour attirer de nouveaux techniciens.
Les réseaux du pneumatique peinent toujours à recruter des techniciens monteurs, en particulier dans les ateliers VL et VI. ©Profil Plus

"On cherche, mais on ne trouve pas." Régis Audugé, directeur général du Syndicat du Pneu, résume ainsi la difficulté du secteur. Les ateliers pneumatiques manquent de techniciens, en particulier sur les véhicules légers et industriels. La filière peine à chiffrer précisément le nombre de postes vacants car les besoins varient selon les régions et les pics d’activité. Le problème n’est pas nouveau et il ne touche pas seulement le secteur du pneu.

Beaucoup de métiers techniques peinent à recruter. Mais chez les pneumaticiens, la tension se voit très vite. Lors des pics saisonniers, les équipes peuvent manquer de bras pour répondre aux demandes. "Le souci, c’est que ça devient récurrent", observe Régis Audugé.

Cette tension intervient pourtant dans un marché de l’après-vente automobile qui continue de créer de l’emploi. D’après l’Observatoire des métiers des services de l’automobile de l’ANFA, l’emploi dans la réparation a progressé : "On avait plus de 4 % de progression de l’emploi entre 2023 et 2024 et surtout plus de 28 % entre 2016 et 2024", précise Marie Sophie Girardin, responsable projet à l’Observatoire de l’ANFA.

Cette hausse crée forcément des besoins. En 2024, près d’un quart des postes de maintenance proposés dans la branche n’aurait pas trouvé preneur, selon l’ANFA. Cela représente environ 7 000 postes non pourvus dans l’après-vente automobile. Le pneumatique subit donc cette tension générale, avec une difficulté en plus : ses métiers restent peu ou mal connus.

Des profils plus difficiles à trouver

Dans les réseaux, le manque de candidats se ressent d’abord dans les ateliers. Les techniciens monteurs restent difficiles à recruter, aussi bien sur les véhicules légers qu’industriels. First Stop Ayme observe la même tension sur le terrain. "Le marché de l’emploi dans la réparation automobile est structurellement sous tension depuis plusieurs années, mais depuis 2/3 ans cela s’est nettement aggravé", indique Loubna Vanisse, directrice des ressources humaines chez First Stop Ayme.

Selon elle, les profils jeunes sont aussi plus volatils et davantage attirés par les conditions d’emploi que par leur première expertise. Même constat pour Point S, qui revendique plus de 690 centres en France. L’enseigne ne regarde plus seulement les profils déjà formés. Les candidats en reconversion ou venus d’autres métiers techniques peuvent aussi intéresser les adhérents.

"L’essentiel est souvent d’avoir l’envie d’apprendre et l’appétence pour les ateliers techniques", remarque Aurély Pourprix-Ollier, directrice des ressources humaines de Point S. Le réseau accompagne aussi ses adhérents dans leurs recherches. Des cabinets spécialisés repèrent des candidats, parfois même des personnes qui ne sont pas en veille active. Les entretiens et les tests sont réalisés en amont, avant de transmettre les profils aux chefs d’entreprise. L’objectif est de leur faire gagner du temps en triant les candidatures inadaptées.

Pour Dominique Stempfel, président du Syndicat du Pneu, le problème vient également de l’image du métier. "La filière du pneumatique et de ses services n’échappe pas aux difficultés de recrutement. Nous en sommes en partie responsables : nos métiers sont mal connus et lorsqu’ils sont connus, ils sont mal considérés." L’activité de pneumaticien reste encore souvent associée à un travail physique et répétitif.

Pourtant, les professionnels veulent montrer une autre réalité. Le pneu n’est pas seulement une pièce que l’on remplace quand elle est usée. C’est un élément essentiel de sécurité. C’est aussi un produit technique, qui restera présent sur tous les véhicules, qu’ils soient thermiques, hybrides ou électriques. "Les acteurs du pneu exercent des métiers honorables et passionnants. Ça n’est qu’au travers d’une meilleure image que nous séduirons de nouveaux collaborateurs. Et parce que, quelle que soit la motorisation, la mobilité de demain se fera toujours sur des pneumatiques, nous devons sans cesse rappeler que, contrairement à certains métiers de l’après-vente qui sont en danger, ceux du pneumatique sont des métiers d’avenir", insiste Dominique Stempfel.

Former plutôt qu’attendre

Faute de trouver assez de profils déjà formés, les réseaux renforcent leurs propres formations. First Stop Ayme s’appuie sur son centre de Carpentras, dans le Vaucluse. Certifié Qualiopi, il accueille plus de 3 000 stagiaires par an, pour plus de 22 000 heures de formation. L’enseigne y forme ses nouveaux collaborateurs, mais aussi ses équipes déjà en poste, sur le véhicule léger, industriel et sur la partie commerce.

Le véhicule industriel occupe une place importante, car il reste un segment stratégique pour le réseau. Point S mise de son côté sur la montée en compétence dans les centres. Son Campus Next Generation, lancé en 2025, doit renforcer la formation, notamment sur l’électrification du parc. Les techniciens doivent se former davantage à la mécanique des véhicules électriques et hybrides.

"Les métiers du pneumatique ne sont plus uniquement physiques. Ce sont aujourd’hui des métiers techniques qui demandent de la précision, la maîtrise des outils numériques et une capacité d’adaptation permanente aux évolutions technologiques", souligne Aurély Pourprix-Ollier.

Dans les centres autos, qui interviennent aussi sur le pneumatique, Speedy observe les mêmes difficultés sur les profils techniques. "Le marché de l’emploi dans la réparation automobile reste fortement sous tension", affirme l’enseigne, qui pointe une image encore "faussée" du secteur. Pour y répondre, Speedy mise sur son Speedy Training Center. Le centre accueille près de 3 000 stagiaires par an et permet de former les équipes déjà en poste, mais aussi d’intégrer de nouveaux profils via un CQP Maintenance des véhicules.

Attirer les jeunes jusqu’au diplôme

Le Garac fait partie des écoles qui permettent d’orienter les jeunes vers ces métiers. L’École nationale des professions de l’automobile propose notamment le CQP Opérateur maintenance pneumatiques véhicules industriels, agricoles et génie civil. Cette certification existe depuis 2006 et a été réactualisée en 2021. Elle est accessible en alternance, sur une durée de six à dix mois.

Pour autant, la difficulté ne s’arrête pas à l’ouverture d’une formation. Encore faut-il attirer assez de candidats et les garder jusqu’au diplôme. "Vous avez à peu près 25 % des candidats inscrits à une formation de CQP qui finissent par passer le diplôme", s’inquiète Régis Audugé. Pour les entreprises, le problème commence donc avant l’embauche : il faut d’abord donner envie d’entrer dans le métier.

Les professionnels essaient donc d’aller davantage sur le terrain, avec des job dating, des rencontres avec les missions locales, des contacts avec les écoles ou encore des échanges avec France Travail. Certains réseaux misent aussi sur les réseaux sociaux pour parler aux jeunes. Speedy a par exemple lancé son compte TikTok il y a un an. "L’idée est de parler vrai", explique l’enseigne.

La page met en scène des salariés du réseau, pour montrer les métiers de façon plus directe. Attirer les candidats est une chose. Les garder en est une autre. Car former un technicien prend du temps, et les réseaux n’ont pas intérêt à voir partir leurs recrues quelques mois plus tard. Depuis la sortie de la pandémie de Covid, Régis Audugé observe d’ailleurs une hausse des salaires à l’embauche, souvent au-dessus des minima. Mais cela ne suffit pas toujours.

Les candidats regardent aussi ce qu’ils peuvent construire dans l’entreprise. Chez Speedy, 90 % des responsables de centres sont issus de la promotion interne. First Stop Ayme met en avant un accompagnement RH plus proche du terrain, avec des responsables présents dans le réseau depuis 2024. Derrière ces dispositifs, l’objectif est le même : montrer qu’un poste en atelier peut ouvrir sur d’autres fonctions.

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°196 de septembre-octobre 2026.

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