Black Star placée en procédure de sauvegarde

L'année débute mal pour Black Star. Ce mercredi 28 janvier 2026, la société spécialisée dans les pneumatiques rechapés a demandé à être placée en procédure de sauvegarde par le tribunal de commerce d'Arras (62). Les membres du CSE (comité social et économique) ont été prévenus ce matin, suivis dans la foulée par l'ensemble des 148 salariés de l'entreprise. Celle-ci a désormais quatre mois devant elle pour redresser la barre, trouver des solutions et séduire un repreneur.
Cette annonce est un nouveau revers pour un marché du rechapage en grande souffrance, tout particulièrement sur le segment des véhicules légers. Sur le papier pourtant, le projet de Black Star avait tout pour fonctionner. Reprise en 2021 par le groupe Mobivia, la société originaire de Saint-Pierre-de-Bœuf (42), là où se trouve encore son second site de production, entendait avec l'appui de son prestigieux actionnaire créer une nouvelle marque et permettre enfin au rechapé TC4 de trouver sa place dans l'Hexagone.
Pour atteindre son objectif, le duo Black Star-Mobivia avait choisi de s'installer dans l'usine Bridgestone de Béthune, revitalisant au passage un bassin économique en souffrance, alors encore marqué par le départ du manufacturier japonais. Au printemps 2023, leur ambition se concrétisait avec le lancement de la marque Leonard, dévoilée au Grand Palais Éphémère (Paris), riche d'une gamme pensée pour répondre à tous les besoins avec ses versions été, toutes saisons et camionnettes.
Leonard a su trouver sa place dans les réseaux
L'an passé, dans nos colonnes, Laurent Cabassu, directeur général de la société, mesurait le chemin parcouru mais aussi celui restant. Ainsi, en à peine 24 mois, Black Star avait réussi le challenge un peu fou de partir de zéro pour atteindre les 400 000 unités vendues, le tout en s'ouvrant les portes des principaux distributeurs tricolores. La gamme Leonard est ainsi visible dans les rayons des réseaux Euromaster, Best Drive, Vulco, Point S, First Stop et Speedy, ainsi que ceux de sa maison mère (Norauto, Midas et Carter-Cash).
Autre réussite, Black Star a également su séduire le groupe Renault qui, depuis l'automne 2023, s'appuie sur Leonard dans les ateliers de ses réseaux (Renault, Dacia et Motrio) ainsi que dans sa Re-Factory (usine de reconditionnement de véhicules d'occasion) de Flins (78). D'autres grands représentants du secteur, tels que le groupe Emil Frey France, ont imité la firme au losange en nouant des partenariats avec Black Star.
Des carcasses indispensables mais tellement onéreuses…
Mais derrière ces nouvelles encourageantes, une autre réalité n'a jamais quitté la société. Celle-ci n'a par exemple jamais réussi à trouver le bon équilibre avec son modèle économique. Le coût de la vieille matière, des carcasses donc, avoisine actuellement les neuf euros quand un pneumatique Leonard est revendu en moyenne dans les 45 euros. Entre les deux se trouvent la logistique, la matière première, le fonctionnement de l'usine, et tous les coûts fixes.
Dans le même temps, Black Star s'est aussi heurté à une concurrence que l'entreprise savait féroce mais dont elle avait bon espoir, comme d'autres, de se défaire. Or, si elles existent bel et bien en poids lourd, les mesures antidumping à l'égard des enveloppes fabriquées en Chine se font encore attendre en Europe et constituent en attendant un frein majeur au rayonnement d'une marque comme Leonard qui, en dépit de ses vertus écologiques, demeure frontalement positionnée face à celles de l'empire du Milieu.
"La concurrence chinoise qui tire le marché vers le bas, ce n'est pas un phénomène propre au pneumatique. Simplement, étant donné les marges réduites que l'on a dans notre secteur, cette concurrence pèse forcément plus lourd qu'ailleurs", note Laurent Cabassu.
Les volumes sont là mais le temps manque
Enfin, la filiale de Mobivia n'a également pas pu compter, du moins pas autant qu'imaginé, sur le soutien des pouvoirs publics. Si la loi Agec impose aux flottes publiques déjà équipées en pneumatiques rechapés de continuer à l'être, la réalité des faits est bien différente. Les jeux mixtes neufs/rechapés sont courants, le suivi dans la gestion des enveloppes s'avère très aléatoire et, face à l'absence de certaines dimensions, le choix du neuf s'avère souvent plus simple.
Au final, les difficultés de Black Star trouvent leurs sources dans une multitude d'éléments. "Pour les conjurer, il nous fallait revoir notre business plan, ce que l'on s'est acharné à faire, et voir nos volumes continuer de croître", détaille encore le directeur général. Ce dernier évaluait à 450 000 unités annuelles le seuil pour être rentable. Avec 373 000 pneumatiques Leonard écoulés en 2025 (pour un chiffre d'affaires de 17 millions d'euros), Black Star s'en approchait tout en restant à distance de cet objectif. Faute de temps, voici la société engagée dans cette procédure de sauvegarde.
