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Manufacturiers

Dr. Rubber veut soigner les pneus blessés

Publié le 8 juin 2026

Par Romain Baly
3 min de lecture
Encore méconnue dans l'Hexagone, la jeune société toulousaine fait le pari de proposer des pneumatiques TC4 premium 40 % moins chers que des neufs. Son secret ? Miser sur des produits peu usés mais présentant des flancs abîmés qu'elle rechape à chaud pour les remettre sur le marché.
Mariés à la ville comme au travail, Anastasia Olkhovskaia et Sergey Olkhovskyi ont fondé Dr. Rubber à l'été 2024. ©Dr. Rubber

"On a la conviction que le pneu le plus écologique est celui déjà produit." C'est en partant de cette idée que Sergey Olkhovskyi a fondé sa société à l'été 2024. Né en Ukraine, le quadragénaire est arrivé en France, à Toulouse, à l'âge de 13 ans. Après des études de commerce, il débute sa carrière chez Continental, côté pièces, puis chez Renault avant d'être nommé directeur général d'une PME spécialisée dans le reconditionnement d'outils de bricolage et de jardinage.

"J'arrivais à la fin d'un cycle et, en réalité, Dr. Rubber est le fruit de ces expériences mais aussi d'une rencontre très importante", résume le dirigeant. Début 2024, il croise ainsi la route d'un entrepreneur espagnol qui a fait son chemin dans le rechapage de pneumatiques. La simple rencontre deviendra une réelle amitié et une aventure professionnelle. Les deux hommes s'associent et Sergey Olkhovskyi prend ainsi la tête, avec son épouse, de Dr. Rubber avec la promesse de proposer des pneus TC4 premium à un prix défiant toute concurrence.

Une usure inférieure à 10 %

La jeune pousse toulousaine entend se positionner sur le marché des enveloppes présentant un faible niveau d’usure (inférieur à 10 %) mais endommagées sur leurs flancs par une coupure ou un impact. "Dans 90 % des cas, elles sont orientées vers le recyclage alors qu'elles ont pour nous une grande valeur et ce marché représente un immense gisement." Pour le moment, tout se joue en Espagne, là où se trouve le coactionnaire de Dr. Rubber.

Les pneumatiques recherchés sont récupérés auprès des collecteurs des éco-organismes locaux puis rechapés à chaud dans une usine près de Malaga. Ensuite, pour desservir le marché français, des camions réapprovisionnent chaque mois les deux entrepôts de la société basés en Haute-Garonne et dans le Lot-et-Garonne. Environ 2 000 pneus y sont stockés en moyenne mais Sergey Olkhovskyi ambitionne de multiplier par deux ce volume d'ici la fin 2026.

Le marché du BtoB visé en priorité

Une montée en puissance soutenue par les premiers accords signés ces derniers mois. Visant les professionnels plutôt que les particuliers, Dr. Rubber a réussi à convaincre des entreprises privées mais aussi publiques, comme l'agglomération d'Agen et le Conseil départemental du Tarn-et-Garonne, ainsi que des groupes de distribution pour équiper leurs véhicules d'occasion. Tout récemment, la société a aussi noué un partenariat avec Enchères VO avec 15 % de remise sur des pneus Dr. Rubber pour l'achat d'un véhicule auprès de l'enchériste.

Sur le plan commercial, l'entreprise de Sergey Olkhovskyi croit en son étoile. Sur un marché français où le segment premium voit son poids s'étioler tout en restant largement dominant, Dr. Rubber estime pouvoir faire la différence avec des tarifs inférieurs de 40 % à ceux du neuf. "La notion de premium rassure les utilisateurs mais, en même temps, dans le contexte actuel, tout le monde cherche à faire des économies et proposer un produit aussi performant qu'un neuf avec un tarif très compétitif a du sens."

Pour 2027, l'ouverture d'une usine est envisagée

Si le dirigeant est convaincu de la pertinence de son projet, l'actualité récente sur le marché du pneu le rattrape forcément. Les déboires de Black Star, qui n'a pas trouvé son public et son équilibre économique, ne sont-ils pas le signe d'une impasse pour le marché des pneus de seconde vie ? "On ne fait pas la même chose que Black Star, corrige Sergey Olkhovskyi. Eux retravaillent complètement la bande de roulement alors que nous ne travaillons que les flancs des pneus. Je pense même, au contraire, que nos deux modèles sont très complémentaires."

Les deux sociétés se connaissent et des discussions, stoppées dans le contexte actuel, ont d'ailleurs eu lieu pour envisager une éventuelle collaboration. "Les pneus dont nous avons besoin n'intéressent pas Black Star et inversement, donc nos intérêts se rapprochent", ajoute encore le dirigeant de Dr. Rubber. Conscient de n'être encore qu'au début du chemin, ce dernier n'en reste pas moins très ambitieux. À la recherche de nouveaux investisseurs, Sergey Olkhovskyi espère concrétiser l'ouverture en 2027 d'une unité de production sur le sol français.

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