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Marché

Michelin a-t-il commandé des tests sur les pneus Leonard ?

Publié le 11 mai 2026

Par Romain Baly
3 min de lecture
Alors que l’État a débloqué en urgence une aide au rechapage VL financée par les éco-organismes après le placement en procédure de sauvegarde de Black Star, la filière du pneumatique s’interroge sur le modèle économique et les performances des pneus rechapés. Dans ce contexte, la rumeur d’une initiative de Michelin visant à faire tester les enveloppes Leonard du rechapeur en difficulté alimente les tensions du secteur.
Comme tous les pneumatiques rechapés pour véhicules légers, les enveloppes Leonard échappent au labelling. De quoi engendrer un certain nombre d'inconnues autour de ces produits. ©Black Star

La rumeur enfle dans l’écosystème du pneumatique. Michelin a-t-il demandé à un organisme de tests d'éprouver des pneumatiques Leonard ? Beaucoup le pensent et certains en sont même sûrs. Car derrière le pourquoi du comment, pointe une évidence renforçant cette probabilité. Alors que Black Star, qui fabrique les enveloppes Leonard, a été placé le 28 janvier 2026 en procédure de sauvegarde, le monde de la gomme a été secoué par une aide financière imaginée et actée par les pouvoirs publics en quelques semaines.

Dans un pays qui cultive son mille-feuilles administratif, où rien n'est simple ni rapide, le gouvernement a souhaité mettre en place un dispositif financier de six euros par carcasse traitée, soutenant l'activité des spécialistes du rechapage VL. Initiée début février, la mesure est ainsi parue au Journal officiel le 27 mars. Et si celle-ci a hérissé bien des poils, c'est que son poids sera supporté non par les finances publiques, mais par celles des éco-organismes, contraints de sortir le chéquier sans sommation, pour un coût total de 15,5 millions d'euros, impliquant une hausse de 20 % de l’écocontribution.

Les éco-organismes très critiques sur le fond comme sur la forme

"L'État a considéré qu'en prenant de l'argent aux metteurs sur le marché, on allait pouvoir financer une entreprise confrontée à un certain nombre de réalités économiques", déplorait récemment dans nos colonnes Mathieu Chardin, directeur général d'Aliapur. Et le responsable de constater : "On ne s'est pas assis, on n'a pas regardé les différents impacts d'un tel arrêté, on n'a pas évalué si c'était faisable, réaliste, opportun. Toutes ces questions n'ont pas été posées."

Derrière Aliapur, se trouvent en réalité les manufacturiers leaders du marché (Bridgestone, Continental, Goodyear et Pirelli, outre Michelin). Or, si ces groupes ont accepté depuis deux décennies de se rassembler au nom du bien commun – et de le faire avec un indéniable succès, la filière de collecte tricolore ayant valeur d'exemple dans le monde entier – voir l’État les obliger à financer indirectement une entreprise en difficulté semble avoir été la goutte de trop.

Un marché qui n'offre aucune garantie selon certains

D'autant que pour certains manufacturiers, au-delà de la forme, c'est aussi le fond de ce sujet qui pose problème. Jouer la carte collective, après tout pourquoi pas, mais à condition que tout soit réuni pour que la mission sauvetage fonctionne. Sauf qu'à entendre depuis plusieurs semaines de nombreux acteurs de la gomme, le potentiel du marché du rechapage VL n'offre aucune garantie, remettant en cause le modèle économique de son principal acteur, tandis que les produits de ces derniers présentent un certain nombre d'inconnus.

On en vient donc à la supposée offensive de Bibendum sur les pneus Leonard qui, rappelons-le, ne sont pas soumis au labelling. D'où peut-être cette volonté d'en savoir plus. "Que Black Star demande à être soutenu, c’est une chose. Que l’entreprise, qui n’a jamais trouvé son modèle économique, repose son avenir sur une aide provenant des industriels du secteur, c’en est une autre et cela est beaucoup moins acceptable" pointe un observateur avisé du secteur.

Les pneus rechapés échappent au labelling

Entre qualités et défauts, les principaux manufacturiers du marché aimeraient sans aucun doute en savoir davantage sur les gammes commercialisées par Leonard, que ce soit au niveau de leur résistance au roulement, de leur impact sonore ou de leur adhérence. "Ces informations sont fondamentales dans la grille de lecture des produits proposés aux automobilistes. Tous les manufacturiers doivent s'y plier et pas Black Star ? On marche sur la tête", ajoute l'un de nos interlocuteurs.

Si Michelin ne nous a pas apporté de réponse précise sur ce sujet, le groupe a tenu à nous rappeler qu'il "demeure engagé depuis longtemps en faveur d’une économie circulaire fondée sur l’analyse du cycle de vie, la performance globale des produits et la valorisation des pneumatiques en fin de vie". "Au final, que cette information soit confirmée ou non, il n’y a rien d’illogique dans cette démarche. À l’exception de quelques acteurs, tout le secteur est unanime sur ce sujet. Cette histoire est un scandale", conclut une grande voix de la gomme.

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