Black Star devient Léonard et relance la machine à Béthune

Deux mois après avoir frôlé l'arrêt, les lignes de production se ravivent à Béthune (62). Lundi 24 août 2026, Black Star a ouvert les portes de son usine pour officialiser sa relance et dévoiler son nouveau visage : Léonard. Une nouvelle étape pour le spécialiste français du pneu remanufacturé, qui annonce avoir vendu plus de 42 000 pneus en juillet pour deux millions d'euros de chiffre d'affaires.
Pour l'occasion, dirigeants, salariés, partenaires et élus étaient réunis sur le site. Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, et Olivier Gacquerre, maire de Béthune, étaient notamment présents aux côtés de Cédric Meston, président du board de Black Star Next, Arnaud Hage, président de Léonard, et Adrien Eymard, directeur général.
Cette inauguration intervient un peu plus de deux mois après la reprise officialisée le 17 juin par le tribunal de commerce d'Arras (62). Celle-ci avait permis de maintenir l'activité industrielle de Béthune et 91 emplois. Cédric Meston a d'ailleurs tenu à s'adresser directement aux salariés : "Vous avez traversé des semaines d'incertitude sans jamais lâcher, vous avez assuré la continuité de l'activité, remis la production en route. Ce que nous célébrons aujourd'hui, c'est votre engagement et votre savoir-faire."
42 000 pneus vendus en juillet
Juillet a marqué un premier tournant pour Léonard. Avec plus de 42 000 pneus écoulés et deux millions d'euros de chiffre d'affaires, l'entreprise affirme avoir atteint son seuil de rentabilité dès son premier mois complet après la reprise. "Le redémarrage est allé au-delà de nos espérances. Nous avons dépassé nos objectifs et surtout, ce mois de juillet est le premier mois de toute l'histoire de Black Star où l'entreprise est comptablement rentable", a souligné Cédric Meston lors de son discours.

Fin juillet, l’entreprise comptait 117 salariés, contre 91 au moment de la reprise, et prévoit encore plusieurs recrutements. ©JDP
Arnaud Hage explique notamment cette performance par le contrat commercial conclu avec Mobivia, qui a apporté des volumes dès juin et juillet. "On a amélioré certains processus de production, on a fait attention à nos achats. À partir du moment où le volume était présent, on a pu dépasser ce seuil de rentabilité que la société avait toujours eu du mal à atteindre. Et on l'a atteint dès le mois de juillet", précise le président de Léonard.
La reprise s'accompagne aussi d'une hausse des effectifs. Au moment de la reprise, 91 salariés avaient été conservés. Fin juillet, l'effectif était déjà passé à 117 personnes, en comptant les CDD et les intérimaires. Certains contrats doivent passer en CDI fin août et entre huit et dix recrutements supplémentaires sont prévus sur les quatre prochains mois de l'année.
La production doit elle aussi augmenter puisque cet été, l'usine sortait entre 850 et 900 pneus par jour. À partir du 1er septembre, la cadence doit atteindre 1 250 unités par jour pour suivre la demande.
Léonard veut démocratiser le pneu remanufacturé
La relance passe aussi par un changement d'identité. Black Star Next reste la dénomination sociale de l'entreprise, mais Léonard devient désormais sa seule marque commerciale, auprès des automobilistes comme des distributeurs et des clients professionnels.
Impossible de manquer le renard qui accompagne désormais le nom Léonard. Arnaud Hage explique que l'animal a été choisi pour son lien avec l'environnement et la gestion des ressources. "C'est le clin d'œil à l'animal rusé, l'animal malin. On a choisi cet animal qui a une belle résonance par rapport à notre société et à nos valeurs", explique-t-il.
Cette nouvelle identité s'accompagne de la signature : "Bon prix. Bon sens. Le pneu remanufacturé à Béthune." Derrière ce changement, les dirigeants veulent surtout sortir le pneu remanufacturé de sa niche et le rendre plus identifiable auprès des automobilistes.
L'entreprise prévoit notamment de renforcer sa communication digitale et d'ouvrir davantage son usine pour montrer le procédé de remanufacture. "Il y a besoin de rassurer certains consommateurs. On veut ouvrir un peu plus l'usine pour que tout le monde voie vraiment que c'est un procédé qui est aussi exigeant qu'un pneumatique neuf", souligne Arnaud Hage.
Le prix doit également participer à cette démocratisation. Sur la dimension 205/55 R16, Arnaud Hage évoque un tarif compris entre 55 et 60 euros selon les enseignes. D'après ses estimations, cela représente environ 15 euros de moins qu'une marque de distributeur et 40 à 45 euros de moins qu'un pneumatique premium neuf.
Xavier Bertrand interpelle les éco-organismes
La cérémonie a aussi permis à Xavier Bertrand de remettre sur la table le soutien public au pneu rechapé et remanufacturé. Le président de la région Hauts-de-France a rappelé l'engagement financier de la collectivité, avec un premier soutien de 400 000 euros puis un prêt d'un million d'euros. Avec la communauté d'agglomération, deux millions d'euros ont été mobilisés autour du projet, selon lui.
Mais Xavier Bertrand a surtout pointé du doigt l'application du dispositif de soutien de six euros par carcasse, mis en place cette année pour soutenir la filière du rechapage. "Il y a deux éco-organismes sur trois qui ne jouent pas le jeu. S'ils ne veulent pas changer d'attitude dans les semaines qui viennent, il faut imposer une astreinte", a lancé le président de région.
Quelques minutes plus tard, Mathieu Lefèvre lui a répondu : "La parole de l'État doit être respectée et je ne manquerai pas de le faire auprès des deux éco-organismes qui, en effet, ne respectent pas encore le nouveau cahier des charges", a assuré le ministre délégué chargé de la Transition écologique.
