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Manufacturiers

Hankook France : 30 ans pour changer de dimension

Publié le 26 octobre 2026

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Par Romain Baly
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9 min de lecture
En 1996, Hankook s’implantait dans l’Hexagone en ouvrant à Lyon (69) un simple bureau de liaison. Trente ans plus tard, ce point d’appui est devenu un acteur aussi stratégique qu’essentiel pour le groupe sud-coréen. Retour sur trois décennies d’évolution qui ont accompagné la transformation du manufacturier originaire de Séoul en un équipementier reconnu à l’échelle mondiale.
Georges Bochaton, John Vialle, Sang Soo Jeong et Magali Birgy (de gauche à droite). ©Hankook

En 2026, Hankook célèbre un double anniversaire : les 85 ans du groupe, fondé en Corée du Sud en 1941, et les 30 ans de sa filiale française. Une histoire qui illustre le changement d’échelle d’un manufacturier devenu aujourd’hui un acteur premium mondial, présent dans plus de 160 pays, employant près de 20 000 collaborateurs et disposant de huit sites de production, répartis sur cinq continents.

L’Europe occupe une place stratégique dans cette croissance puisqu’elle représente environ 45 % du chiffre d’affaires mondial du groupe avec, à ce jour, 18 filiales. Sur ce continent, Hankook s’appuie notamment sur son siège européen situé en Allemagne, son centre technique de Hanovre, son usine hongroise, ainsi que sa filiale française devenue aujourd’hui un pilier de son organisation globale.

1996 : les premiers pas français d’un manufacturier émergent

L’histoire de Hankook France commence quelques années avant la création officielle de la filiale. Dès 1992, le manufacturier pressent un potentiel sur le territoire hexagonal. Un premier représentant coréen, Chang Yong Shim, est alors envoyé en France afin de développer la marque. "À cette époque, il s’appuie sur le grossiste exclusif K DIS, (famille Massa, ndlr), qui commercialise ses pneumatiques TC4 et poids lourds", se remémore John Vialle, actuel channel sales director.

Face à la progression des volumes, le groupe commence alors à réfléchir à une implantation directe. Le choix se porte sur la ville de Lyon, où un bureau de liaison est créé en 1995. Au même moment, Chang Yong Shim, qui avançait seul jusqu’ici, décide d’embaucher un premier salarié, Jean-François Coissy, qui devient le premier représentant d’Hankook France sur le terrain. L’objectif est clair : développer la marque en direct et ne plus dépendre de l’accord exclusif de distribution que Hankook détient avec la K DIS.

Dès les premières touches, le duo croit au potentiel de la marque. Un an plus tard, le 1er avril 1996, le manufacturier franchit une nouvelle étape avec la création officielle de sa filiale Hankook France. "Le pari est le suivant : mettre fin au contrat d’exclusivité qui permet d’écouler 300 000 pneus par an et qui visiblement n’ira pas plus loin, et lancer une filiale. L’histoire confirme que monsieur Shim a bien fait", poursuit Georges Bochaton, sales & marketing director France. La décision est alors prise d’étoffer l’équipe et trois autres personnes viennent les rejoindre.

À cette époque, l’organisation reste très basique. "Ils traitaient les appels et effectuaient les livraisons. La plupart des clients commandaient par conteneur, nous ne faisions pas de livraison d’un ou deux pneus comme c’est le cas aujourd’hui", raconte John Vialle. Face à la demande, très rapidement, la filiale française se structure avec la volonté d’envoyer des commerciaux sur le terrain. La France est alors découpée en quatre régions avec des responsables régionaux et un superviseur national.

Structurer la logistique et gagner en visibilité

Dès 1998, Hankook France met en place ses premières infrastructures logistiques avec deux dépôts, l’un à Lyon et l’autre au Mans (72), afin d’accompagner son développement commercial sur le territoire. Avec le recul, ce choix apparaît comme une étape nécessaire dans la construction de la filiale. "Aujourd’hui, il est évident de n’avoir plus qu’un seul dépôt. Mais il y a 25 ans, ce n’était pas la même chose. Si vous vouliez livrer la Bretagne ou Paris, il fallait trouver des solutions", explique l’équipe dirigeante.

En parallèle, Hankook France commence à renforcer sa visibilité auprès des professionnels et des passionnés du pneumatique. En 1999, la filiale participe pour la première fois au salon du 4x4 de Val d’Isère. Hankook y présente notamment ses pneumatiques tout-terrain, dans un contexte où les véhicules étaient encore utilisés dans des conditions extrêmes.

"Le salon de Val d’Isère était une institution. Pour vous donner une idée, le prix du mètre carré était identique au Mondial de l’Auto de Paris. Les constructeurs étaient présents, et il était important pour Hankook, qui a toujours disposé et dispose encore aujourd’hui d’une gamme globale sur l’activité tout-terrain, d’être sur place. Nous y avons notamment présenté le Z36 qui a fait les heures de gloire de la marque sur ce segment, un produit que nous avons conservé près de 20 ans", détaille John Vialle.

Cette présence contribue à faire connaître Hankook auprès d’un public spécialisé et accompagne progressivement la montée en puissance de la marque en France.

Changement d’échelle

Une croissance très rapide qui explique qu’en l’an 2000 la filiale française emploie une trentaine de personnes. Au début de cette décennie, Hankook France poursuit son organisation et entre dans une nouvelle phase de développement. Après avoir posé les bases commerciales de son implantation, la filiale cherche désormais à renforcer son image de manufacturier technologique et à s’inscrire durablement dans le paysage européen.

Ainsi, en 2001, la marque participe pour la première fois au Mondial de l’Auto de Paris, une présence symbolique qui traduit cette volonté de gagner en visibilité auprès d’un marché plus large. C’est aussi l’année où un autre Coréen vient remplacer Chang Yong Shim à la tête de la filiale française : Soo Il Lee. Ce dernier restera jusqu’en 2004 avant de poursuivre sa carrière au sein du groupe et de devenir CEO monde du manufacturier, fonction qu’il quittera en 2024, avant de rejoindre Hanon Systems, filiale du groupe Hankook.

Cette période correspond également à une évolution importante dans l’organisation internationale. En 2003, Hankook ouvre son siège européen à Francfort, confirmant son ambition de se développer à l’échelle du continent. L’implantation en Allemagne n’est pas un hasard. Le pays, qui dispose aussi d’une antenne depuis 1995, représente alors (et encore aujourd’hui) un marché automobile majeur en Europe, avec une forte concentration de constructeurs.

"La locomotive de l’Europe pour le groupe, c’est l’Allemagne. C’est là où il y a les plus gros constructeurs, c’est là où tout se fait", souligne l’équipe dirigeante. Cette proximité avec l’industrie automobile allemande va rapidement devenir un levier essentiel dans le développement de Hankook. Les premiers accords européens avec les constructeurs concernent notamment des marques comme Volkswagen, BMW et Mercedes-Benz.

"Ces partenariats expliquent qu’aujourd’hui Hankook est la première marque du marché allemand devant Continental, Michelin et Goodyear", ajoute Georges Bochaton. Pour la filiale française, ce siège continental confirme la stratégie du groupe, assoit ses positions et devient un critère de réassurance pour les clients.

En 2004, Hankook fait évoluer son identité graphique. Le logo historique avec deux pneus à la place des "o" est remplacé par une représentation plus moderne, en cohérence avec le changement de dimension du groupe. "La bascule se fait vraiment avec le nouveau millénaire, avec une nouvelle stratégie beaucoup plus mondiale. Ce logo très moderne sera conservé près de 15 ans, avant de connaître un léger rafraîchissement en 2019. La baseline "Driving Emotion" est aujourd’hui toujours la même", raconte l’équipe.

2008 : l’usine hongroise, pilier européen

L’année 2008 marque un tournant industriel majeur avec l’ouverture de l’usine de Rácalmás, en Hongrie. Pour accompagner son développement européen, notamment auprès des constructeurs automobiles, le groupe se doit de disposer d’une capacité de production locale. "Quand vous vous développez sur un marché européen, vous devez avoir une usine. Envoyer des pneumatiques de Corée ne suffit plus. Avec l’outil industriel, nous pouvons répondre à la demande des constructeurs européens quasiment en temps réel", partage Georges Bochaton.

L’usine hongroise devient rapidement un élément central de la stratégie européenne du groupe. Son développement se poursuit ensuite par plusieurs phases successives, chacune permettant d’augmenter les capacités de production. La phase quatre, dont l’ouverture intervient en 2026, est dédiée aux pneumatiques poids lourds et va permettre à Hankook de renforcer encore sa présence sur ce segment en Europe.

Le site doit atteindre une capacité supplémentaire pouvant aller jusqu’à 800 000 pneumatiques poids lourds et autobus par an, avec un investissement annoncé de 540 millions d’euros. Au total, l’usine a une capacité de production d’environ 18 millions d’unités.

De son côté, Hankook France choisit de développer son activité industrielle via les réseaux de distribution. "Notre orientation s’est faite à partir de 2000 vers le retail. L’idée était de trouver des partenariats de distributeurs capables de promouvoir la qualité de nos produits", poursuit l’équipe.

Cette logique conduit également à une évolution de l’organisation commerciale. Jusqu’en 2008, les forces de vente commercialisent l’ensemble des gammes. Mais la spécificité du poids lourd nécessite une approche différente. "En 2008, nous décidons de spécialiser la force de vente. Vendre du poids lourd, c’est un métier à part entière. Il faut du personnel formé", explique John Vialle qui devient quelques années plus tard, en 2011, responsable des ventes PL. Pour renforcer sa présence sur le segment, la filiale française participera pour la première fois à Solutrans en 2010.

Qu’il s’agisse de poids lourd ou de tourisme, depuis l’origine, Hankook France a basé sa croissance sur une logique de partenariat avec des distributeurs et des acteurs capables de valoriser la marque auprès des utilisateurs. Parmi les premiers partenaires figurent notamment des acteurs comme Massa, Pneu Leader, Allopneus, L’Auto Leclerc, Speedy, Euromaster, Pneu Partner, ou encore Mobivia (Norauto).

"Nous avons des partenaires historiques qui ont pu tester la qualité de nos produits. Quand on est vendeur, c’est quand même sympa de vendre un produit sur lequel nous savons qu’il y aura zéro défaut", souligne fièrement John Vialle.

La qualité produit reste un élément central du discours de la marque et cette stratégie de partenariat s’accompagne également d’un développement important auprès des constructeurs automobiles. "Aujourd’hui, nous équipons presque 20 % de toutes les voitures du groupe Volkswagen en première monte", précise la direction.

Faire grandir sa notoriété

À partir des années 2010, Hankook poursuit son développement en renforçant à la fois son image de marque et son implantation auprès des constructeurs. Comme toujours, la stratégie se veut globale et s’applique à toutes les filiales. Elle repose alors sur plusieurs piliers : la première monte, les partenariats de distribution, la compétition automobile et l’innovation technologique.

En 2011 Hankook devient ainsi fournisseur officiel du DTM, le championnat allemand de voitures de tourisme très suivi outre-Rhin. Cette présence dans le sport automobile répond à un objectif clair : associer la marque à la performance technologique. Un an plus tard, le manufacturier devient également partenaire officiel de l’UEFA Europa League, un accord qui court encore aujourd’hui. Le football est alors un outil pour renforcer la visibilité de la marque auprès du grand public.

En 2013, Hankook poursuit son développement en première monte avec Mercedes-Benz. La marque continue également de renforcer ses liens avec les constructeurs européens. Parallèlement, la filiale française développe son implantation locale en signant en 2015 un partenariat avec le LOU Rugby, afin de s’ancrer localement et de séduire les flottes, très attachées à ce sport.

La même année, Hankook devient partenaire mondial du Real Madrid et organise son premier rendez-vous à Roland-Garros pour le lancement de sa marque Laufenn, destinée à compléter l’offre du groupe.

"C’est un enchaînement : les partenariats arrivent, l’investissement est là, le chiffre d’affaires grandit et la communication avec. Nous sommes d’ailleurs le deuxième investisseur en communication sur le marché français parmi les manufacturiers de pneumatiques", analyse la direction. La marque continue également de développer son activité poids lourd avec le lancement de sa gamme de rechapage Alphatread.

Précurseur sur la mobilité électrique

Retour au milieu des années 2010, Hankook fait un choix majeur : investir massivement dans les technologies liées aux véhicules électriques et aux mobilités futures, notamment grâce à son implantation historique sur le marché chinois. "La direction coréenne décide de prendre le virage de l’électrique, pour répondre très précocement aux enjeux du futur : développement durable, véhicules autonomes. Un plan de plus d’un milliard d’euros est prévu, avec trois outils permettant de répondre à ces attentes : un nouveau centre de recherche et développement, un nouveau siège social, et un nouveau site d’essais", détaille Georges Bochaton.

Le Technodome, centre de recherche et développement situé dans la banlieue de Séoul, est inauguré en 2016. Designé par l’architecte reconnu Norman Foster, il est aujourd’hui encore considéré "vraisemblablement comme le plus moderne au monde", d’après le dirigeant. Il abrite un peu plus d’un millier de personnes qui œuvrent chaque jour au développement des nouveaux produits.

Le nouveau siège social, le Technoplex, lui aussi conçu par Norman Foster, voit le jour en 2020. Vient alors l’inauguration du Technoring en 2022, le plus grand centre d’essais d’Asie. "Cet investissement décidé il y a 15 ans permet aujourd’hui de répondre à ce que va être le marché de demain", poursuit l’équipe dirigeante.

Cette même année, Hankook lance sa gamme iON, dédiée aux véhicules électriques, et devient fournisseur officiel de la Formula E. Cette gamme constitue l’aboutissement des investissements engagés plusieurs années auparavant. La même dynamique se poursuit dans le poids lourd avec le lancement de la gamme e-Smart City en 2023. Puis en 2024, le groupe lance l’iON GT, un pneumatique intégrant jusqu’à 77 % de matières premières durables certifiées ISCC Plus et ayant obtenu la note triple A à l’étiquetage européen.

Cette même année, un nouveau gérant coréen prend la tête de la filiale française qu’il continue de superviser aujourd’hui : Sang Soo Jeong. En parallèle, Hankook multiplie ses partenariats dans le sport automobile avec le WRC et le Lamborghini Super Trofeo. Autant d’éléments qui permettent à la structure hexagonale de se développer au fil des ans.

Hankook France aujourd’hui

Trente ans après sa création, Hankook France devient ainsi le troisième acteur du marché français à date, autant en tourisme qu’en poids lourd. La filiale compte cette année 65 collaborateurs et réalisait environ 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Elle commercialise près de 4 millions de pneumatiques tourisme et 140 000 pour poids lourds par an.

Malgré sa croissance exponentielle, l’entreprise revendique une organisation proche de ses débuts. "Nous sommes restés à taille humaine. Cela nous permet d’avoir une réactivité et une flexibilité que des groupes plus importants ont parfois perdues", explique Magali Birgy, sales administration manager, qui a intégré l’entreprise en 2005, avant d’ajouter : "Il y a beaucoup de stabilité dans nos équipes, 25 % de nos effectifs aujourd’hui ont plus de 10 ans d’ancienneté".

Cette proximité se retrouve dans la relation avec les clients et dans la force logistique. "Pour une commande passée avant 17h, nous livrons nos clients le lendemain dans 95 % des cas", explique la direction.

Poursuivre la croissance sans changer de modèle

Pour les prochaines années, Hankook France entend poursuivre sa stratégie sans bouleverser son modèle. Sur le tourisme, l’objectif est clairement lié au développement des véhicules électriques. "Notre but est d’équiper une voiture sur huit en première monte électrique avec notre marque iON", explique la direction.

Concernant l’activité poids lourd, la stratégie repose sur le développement auprès des flottes en travaillant avec des prestataires de services capables de promouvoir l’offre. Des ambitions notamment soutenues par l’ouverture de la nouvelle capacité industrielle hongroise.

La filiale souhaite également continuer à grandir avec ses partenaires distributeurs plutôt que développer un réseau intégré. "Contrairement à nos concurrents, nous n’avons pas de réseau qui nous appartient et cela ne changera pas. Nous fabriquons les meilleurs produits possibles, qui correspondent aux attentes des constructeurs et des utilisateurs. Nous continuerons de travailler avec des distributeurs capables de les commercialiser", précise l’équipe.

Après 30 ans de présence en France, Hankook poursuit donc une trajectoire construite progressivement, sans perdre son agilité. La volonté de s’installer durablement comme un acteur reconnu et fiable des marques premium reste intacte. Comme le résume la direction française : "Nous avons su grandir en restant agiles et proches de nos clients. C’est ce qui explique aujourd’hui notre succès", conclut l’équipe.

 

Cet article est extrait du Journal du Pneumatique n°196 de septembre-octobre 2026.

 

 

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