Aliapur, le point final indispensable de la filière

Vingt-deux ans après sa création par Bridgestone, Continental, Goodyear, Michelin et Pirelli, Aliapur demeure ce maillon essentiel au bon fonctionnement de la filière pneumatique française. Aux côtés de FRP (France recyclage pneumatiques) et Tyval, l’éco-organisme est le garant d’une gestion vertueuse de la vieille matière. Une phrase n’est rien sans un point final et c’est précisément ce qu’apporte Aliapur. Sans lui et sans ses confrères, la fin serait bâclée. Avec eux, elle est sublimée.
Nommé à sa tête l’été dernier après avoir passé 35 ans dans le groupe Michelin, Mathieu Chardin se fait écho de cette "entreprise extrêmement bien organisée, structurée, qui maîtrise parfaitement les flux". Au demeurant nombreux. En 2025, Aliapur a collecté 400 000 tonnes de pneumatiques dans l’Hexagone, pesant ainsi 70 % de l’activité aval du secteur.
De façon plus imagée, cela représente une opération de collecte chaque minute sur le territoire, tandis que ce total permet d’économiser 600 000 tonnes de CO2 chaque année, soit la dépense énergétique d’une ville de 60 000 habitants !
Pour réussir ce tour de force, Aliapur s’appuie sur 25 partenaires répartis aux quatre coins de la France. Si certains sont spécialisés dans la collecte de pneumatiques, d’autres ont une expertise plus généraliste, mais tous doivent répondre à plusieurs prérequis : maîtriser son sujet (cela va de soi), être bon en qualité de service, savoir animer un réseau de recycleurs ou encore être compétitif, étant donné que tout cela a un coût.
Une "occasion" à saisir
Alors bien sûr, selon une logique bien établie, les éco-organismes récupèrent davantage d’enveloppes usagées que le marché n’en met officiellement en circulation. Preuve qu’un circuit parallèle, où les "metteurs" (fabricants, importateurs, distributeurs…) ne paient pas l’écocontribution, s’avère toujours bien réel. "Même si la partie hors règlementation reste stable, elle demeure gênante pour tous ceux qui jouent le jeu", pointe le directeur général de l’entreprise.
Spectateur plus qu’acteur de cette problématique, Aliapur a vocation à se concentrer sur d’autres sujets. L’un des plus importants porte sur le tri et la valorisation. Autrement dit : que faire de la vieille matière une fois celle-ci collectée ? Aujourd’hui, près d’une enveloppe sur cinq poursuit sa "vie" sur le marché du rechapage ou de l’occasion.
Bien que cette thématique ne trouve qu’un écho mesuré dans l’Hexagone, on en veut pour preuve les récents déboires de Black Star, le rechapage des pneus pour véhicules légers s’appuie sur la filiale de Mobivia alors que l’occasion est désormais boostée par différentes initiatives telles que celle de Meet Tire.
Incubée depuis 2023 par l’Innovation Lab de Michelin, la start-up a toutefois une vocation multimarque. Son ambition est de structurer un marché du pneu de réemploi à destination notamment des centres de reconditionnement de véhicules d’occasion.
Une initiative qui a, par exemple, convaincu Emil Frey France. "Meet Tire est un élément de l’écocircularité. Ça permet d’équiper un véhicule d’occasion d’enveloppes premium et de sortir de la traditionnelle habitude du bas de gamme. Et, sur ce sujet, Aliapur apporte sa pierre grâce à son réseau de collecteurs."
Les espoirs de la pyrolyse et de la RFID
Pour le reste des pneumatiques récupérés, l’essentiel (près de la moitié) est broyé et sert ensuite de combustible alternatif, dans l’industrie cimentière notamment. Toutefois, l’avenir de la filière est peut-être ailleurs. La pyrolyse, cette technique consistant à brûler à très haute température (800 degrés) et sans oxygène de vieux pneus pour en extraire du noir de carbone et des huiles, présente de probants atouts.
Plusieurs usines sont actuellement en étude ou en construction en Europe et les spécialistes du recyclage placent de grands espoirs en elles, même si de nombreux obstacles (maîtrise de la technologie, emplacements, financements…) demeurent à lever. À plus longue échéance, Aliapur entend aussi s’appuyer sur une autre technologie pour être encore plus performant.
La RFID, cette petite puce intégrée dans les pneus, concentre aussi de grands espoirs. Tracer une enveloppe, savoir ce qu’il y a précisément dedans, pouvoir "lire" ses caractéristiques automatiquement permettra à la filière aval d’être plus précise dans son travail, de mieux orienter la vieille matière et de valoriser encore davantage les flux. Alors que la RFID se fait progressivement une place dans le secteur, le rêve est sur le point de devenir une réalité.
Une filière regardée par tous
Le déploiement de cette technologie est d’autant plus attendu que la RFID pourra également faciliter et améliorer la tâche si fastidieuse du tri. Les techniciens sont aujourd’hui confrontés à des milliers de références différentes. Bien les identifier et bien les orienter s’avère être un sujet fondamental. Un spécialiste comme Regom apporte déjà une réponse probante avec sa machine effectuant ce tri à la place de l’homme.
Enfin, Aliapur avance sur un autre sujet important en ayant reçu pour mission, de la part du ministère de la Transition écologique, de structurer la filière dans les territoires d’outre-mer. Une façon de renforcer son rôle d’incontournable.
Car, avec ses confrères, l’appui de leurs prestataires et le soutien de ses fondateurs, Aliapur est devenu depuis longtemps un organisme regardé de près. À l’international, par des pays n’ayant pas encore structuré leur collecte de vieilles enveloppes (une délégation mexicaine est par exemple venue en France à l’automne), et même dans l’Hexagone.
"On peut parler de l’étranger, et c’est très valorisant, mais chez nous, le monde du pneumatique a effectivement valeur d’exemple aux yeux d’autres secteurs moins bien organisés", se félicite Mathieu Chardin. De quoi mettre en lumière un secteur au mieux oublié, au pire pointé du doigt.
Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n° 193 de janvier-février 2026.
