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Regom façonne le futur de la collecte et du tri

Publié le 24 avril 2026

Par Romain Baly
4 min de lecture
Fondée il y a six ans, la start-up a su s’installer dans le paysage de la gomme grâce à sa technologie simplifiant et améliorant le travail des recycleurs de pneumatiques usagés. Si la France, où la gestion de la vieille matière est organisée avec succès depuis longtemps, fait figure de débouché naturel, Regom suscite également l’intérêt à l’étranger. Plusieurs pays lorgnent déjà sa solution.
Collecteur référencé par Aliapur, le site de TC-Environnement de Cercy la-Tour, où se trouve aussi le siège de Regom, sert d’implantation pilote pour la technologie de la start-up. ©Regom

Pas la peine d’aller forcément à Clermont-Ferrand (63), à Hanovre (Allemagne) ou à Milan (Italie) pour écrire le futur du pneumatique. D’autres localités, bien moins connues, contribuent elles aussi à dessiner ce que sera demain le monde de la gomme. Cercy-la-Tour (58) et ses 1 600 âmes font partie de celles-ci. Ces derniers mois, le village du sud de la Nièvre a attisé la curiosité d’observateurs et de spécialistes qui s’y sont pressés pour découvrir une innovation imaginée et développée par l’un des grands acteurs de l’économie locale.

L’histoire de Regom est en effet intimement liée à celle des Cassier. Une famille guidée par l’entrepreneuriat avec d’abord Auguste, meunier qui développa les premiers transports de farine et de carburant dans la région, puis Alain, qui fonda en 1981 les Transports Alain Cassier (devenus TC-Transports en 2011) spécialisés dans les pièces et composants pour automobile, et enfin Jean-François, qui prit le virage de la diversification avec de la collecte de pneumatiques usagés via une filiale baptisée TC-Environnement.

Trois hommes et trois générations animés par l’envie d’avancer et de trouver des solutions là où il n’y en a pas. Ce même Jean-François, ingénieur de formation, constatant au quotidien la pénibilité pour les équipes de collecter et trier des enveloppes, se pencha dans les années 2010 sur cette problématique. Une petite décennie et quelques prototypes plus tard, ce projet démarré de zéro se concrétisa en 2020 avec la création de Regom, à Cercy-la-Tour bien évidemment.

Un pneu toutes les trois secondes

Séparée juridiquement du groupe dirigé par son créateur, la start-up a bâti son succès en développant une machine, prenant la forme d’une "boîte", simplifiant le tri et l’analyse des enveloppes en fin de vie. Une ambition simple à écrire mais beaucoup moins à concrétiser. L’implantation nivernaise de TC-Environnement, qui gère chaque année 15 000 tonnes de pneumatiques dont 80 % de VL, est ainsi devenue un site pilote dans la mise au point de cette technologie et une vitrine dans sa promotion.

Déposées la veille au soir, les bennes d’Aliapur sont prises en charge chaque matin. Après la pesée, vient alors la première étape avec le "dévraquage". Les enveloppes font l’objet d’un premier tri manuel par un opérateur, permettant d’éliminer des objets non traités qui se seraient glissés dans la collecte (tels que des chambres à air par exemple).

Un peu plus loin, la vieille matière poursuit son chemin, passe sous des lecteurs de puces RFID (l’entreprise fait partie des sites tests dans le cadre du projet Cirpass-2 sur le passeport produit digital) puis arrive dans la fameuse machine de Regom. Alors que la jeune pousse a développé le soft et le hardware, son innovation permet d’analyser un pneu toutes les trois secondes, soit 1 200 à l’heure.

Chacun est scanné pour récupérer ses informations (dimensions, indices de charge et de vitesse, marque, modèle, type, DOT…) et analyser la profondeur de gomme ainsi que l’asymétrie de la bande de roulement. Un travail auparavant fastidieux pour les équipes, désormais simplifié par cette technologie.

La machine recommande, l’opérateur commande

Si la profondeur est insuffisante par rapport aux paramètres définis ou si une asymétrie est constatée, le pneumatique est automatiquement sorti du convoyeur, ou plus exactement envoyé sans plus tarder vers le broyeur.

Pour tous les autres, le chemin se poursuit jusqu’à un poste de contrôle où prennent place deux opératrices. Sur leurs écrans s’affichent les informations remontées et une recommandation allant de A0 (quasi neuf) à A4 (les plus usés mais encore rechapables) en fonction de l’état du pneumatique. Si l’analyse de la machine est confirmée par l’opérateur, celui-ci oriente le pneumatique vers la benne prévue pour chaque niveau de qualité.

Si les pneus inutilisables sont automatiquement envoyés vers le broyeur, ceux pouvant connaître une seconde vie font l’objet d’une fiche d’informations et d’un contrôle final par un opérateur. ©Regom

Si les pneus inutilisables sont automatiquement envoyés vers le broyeur, ceux pouvant connaître une seconde vie font l’objet d’une fiche d’informations et d’un contrôle final par un opérateur. ©Regom

Au bout du bout, dans une logique de service client, une dernière étape permet également de tester les meilleures enveloppes en les mettant sous pression et en s’assurant qu’elles ne présentent aucune micro fuite.

In fine, si Regom s’est concentré dans un premier temps sur le développement de sa technologie de tri, les besoins du marché l’ont conduit à aller plus loin en concevant des chaînes de production comme celle de Cercy dans leur intégralité avec la machine automatisée, le convoyeur et la table de tri. De quoi pérenniser la croissance de la jeune pousse. Six ans après son lancement, celle-ci a plus que jamais le vent en poupe.

Un marché mature pour ce type de technologie

En France comme à l’international, les demandes se multiplient avec des entreprises qui ont bien assimilé les vertus de Regom. Cette innovation permet ainsi de gagner en productivité, de limiter, voire d’annihiler les erreurs, et d’optimiser la qualité du tri. Mais elle donne aussi la possibilité de réallouer des tâches plus valorisantes aux employés et répond également à la problématique du manque de main d’œuvre en proposant un métier moins pénible, donc plus séduisant.

Côté investissement, le tarif d’un tel équipement demeure variable d’un client à un autre, chacun faisant l’objet d’une étude de faisabilité et disposant d’une installation propre à son site. Toutefois, Lucile Cassier, représentante de la quatrième génération familiale, précise que "le marché de la collecte est aujourd’hui assez mature en France pour rendre ce type d’investissement accessible, d’autant plus que la rentabilité est rapide à trouver."

Cinq machines sont actuellement opérationnelles dans l’Hexagone et d’autres à l’étranger, comme en Suisse et en Amérique du Nord. L’implantation de Regom à l’échelle du globe figure en bonne place sur la feuille de route de la start-up, qui planche parallèlement sur la mise au point de nouvelles machines, reprenant les mêmes fonctionnalités, tout en étant plus compactes et s’intégrant dans des environnements plus contraints.

Signe de sa montée en puissance, Regom prévoit de finaliser huit embauches en 2026, portant son effectif à plus d’une vingtaine de personnes, et d’installer un bureau secondaire à Clermont Ferrand. La preuve que si l’on peut naître partout, certaines adresses demeurent incontournables pour grandir et viser toujours plus haut.

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°194 de mars-avril 2026.

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